[Récit de concert] 22/08/2021 : Birdstone + Unschooling + Toekan + Cemented Minds @ Foudre

Après Paris fin juillet, la rédaction du Barbelé mettait le cap un peu moins loin, direction les bords de Loire et les guinguettes de Tours, dont certaines proposent quelques animations estivales. Sous l’impulsion des asso Goat Cheese et Teen Spirit, pas moins de quatre groupes, dans des registres assez radicalement différents, étaient proposés à l’heure du goûter en ce dimanche d’août. Heureusement pour nous, la ponctualité n’était pas conviée à cette sauterie, et on a pu, malgré les bouchons sur la route encombrée par les retours de vacances, ne pas en rater une miette (ou presque).

  • Cemented Minds : Le quatuor caennais (où on retrouve notamment un membre de Burning Bright également connu pour ses illustrations pour pas mal de groupes, dont les artworks de Tromblon qu’on évoquait dans une chronique de leur dernier LP) finit d’installer et débute la balance lorsqu’on arrive aux abords du tonneau abritant le bar du Foudre. Une balance qui nous laissera comme séquelle durable les trente premières secondes de « Hallorave » en tête pendant un bon moment. Pas que ça nous déplaise vraiment, car le morceau fait partie du penchant que nous préférons dans le post-punk ambivalent de Cemented Minds : malgré une formule certes immuable qui voit la section rythmique et notamment la basse mener la danse tandis que la guitare fait l’économie des riffs pour y préférer des arpèges mélancoliques que la réverb’ fait perler comme du crachin normand, on distingue dans le répertoire du groupe des morceaux low-tempo (« Letdown » et « Mean Enough ») dont les accents torturés assombrissent un peu plus une ambiance déjà bien terne mais usent de plans lancinants pouvant créer des longueurs, et d’autres plus rythmés qui ont notre préférence (« At The Crack Lane », « Hallorave » donc, et les quelques inédits joués qui nous offriront un set plus dynamique qu’espéré). Bien que le cold-punk des Esprits Cimentés se raccroche à certaines références bien identifiées dans le genre (l’esprit de The Cure n’est jamais bien loin), le live rend plus éclatant encore un mélange des genres peu commun, où les ténèbres vénéneux de la guitare s’enfoncent dans le death-rock (comme dans certains morceaux, synthé mis à part, du dernier VR Sex), où les phrasés de batterie un peu dansants et quelques accents de voix éperdus évoquent les groupes un peu pop du revival post-punk anglais mid-2000’s, Bloc Party en tête. De quoi donner un peu de fraicheur et de singularité à leurs compositions, qui, si elles gagnent en efficacité sur la prochaine sortie (ce que semblent indiquer les inédits du set), devrait donner un joli successeur à l’EP Colostrum.

Cemented Minds (CC0)

  • Toekan : Malgré un line-check interminable, on ne peut pas dire que le son aura été du côté de ce trio originaire de Tours. Basse exagérément forte occultant la guitare, toms absents du mix, caisse claire — c’est plus emmerdant — à peine sonorisée (on ne l’entendra même plus sur les phases en charley ouvert) : tout en étant difficilement lisible, très fouillis, la balance manquera clairement de patate, et ôtera au post-metal instrumental des locaux pas mal de ses facultés percussives (sans parler du jack foireux qui nous privera de basse pendant quelques minutes). C’est dommage car ça ne rendra vraiment pas justice aux qualités entendues sur Y, l’album autoproduit de Toekan, ou alors seulement ponctuellement sur les passages les plus denses et épiques, que ce soient les maelstroms tempétueux en tremolo-picking évoquant Russian Circles, ou les riffs lourds et noirs comme un ciel d’orage inspirés de ceux de Neurosis. En dehors de ces moments — qu’une vraie caisse claire aurait d’ailleurs contribué à améliorer — il sera difficile de profiter des plages plus nuancées, davantage typées post-rock que post-metal, les arpèges feutrés voyant la basse démesurément présente engloutir tout l’écho et l’éclat de la réverb’. Evidemment, tout n’est peut-être pas forcément à mettre sur le compte du son, et on pourra tiquer par moments sur quelques imperfections : cette intro de morceau au synthétiseur dans un registre ambient/drone était sans doute superflue (sans parler des mailloches pour l’accompagner à la batterie), et on soupçonne le trio d’avoir sabré un peu dans les transitions, avec des doublements de tempos parfois abrupts, et de façon générale des progressions nous semblant moins subtiles et construites que celles entendus sur Y, pour pouvoir caler plus de titres dans le set. Difficile donc d’être très positif à l’issue du show de Toekan, mais leur album place la barre assez haute en terme de composition et de rendu, et on n’y a pas vraiment retrouvé tous ses atouts. Nul doute que lorsque ces petits soucis seront réglés, on aura pourra, lorsqu’il sera question de post-metal français, évoquer Toekan aussi facilement qu’Ingrina ou The Lumberjack Feedback.

Toekan (CC0)

  • Unschooling : On va jouer d’entrée la transparence : si on a fait la route jusqu’au Foudre c’est essentiellement car ce groupe s’y produisait. On vous a déjà parlé de leur EP dans une chronique, et, on en est maintenant certain après une trentaine d’écoutes, celui-ci fera partie de nos sorties préférées de l’année tout en les plaçant parmi nos chouchous des rejetons de Devo/Gang Of Four, un supplément de modernité à la Omni/Crack Cloud en bonus. Dans celle-ci, nous précisions que le post-punk des rouennais, aux enchevêtrements complexes et à la précision horlogère, devait en partie son succès à une production très propre qui rendait l’apparent bordel finalement bien lisible. Autant dire qu’au sortir du set de Toekan, on n’était pas super-confiant. Malgré une des deux guitares trop basse qui occultera malheureusement un peu certaines phases de questions-réponses si délicieuses, on n’aura pas grand-chose à déplorer du côté de la balance. Et bien que la voix fut plus naturelle que sur Random Acts Of Total Control, troquant la réverb’ rendant le chant robotique contre un ton plus brut désabusé à la Lou Reed, que la batterie soit un peu plus musclée, on n’en tiendra pas vraiment rigueur puisque ça n’affectera pas le propos. L’autre crainte qu’on avait, c’était que l’éxécution live ne soit pas au niveau de celle de l’EP. On était à peu près tranquille de ce côté là après avoir vu la captation effectuée par Les Capsules montrant un quatuor réglé comme un coucou. Mais il y a visiblement eu du changement dans le line-up puisqu’on ne retrouvait sur scène que le guitariste-chanteur, le flegme fait homme soit dit en passant, et le bassiste. Les 50% plus fraichement recrutés dissipaient finalement très vite notre appréhension et tout est très vite apparu comme bien en place : sans parler des guitares millimétrées irréprochables dans la dentelle des arpèges (« NYE ») comme dans la cisaille des riffs (« More Is More », « No Shoes »), le batteur nous assurera même au pad les pouet-pouet et kling-klong de « Boo Boo Dragon », et les lignes mélodiques de basse sur « Social Chameleon » seront bien au rendez-vous. Intercalés ça et là, les quelques morceaux plus anciens, que l’on connait moins, feront la démonstration d’une recette déjà élaborée par Unschooling, mais sublimée et définitivement en main sur les cinq morceaux que compte Random Acts Of Total Control. Le seul regret lié à ce concert sera donc de ne pas avoir pu, faute de merch, acheter sur place ce bijou de disque à ses créateurs.

Unschooling (CC0)

  • Birdstone : La faim commençant à nous tenailler, on s’éclipsait dès les dernières notes d’Unschooling en quête d’un naan fromage, confiant de trouver à Tours la même torpeur dominicale qui donne à Poitiers des allures de décor pour un remake provincial de Seuls Two. Fatale erreur de jugement : il peut visiblement y avoir de la vie en ville un dimanche, et étant donné l’affluence, il nous faudra une éternité avant de récupérer notre pitance. On rate donc l’annonce du Monsieur Loyal introduisant depuis le début de soirée les groupes avec son mégaphone, son poppers et ses écriteaux accrochés aux tétons (mais ayant assisté au brainstorming, on était visiblement parti sur un calembour « Birdstone / Stone & Charden »), et on est de retour au Foudre alors que le set a déjà commencé, le trio assénant les dernières saccades en conclusion de « Beast ». Si le style heavy-psych’ bluesy tranche nettement avec le post-punk pince-sans-rire du set précédent, le niveau de sobriété scénique (absolu chez leurs prédécesseurs) est lui aussi tout à fait différent. Ce qui n’est pas pour déplaire au public nombreux venu soutenir les locaux — par ailleurs un peu pictaviens par extension puisqu’on trouve ici le batteur des Necromancers, ainsi que leur désormais nouveau chanteur, et on est à peu près sûr d’avoir ici au moins un membre de l’asso Crypte qui a remis Poitiers et le Cluricaume sur la carte du stoner et du psyché. Largement aussi habitée que les musicien.ne.s qui bringuebalent au gré des riffs, la petite foule reprend à plusieurs reprises les refrains des morceaux, et notamment l’ultime choeur a capella d’ « Alquézar ». De notre côté, tout en reconnaissant une maîtrise technique impeccable que ce soit dans les lignes de chant aventureuses et des riches parties de basse loin d’être cantonnées à la rythmique, on est resté un peu plus hermétique aux accalmies prog’ tout en retenue et aux nombreux solos typés jam session qui complètent l’ossature heavy-blues que Birdstone façonne à coups de gros riffs à la Graveyard, auxquels on sera davantage réceptifs (au risque de passer pour un bourrin insensible aux subtilités). En jouant la carte des ambiances tamisées et mystérieuses — voire mystiques — en contrepoint d’un tumulte électrique plus lourd et sauvage, le trio nous aura donc un peu perdu. Mais à en croire l’enthousiasme populaire qui le contraindra à un rappel, force est de constater que celui-ci dispose d’arguments qui savent séduire, et que l’aisance scénique en fait partie.

Birdstone (CC0)


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