[Récit de concert] 30/07/2021 : Pærish + Mascara @ Trabendo x Supersonic

Après plus d’un an de sevrage de concerts contraint, et avec toujours la nécessité de continuer à rester prudent vis-à-vis de l’épidémie, l’été du Trabendo a de quoi faire rêver. En extérieur sur une belle terrasse et sur présentation du pass sanitaire histoire d’être à peu près safe de ce côté là, la salle parisienne accueille durant les deux mois de vacances la belle programmation concoctée par le Supersonic, autre établissement de bon goût de la Capitale. Avec autour de 40 (quarante) dates privilégiant la scène indé hexagonale ou limitrophe, avec une accointance certaine pour le garage actuel (Johnny Mafia, Dye Crap, The Huile, SIZ, Stuffed Foxes, Wild Fox…), mais aussi le meilleur groupe français de weird post-punk (Unschooling), un peu de darkwave (Blind Delon), et des trucs un peu plus gras (Doodseskader, Brusque, Witchfinder, Domadora), il était évident qu’à défaut de pouvoir planter la tente dans le parc de la Villette pour tout voir, on allait bien se laisser tenter par une de ces affiches. C’est donc sur celle réunissant ces deux pointures de l’alt-rock 90’s que nous succombions finalement. Marchant sur les traces de ces deux champions, on se présentait au Trabendo en zappant un peu les précautions liées à la rédaction ultérieure d’un compte-rendu. Le live-report ci-dessous relatant donc une soirée combinant open bar sur l’apéro et pas de prise de notes, on vous demandera d’être indulgent sur le manque de détails, les approximations et autres authentiques fake news. Calmos c’est la reprise.

  • Mascara : Caractéristique systématique des soirées Take Me Out du Trabendo, le groupe d’ouverture est choisi pour bien coller avec la tête d’affiche. Pas d’exception pour cette programmation avec ce quatuor parisien qui s’est taillé en trois ans et deux EPs autoproduits une place de choix dans la scène shoegaze française. Et si associer Pærish à ce style est passible de se faire casser la djeule malgré les quelques réminiscences décelables dans certains de leurs morceaux (on y reviendra), force est de constater que le riffing lourd et le feeling clairement 90’s de Mascara en faisaient un opener de choix tout à fait cohérent pour chauffer la terrasse déjà bien pleine. Le set est assez court mais largement suffisant pour restituer fidèlement — ce qui n’est pas toujours évident dans ce style faisant souvent appel à pas mal d’effets sur les guitares (quoique ce ne soit pas trop le cas ici), et à des lignes de voix trainantes très aériennes (ce qui est tout à fait le cas ici) — l’essence de leur grungegaze louvoyant entre groove heavy chariant de gros accords distordus à la Deftones et plages plus éthérées où l’émotion de la voix se brise sur une décélaration slowcore aux textures nettement plus claires (une dichotomie particulièrement nette sur « Innervisions »). Après quelques titres bien solides précédemment publiés (dont probablement « Reach » mais peut-être était-ce « Near »), Mascara concluera son set par deux inédits. L’un des deux proposera un schéma rythmique assez atypique compte tenu du genre, et montrera la capacité du quatuor à sortir un peu de sa zone de confort, mais respectera globalement la ligne directrice de son shoegaze. L’efficacité de leurs riffs, leur maîtrise des ambiances contrastées et l’inertie des lignes de chant nous a souvent fait les citer lorsque nous évoquions la vitalité de la scène actuelle (notamment dans notre chronique de Timelost, un groupe dont on pourrait les rapprocher), et le rôle qu’il y jouaient aux côté d’autres formations françaises comme Watertank et Colision. On est donc contents d’avoir enfin pu voir Mascara sur scène et on leur souhaite de pouvoir sortir de Paris pour montrer au reste du pays que si Nothing vampirise l’attention lorsqu’il est question de heavy shoegaze, l’hexagone — tout chauvinisme de merde mis à part — a aussi de quoi se défendre en la matière, ce serait dommage de passer à côté.

Mascara (CC0)

  • Pærish : 9 mois, c’est le temps qu’il aura fallu pour que les parisiens accouchent totalement de leur deuxième album en avril dernier, et mette fin à un teasing débuté avec le clip du titre éponyme, « Fixed It All », diffusé en août 2020. Si aucun autre morceau du disque, à part peut-être « 412 », ne supplantera à notre sens cet opener (qui ouvrira également le set, et pâtira malheureusement d’un son encore approximatif corrigé par la suite), il reste évident que ce LP fera quand même partie des meilleures sorties de 2021. Pour son analyse détaillée, nous vous renvoyons vers l’épisode 3 du podcast L’Eau des Nouilles, dont nous partageons l’essentiel du propos : on s’est également fait la réflexion que Pærish ne jurerait pas dans le roster de Run For Cover, bien que leur signature chez SideOneDummy, autre référence en terme d’alt-rock/revival grunge/emo soit aussi très cohérente. La référence à ces deux labels suffit à situer le quatuor francilien quelque part entre Superheaven, Violent Soho (pour l’embonpoint grungy des riffs) et Turnover (pour la fragilité qui se dégage des superbes mélodies vocales, parfois à la limite du cheesy comme sur le refrain très season finale des Frères Scott de « Violet’), auxquels nous ajouterons Rival Schools pour la richesse des arrangements et l’atmosphère globale, ainsi que — comme nous l’évoquions plus haut — quelques atours ponctuels plus aériens empruntés, ne leur en déplaise, au shoegaze (écoutez « Albert Suffers » pour voir). Etant donné la très probable et légitime envie de défendre leur dernier album, on supposait la setlist focalisée sur ce Fixed It All, et ce sera le cas puisqu’il n’y aura de mémoire qu’un seul extrait du précédent Semi Finalists (qui collait plutôt bien avec le reste du set, donc on aurait tendance à pencher pour « Undone »). On décidait alors, dans la mesure du possible étant donné l’heure avançant et les bières s’accumulant, de se focaliser sur deux aspects qui nous ont marqué chez Pærish, à savoir les lignes de chant, et le fourmillement de petits leads et autres gimmicks disséminés un peu partout qui témoignent du soin apporté à la composition. Hé bien pas d’arnaque à signaler : malgré l’évidente euphorie qui anime les membres visiblement ravis de retrouver leur public, une Pærish army vraiment nombreuse, hyper-jeune et à bloc sur tous les morceaux (peut-être même un peu trop : ce wall of death sur le dernier morceau était-il vraiment raisonnable?), le groupe livrera une prestation nickel à tous les niveaux, n’égratignant aucune de ces fameuses lignes de voix ultra-catchy (et reprenant même sans accroc les complaintes haut-perchées du chanteur de Movements sur « You & I »), et le guitariste « lead » charbonnant tout du long en sous-main des gros riffs pour broder les arrangements plus subtils qui habillent les morceaux. On avait à coeur, après ces longs mois de disette, de reprendre le chemin des concerts avec quelque chose de vraiment bien foutu, on pourra dire qu’on a réussi.

Pærish (CC0)


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