[Chroniques en vrac] Verbal Razors – By Thunder And Lightning / Vaisseau – Horrors Waiting In Line / Sure – 20 Years

On profite du confinement et du temps qu’on ne passe pas à nous arsouiller dans les bars puisqu’on le fait à domicile, pour vous faire part de quelques sorties qui rythment des journées passées à tenter de meubler le temps qui passe entre le mail professionnel de 8h30 et celui de 17h, envoyés pour faire croire qu’on l’a passée à bosser sans relâche devant son PC sur des outils informaweb qui ne fonctionnent pas.


Verbal RazorsBy Thunder And Lightning (Deadlight, Metro Beach, Dirty Guys Rock, Emergence, Crapoulet, Inhumano, Firecum, Crustatombe)

Alors que les texans de Power Trip — comme Municipal Waste en leur temps — continuent à accentuer leur emprise sur le genre crossover-thrash, et poussent les clones calquant leur formule réunissant Slayer et Cro-Mags à se multiplier, les tourangeaux de Verbal Razors préfèrent pour leur part ne pas dévier de leur propre route davantage reliée au heavy-metal et au hardcore-punk des 80’s, sillonnée depuis plus de dix ans pied au plancher en faisant fi des modes et des tendances. De retour avec un troisième LP, il ne faut pas prendre le nouveau logo comme l’annonce d’un changement de style. Le morceau introductif et éponyme est là pour le rappeler : le groupe sait toujours faire couiner la Flying-V au détour de riffs ou solos moulés dans le spandex, et de chevauchées Motörheadiennes (qu’on retrouve aussi chez « Party Mate », « Jump Into Dead End » ou « Order By Kicks »). Car si les CV bien punx mentionnant Lovve, Ed Warner ou Heavy Heart du chanteur — toujours aussi teigneux — et du batteur — plus d-beat que double-kick en rafales — ont du jouer sur l’apport d’éléments davantage typés hardcore (ça blaste sur « The House », on décompte quelques moshparts à ride-bell furtives mais appuyées sur « Love Song » et « Order By Kicks », et c’est une cover de Gang Green qui clot le disque), le quatuor reste pour autant le groupe de crossover old-school qu’on connait depuis Settling Of Scores. Une identité que les indroligériens articulent autour de trois immuables piliers qu’on retrouve un peu plus franchement à partir de « We Are Rats » : guitare chugga-chugga lancée à toute berzingue sur une autoroute ouverte en 1985 par Exodus et SOD (« Riot », « Love Song », « Lazer »), mid-tempos à bandanas qui swinguent comme sait le faire Suicidal Tendencies (« Trash », « Party Mate », « By Thunder And Lightning »), et sing alongs judicieusement placés tout au long du LP. Si vous êtes familiers du groupe, vous aurez donc compris que Verbal Razors fait du Verbal Razors, jusque dans le traditionnel morceau plus lourd et plus lent (« Krakatoa » et « This Is Not My World sur les deux précédents albums) qu’on retrouve ici avec « Water Drop ». Les rageux diront que ça tourne en rond, les autres leur proposeront de réaliser un troisième album de rang aussi bon, avec des riffs qui butent, des parties de chants aussi hargneuses et des enchainements aussi motocross, dans un genre ou tout ou presque a été dit, et sans se soucier de la hype du moment.


VaisseauHorrors Waiting In Line (Totem Cat Records)

