[Récit de concert] 29/02/2020 : Stuffed Foxes + Wet DyeDream @ Zinc

Après avoir été contraints par divers conflits d’agenda à rater les dernières orgas du collectif 1000 Manières De Pourrir (qui s’associe désormais avec Deux Pieds Deux Dents), nous étions ravis de pouvoir assister à celle-ci, qui tranchait en plus assez nettement avec l’orientation habituellement très punk/hardcore/emo de ses affiches. Malheureusement, malgré le caractère plus « accessible » de cette programmation, le public ne sera pas spécialement au rendez-vous (une vingtaine de personnes pour chaque set). C’est déjà préjudiciable en temps normal (surtout pour les groupes), ça l’est doublement lorsque 1000 Manières De Pourrir organise, puisque le prix libre demandé ne leur permettra pas, pour cette fois, d’en reverser une partie à l’association Min’De Rien, qui vient en aide aux mineurs isolés sur Poitiers.

  • Wet DyeDream : Après avoir laissé la queue du cortège spontané formé suite à l’utilisation du 49.3 par le gouvernement, on arrive dans la cave du Zinc alors que le groupe en est déjà à son troisième morceau. On plonge donc directement dans le garage un peu lo-fi du quatuor bordelais, qui nous fait la grâce de ne pas nous sauter à la gorge sans autre forme de procès. Rejoignant la ribambelle de groupes peuplant la scène rock de la capitale girondine (JC Satàn en tête, mais aussi et surtout toute la nouvelle vague autour de TH Da Freak), Wet DyeDream se fait un peu plus feutré, un peu plus intimiste, et met de côté les virées rock’n’roll ou autres envolées psyché au profit d’un mood un peu plus mélancolique. C’est toujours rythmé, il y a toujours du riff, mais on n’est clairement pas dans l’explosion de saturation et d’effets en tout genre. Les quatre puisent dans l’art-rock et la « chanson » lo-fi avec, comme beaucoup de monde désormais, les années 90 en ligne de mire, et en renforcent certains traits en ajoutant un peu de la mollesse nonchalante chère aux slackers contemporains. Il y a cela dit quelques textures tout droit sorties des pédales dans les deux guitares qui s’additionnent, mais l’effet suggère plus l’introspection et l’auto-questionnement seul dans sa chambre qu’une montée psychédélique à laquelle sont associées ces types de réverb’ un peu flottantes. Wet DyeDream ne révolutionnera pas le rock — et ce n’est pas ce qu’on lui demande — mais tout en surfant une vague très actuelle qui remonte de la Garonne, le groupe bordelais livre avant tout une prestation dont on retiendra surtout la sensibilité à fleur de peau, qui se fond parfaitement dans leur garage tout en retenue. Pour débuter une soirée probablement appelée à aller crescendo, on peut dire que le choix du groupe était particulièrement judicieux.

Wet DyeDream (CC0)

  • Stuffed Foxes : Non pas que le sextet (!) tourangeau tranche radicalement avec l’ambiance posée par Wet DyeDream, on n’est pas brusquement passé à un groupe de death metal. Mais on monte d’un cran niveau psychédélisme, notamment grâce au travail des guitares, sans parler de celui du bassiste dont on imagine les doigts — faute de pouvoir les voir, caché qu’il est derrière les trois guitaristes — courir le long du manche pour livrer des plans 70’s frénétiques particulièrement inspirés. Donc oui, rejoignant les stars d’Iron Maiden et de Cobra, Stuffed Foxes fait partie de ces groupes s’appuyant sur pas moins de trois guitares. Sauf qu’il faut bien ça pour installer les strates successives construisant les longues et riches progressions qui s’étirent dans chaque morceau. Blindées d’effet — ça cliquette sévère du côté des pédales, et on ne parlent pas du delay dans les deux voix qui se complètent bien dans leurs registres respectifs — certains plans se meuvent en nappes presque imperceptibles, mais pourtant indispensables pour soutenir les leads et solos réverbérés et leur donner un substrat cosmique. C’est bien pensé, c’est bien exécuté, et si Slift (qu’on a par ailleurs eu le malheur de rater lors de leur passage au Confort) cartonne, il serait étonnant, et un peu injuste, que le sextet indroligérien ne bénéficie pas des mêmes retombées. Leurs confrères toulousains poussent certes l’exploration plus loin dans les confins spatiaux et bénéficie sans doute d’enregistrements mettant davantage en valeur ces pérégrinations stellaires. Mais sur scène, Stuffed Foxes se révèle brillant dans l’élaboration d’un space-rock flirtant tout autant avec la nervosité du garage qu’avec la répétition du kraut-rock. Le renfort parcimonieux du sixième homme au clavier ne fait que renforcer le psychédélisme irradiant les quelques compositions qui composeront ce set aux vertus planantes. Si la prochaine sortie des renards empaillés s’aligne sur l’intensité et le potentiel immersif de leurs  performances live, il y a fort à parier pour que le disque se fasse une place de choix dans le psych-jeu hexagonal.

Stuffed Foxes (CC0)


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :