[Chroniques en vrac] Dye Crap – Dye Crap / Colision – Lost Ghosts Vol.1 / Arno De Céa & The Clockwork Wizards – Rétro Futurisme Vol.2

L’été pointant le bout de son nez, on vous présente pour cette nouvelle fournée de chroniques trois sorties à l’atmosphère globalement nettement plus chaude que celles qu’on a évoquées ces derniers mois. La ligne éditoriale est pour sa part toujours aussi erratique, les trois disques n’ayant une fois de plus rien à voir les uns avec les autres, mais on peut vous assurer qu’on les aime tout pareil et qu’on a mis autant de coeur pour chacun afin de vous en dire quelques mots.

banchro


dye crap

Dye CrapDye Crap (Kids Are Lofi rds, Le Cèpe rds, Time Room rds)

L’actualité musicale est décidément chargée du côté de Rouen. A peine achevait-on il y a quelques semaines de vous parler de l’excellent post-punk d’Unschooling, qu’on est déjà de retour en terre normande pour évoquer le non moins fantastique premier album du quatuor prometteur de Dye Crap. Arrivés à point pour accompagner les premiers beaux jours, ces dix titres riches en fun et à l’ensoleillement pas franchement typique des plages de la Manche comblent une hétérogénéité parfois déroutante par un sens du tube quasi-constant. En effet, si c’est systématiquement dans le garage qu’on trouvera les normands, ce ne sera pas forcément toujours sur la même étagère, le groupe n’hésitant pas à interchanger ses étiquettes pour se placer dans le même tiroir que les très poppy Wavves ou Fidlar, ou bien à côté de références plus heavy et psyché comme Meatbodies. L’enchainement entre « Candies » et « Cooloronie » illustre à lui seul cette versatilité des rouennais en proposant pour le premier un gros riff boursouflé de fuzz rebondissant sur un groove à la lourdeur inversement proportionnelle à celle de la voix aérienne qui illumine le refrain, et pour le second des mélodies blindées d’une réverb’ gazouillante ainsi qu’un refrain choral un peu surf. Le fil conducteur de l’album reste vraiment l’ambiance ensoleillée qui irradie les morceaux, ainsi que l’intensité qui s’en dégage, bien que celle-ci ne prenne pas la même forme selon que l’on se trouve dans une première moitié de disque marquée par une fraicheur et une légèreté pop-punk qui nous ferait presque entendre les rouleaux se briser contre le rivage d’une plage californienne (« My Shits », « Booze Cruise »), ou bien en face B où les rythmiques plus lourdes et la distorsion plus épaisse penchent plutôt du côté du garage psyché qui chique du peyotl dans le désert (« Enemies », la première moitié d' »Abandon Ship »), y compris lorsque le tempo accélère pour une virée sur des routes ensablées (« Fight », la deuxième moitié d' »Abandon Ship »). L’avantage, c’est que Dye Crap excelle dans les deux registres, et que la voix trainante chargée en delay’ pour le coup assez uniforme sur l’ensemble de l’album apporte un sentiment d’insouciance constant, bien typique du slacker rock adolescent, et rend indélébile la plupart des refrains à base de « ouh-ouh » miaulés du fond d’une réverb’ lointaine. Psychorigide comme on est, on ne s’attendait pas à accrocher sur un disque aussi hétérogène. Mais force est de reconnaitre que Dye Crap a bien fait de ne pas choisir entre ses penchants pop-punk et ceux plus heavy/psyché, puisqu’en résulte un premier album chargé en UV qui n’a pas fini de tourner cet été.


colisionColisionLost Ghosts Vol.1 EP (autoproduction)

Lorsque nous chroniquions les américains de Timelost, il y a de cela deux mois, nous appelions de nos voeux les plus chers à ce que 2021 soit un aussi bon cru pour le shoegaze que l’année 2020, et ce avec pas mal d’incertitudes. A ce stade, nous avons désormais pas mal d’indices (et de sorties) plaidant pour une réponse par l’affirmative à ces interrogations. On aurait pu évoquer Sleepwalk, voire même Paerish (quoique dans un registre un peu plus alt-rock), mais c’est donc de Colision (avec un seul « L ») dont on parlera ici pour dresser le diagnostic d’une scène en bonne santé et plus productive que jamais. Le shoegaze étant aujourd’hui agrémenté à toutes les sauces, le name-dropping ici opéré permet de situer notre acception dans un périmètre restreint aux groupes qui, tout en entretenant une filiation avec la scène 90’s, ont introduit de la distorsion et beaucoup de lourdeur au genre, occasionnant de nouvelles appellations comme slowcore ou l’adjonction du préfixe « heavy ». On est pile là-dedans avec ce premier volume de Lost Ghosts qui, espérons-le, en appellera des suivants, et il ne faut pas vingt secondes d’une voix trainante et évanescente en introduction du disque sur « Hell Will Wait » pour que le rapprochement avec Nothing saute aux oreilles. Le riff lui succédant, avec son groove costaud et pataud, relie le grunge et une certaine forme de nu-metal qui ne manquera pas quant à lui d’évoquer Deftones, au même titre que les pêches entrecoupées d’harmoniques qu’on retrouvera pus tard sur « Slave ». S’il y a collision ici, c’est donc entre les références convoquées, les ambiances contrastées qui en découlent et qui se succèdent, sans parler de la mise en place de rythmiques assez inhabituelles venant bousculer les conventions du genre (la cavalcade de « Swim While It Rains », le groove un peu sautillant de « Slave »). Avec forcément un gros travail sur les guitares et leurs effets, les bordelais respectent le quota d’arpèges anesthésiés à dose homéopathique de Codeine (« Swim While It Rains »), qu’il viennent brusquer à coups de riffs saturés mis en orbite par des leads spectraux ne lésinant pas sur la réverb’ (« Hell Will Wait »). Servi par une production plus aboutie que sur leur précédent effort Healing Is Not Linear, le grungegaze de Colision gagne en ampleur, et la composition plus soignée lui donne une identité plus affirmée : les quelques réminiscences post-hardcore sous forme de screamo tranchant nettement avec la voix vaporeuse qui flotte sur les trois titres, ou bien d’accords exaltés à la tension émotionnelle plus forte (le final de « Slave ») s’insèrent avec cohérence dans l’apathie plus inerte du substrat shoegaze des morceaux. Les fantômes de Colision peuvent donc rester perdus encore un moment, on espère qu’ils les chercheront avec autant de talent sur un volume 2 qu’on espère pouvoir écouter prochainement.


arnoArno De Céa & The Clockwork WizardsRétro Futurisme Vol.2 (A Tant Rêver Du Roi, Productions Impossibles rds, Calico rds, Otitis Media)

Véritable pile électrique sur scène, où le guitariste est réputé pour livrer des prestations hautes en couleur, Arno de Céa semble aussi hyperactif en terme de créativité, qui ne saurait donc se suffire d’un seul groupe de surf-rock : le voici donc troquant de nouveau ses compères savants fous des Irradiates contre les Sorciers de l’Horloge afin de signer le deuxième volet de son bien nommé Rétro Futurisme. A défaut de pouvoir dompter les tubes sur un lac de Pierroton désespérement plat, les girondins les alignent sur ce disque, et rident une houle cosmique aux humeurs changeantes. Présentée comme une sorte de fusion surf instrumentale qui inclurait des éléments issus d’autres styles musicaux — ce qui est juste — la musique du trio conserve constamment les marqueurs d’un genre reliant The Ventures et Man Or Astroman, notamment cette réverb’ à ressort si caractéristique qui lui confère une homogénéité, mais ne s’interdit donc pas d’aller piocher dans le punk-rock, le blues, le psych-rock, le garage ou encore le math-rock pour faire un peu de vagues dans la tracklist. Au-delà de l’exercice de style, la composition se met surtout au service — comme chez les Tigres du Futur — d’une atmosphère très cinématographique, typique des vidéoK7 rangées dans le rayon des films de série Z, et place cette ouverture d’esprit comme principale scénariste d’un script riche en rebondissements. Entre deux courses-poursuites galactiques en longboard turbo-propulsé par un tremolo-picking effréné (« Bronzage Désintégral », « Traqué Par Le Temps, Sauvé Par L’espace », mais aussi « The Song That Wouldn’t Die »), quoi de mieux qu’une pause tiki avec un cocktail sucré sur une plage de Vénus (Maï Taïson et sa mélodie réconfortante)? Les afficionados du surf-punk classique à la Hawaii Samurai auront leur compte avec les très conformes mais néanmoins catchy « Flux Stellaire », « Souvenirs Du Futur » ou « Saturne = Hula Hoop Eternel », qui donnent une idée assez précise de ce que donnerait le Super-Méga-Trans-Volteur des Zinzins de l’Espace s’il était alimenté en uranium enrichi. Mais il leur faudra sortir de leur zone de confort lorsqu’Arno De Céa & The Clockwork Wizards décideront d’inclure des scènes plus sombres à leur intrigue, comme le western-surf à suspense de « The Moon Harbour Blues », les errements sans but de la balade désabusée du début d’ « Au Sud-Ouest De Nulle Part » ou bien encore la parenthèse épico-dramatique « Maelstrom Chromatique ». On ne va pas faire ici comme si on découvrait les talents d’Arno de Céa et sa capacité à bien s’entourer : il est depuis longtemps de notoriété publique qu’il fait partie des meilleurs guitaristes de la scène surf (se référer à cette émission pour avoir une idée du CV du bonhomme qui traine son leash dans la scène depuis plus de 20 ans). Mais ce Rétro Futurisme Vol. 2 nous donnera l’occasion de saluer une capacité à mettre cette maîtrise du genre au service d’une composition incroyablement imagée et parlante, bien plus jouissive qu’une succession de solos entrecoupés de tremolo dans une vaine démonstration technique.


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