Lorsqu’on réunit le nom aérospatial du groupe, le titre horrifique du disque, ou la pochette cauchemardesque et fantasmagorique qui l’illustre, ce sont trois univers cinématographiques qui sont convoqués par cet album : la science-fiction, l’horreur, et la fantasy. A seulement deux — à la batterie et aux synthés — Vaisseau écrit la bande-son d’un film de série Z peuplé de créatures monstrueuses faites de latex mal moulé, dégommées aux lasers aveuglants tirés par des navettes interstellaires en carton-pâte. Si l’omniprésence des claviers grésillants et l’urgence énigmatique imposée par le rythme soutenu de la batterie sur l’entrée en matière « The Liberator » font instantanément penser à Zombi, le ralentissement considérable des tempos sur les titres suivants (à l’exception de la course-poursuite turbo-propulsée par une stridence entêtante « Ride The Slime ») fait appel à des influences plus rock voire metal, en dépit de l’absence de guitares qui ne se font pas pour autant désirer. Si le duo revendique une identité doom — dont on peut retrouver la lourdeur dans la profondeur granuleuse des synthés les plus graves — le scintillement de certaines nappes mélodiques s’additionnant ou se succédant pour faire progresser les morceaux n’est pas sans rappeler quelques lignes réverbérées de post-metal (« Lo Spettro Della Frustrazione », « Force Macabre : From Deep Space, Down To The Styx ») venant se diluer dans les ondes cosmiques d’un space-rock vintage. Vaisseau aurait tôt fait d’être rangé auprès de la tonne de groupes synthwave ayant le vent en poupe, qui piochent dans un imaginaire similaire et vénèrent tout autant la figure tutélaire de Carpenter. Sauf que les bretons, notamment grâce à cette batterie kraut répétitive mais très vivante, gardent un pied du côté du metal (ce qui explique sans doute, en plus de la proximité géographique, la sortie de ce Horrors Waiting In Line sur un label connu pour la brutalité de son catalogue). Ils amplifient dans un sens l’atmosphère laborantine de savant fou se dégageant de « Who Are You », composé par un Black Sabbath sous LSD, en virant la voix pour se concentrer sur la puissance et les variations des radiations sonores synthétiques. Le travail du claviériste est donc particulièrement soigné, et les différentes textures et tonalités utilisées font évoluer les morceaux sans qu’on s’en lasse. On l’imagine cerné de synthés, qu’il manipulerait comme un tableau de bord clignotant, ce qui donnerait son sens au nom du groupe. Mais là, on se perd en interprétations foireuses, alors on va se contenter de suivre le voyage galactique proposé par Vaisseau, en évitant les créatures fantastiques assoiffées de sang qu’on trouvera sur notre route.


Sure20 Years (Weyrd Son Records)

Ca fait quelques années maintenant que s’épanouit le revival 80’s remettant au goût de la nuit l’eyeliner et les tignasses crêpées dans les fêtes tristes qui battent leur plein sous les néons violets des caves sombres. On ne compte en effet plus les groupes qui, à grand renfort de synthés et de réverb’, convoquent les spectres de la new-wave et du post-punk d’il y a quarante ans. La pandémie n’a pas de frontière (un de nos groupes préférés en la matière est d’ailleurs turc), et n’épargne pas la France. Aux côtés des déjà reconnus Rendez Vous ou Jessica 93, il faudra désormais compter sur Sure. Brassant quelques influences communes à l’un ou l’autre de ces collègues (on pourra notamment citer Nitzer Ebb pour les premiers et The Soft Moon pour le second), les trois parisiens sortent ici un premier album transpirant la « mélancolie sociale », davantage pensé pour lacérer les dancefloors froids que pour faire chouiner seul dans sa chambre, comme savent mieux le faire certains groupes de cold-wave plus dépouillés. Car s’il arrive à Sure de ralentir les tempos de façon temporaire sur « Morrows » ou sur l’instrospectif « Sinking Story » (superbe outro débarassé de la boîte à rythme au profit de nappes perçantes), l’essentiel de l’album se construit sur des rythmiques martiales dopées aux amphet’ empruntées à l’EBM, ou bien sur un groove plus lascif apte à faire redescendre la pression sanguine (« Relief », « Twenty Years »), donnant alors au trio des airs de Depeche Mode. C’est sur cette base rythmique renforcée par une basse bourdonnante que vont alors pouvoir s’exprimer les atouts majeurs de ce disque, que sont la voix et la guitare. Chacune sublimée par une réverb’ qui donne à la première une profondeur d’outre-tombe et à la seconde un éclat lumineux. Combinant à merveille, les lignes de guitare bien shoegaze viennent percer de toute leur brillance le rideau vaporeux qu’installe ce chant spectral aussi trainant qu’entêtant, pétri de spleen. Pourtant, Sure ne donne pas dans les ambiances cafardeuses, et reste constamment sur ce fil qui le maintient du côté des dancefloors certes agités, mais tristement désinvoltes. Sans rien révolutionner, les parisiens viennent ajouter leur nom à la longue liste des héritiers de l’époque où les punks découvraient les synthés en même temps qu’ils étaient doués d’émotions. Mais leur nom est à mettre dans les premières lignes de cette liste, eu égard à la qualité des compositions qui offrent un 20 Years sans remplissage. On aurait pu voir cet album sortir chez Avant! Records, mais on ne s’étonnera pas de le trouver au catalogue de Weyrd Son Records, rejoignant ainsi d’autres références actuelles du genre comme Soft Kill, Second Still ou Whispering Sons.


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