[Récit de concert] 16/11/2019 : Harm Done + Syndrome 81 + Worst Doubt + Insecurity @ La Scène Michelet

Cinq heures de route aller-retour, quatre sur place : c’était le programme de notre première visite express à la Scène Michelet, et plus généralement à Nantes. On n’aura donc pas vraiment eu le temps de faire du tourisme. Si l’après-midi, à l’occasion de l’anniversaire du mouvement Gilets Jaunes, y voyait quelques vitrines se faire étoiler au piolet, celle qui fut, parmi d’autres, la capitale historique du Duché de Bretagne, se préparait en soirée à subir un martèlement nourri autrement plus brutal. Quelques mois après la cessation des activités de Straight & Alert, c’était au tour du groupe mené par son taulier, Harm Done, de déposer les armes. Un seppuku en deux parties, une première nantaise précédant le final parisien (les deux sont complets), que les nantais souhaiteront partager avec un maximum de leurs potes, qui se trouvent par un heureux hasard composer des groupes figurant parmi les meilleurs du hardcore et du punx français. Coup de bol.

  • Insecurity : Le bonhomme paraissant relativement hyperactif, on n’avait, après les avis de décès successifs de S&A et Harm Done, assez peu de doutes sur le fait que celui qui chapeaute tout ça trouve de quoi s’occuper. Il n’a ainsi pas fallu attendre longtemps pour qu’Insecurity, où il tient la basse, annonce un premier 7″ — et que soit créé plus récemment son projet solo Schizoid, sur lequel viennent se greffer deux autres membres d’Insecurity, dont le batteur de Sordid Ship. Avec ce combo, on ne peut pas être plus dans le domaine du Youth Crew. Un sous-genre du hardcore marqué par les alternances up-tempo/two-step, les phrasés bien stricts, et une éthique straight-edge prédominante. Cette scène montre toujours d’étonnants signes de vitalité, plus de trente ans après les débuts de Revelation Records, même si on ne la connait pas plus que ça (notre dernier crush dans le domaine doit être Against The Grain de True Vision, sorti en 2016). Avec des codes qui n’évoluent finalement qu’assez peu, la seule façon de se démarquer, c’est de les respecter, de sortir des riffs qui butent, et de les jouer avec célérité. Insecurity n’a pas grand mal à cocher les trois cases et à cueillir à froid un club déjà blindé, quand bien même le Youth Crew s’adresse tout de même à un public de niche (à savoir les deux casquettes à l’envers qui lancent de timides side-to-side d’un mètre). On exagère volontairement, mais il est assez clair que si, dès l’intro et ses descentes de toms qui donnent envie de casser des murs, le quatuor n’avait pas tout mis en oeuvre pour tancer l’assistance — des breakdowns judicieusement calés, aux placements vocaux secs comme des coups de trique et renforcés par les choeurs, en passant par les covers de « Slow Down » (Youth Of Today) et « Something Inside » (The First Step) histoire de rappeler les influences et allonger une setlist composée de l’intégralité de leur EP — la salle ne serait probablement pas restée aussi pleine (et les 7″ ne seraient peut-être pas déjà épuisés, au passage). On s’attendait à une sorte de réunion de potes avec une bande-son au top, le délire commence donc dès le premier groupe, avec un hardcore straight edge de premier choix, et la plupart des membres des autres groupes bien placés pour ne rien en rater (voire ambiancer le pit, comme le chanteur de Syndrome 81 sur la prise de The First Step).

Insecurity (CC0)

  • Worst Doubt : Leur LP promo étant paru chez S&A et leur line-up originel comprenant des membres issus de Raw Justice (depuis remplacés par les guitaristes de Lodges mais bien présents dans le pit qu’ils dévasteront du haut de leurs quasi deux mètres), on était assez peu étonnés (mais quand même hyper-contents) de retrouver les parisiens à l’affiche des adieux de Harm Done. Après les avoir ratés quelques semaines avant à domicile, on gagnait au change en les retrouvant dans une Scène Michelet comptant probablement plus de belligérants aux skills bien travaillés sur WikiHow que ne pourra jamais en contenir le Cluricaume de Poitiers. Le line-check rapidement expédié avec une balance des tzites guitzounes le effectuée en québécois par l’un des gratteux dont on ne soupçonnait pas le côté Stéphane Rousseau du hardcore, l’atmosphère se tend assez rapidement et ce dès l’intro (qui est par ailleurs un des meilleurs morceaux du set, donc tâchez d’être à l’heure si vous les voyez). Le groupe y a condensé dans un échantillon dégustation d’à peine 1mn30 à peu près toutes — à l’exception des up-tempos qu’on retrouvera plus tard dans « The Spread » ou « Mindfuck » — les composantes de son hardcore Kickbackien engraissé au death metal sauce Dying Fetus. Groove qui cherche la merde, divebombs hurlants, ride-bell vicieuse et pour finir une phase quasiment beatdown provoquant l’anéantissement du peu de neurones restants, il n’en faut pas plus pour faire du pit un dojo périlleux dès l’entame. Le crowdkill est cependant assez permissif pour nous laisser observer la scène et les scènes incongrues nichées entre deux poses de tough guy, comme le rictus d’effroi du bassiste à deux doigts d’éborgner le chanteur en faisant la toupie, ou le batteur qui commence à avoir les bras lourds à partir de « Forged In Suffering » (soit à trois ou quatre morceaux de la fin), et se marre en vendangeant quelques breaks. Comptant parmi les derniers avant une pause précédant la sortie d’un LP, ce show nous en offrira un avant-goût en se clôturant par « Despised Death ». Un titre up-tempo qui laisse peu à peu place à quelques phases plus aérées assez inhabituelles chez Worst Doubt (avec un riff exalté qui rappelle le pont de « Crowds Running« , pour ceux qui comme nous ont encore le CD de No Happy Ending de Nothingness dans la voiture), sur lesquelles viennent couiner deux solos de guitare tout aussi inhabituels. Le morceau conclut finalement sur un breakdown plus typique du quintet, où le martèlement dégénéré des toms vient fixer le taux élevé d’imbécilité de la moshpart, pour un public qui s’empresse de se mettre au diapason en se foutant l’encéphalogramme à plat, et une dernière fois sur la gueule. La soirée commence réellement à ressembler à un vrai concert de hardcore avec ce set qu’on attendait beaucoup, qui nous aura régalé à bien des égards, même si d’un point de vue personnel, l’absence de réaction collective suscité par l’omniprésence dans le pit de Jean-Michel Consanguin et son tish KPN (avec le nom du groupe mais aussi et surtout une énorme Totenkopf SS), nous aura un peu gâché la fête à neuneu.

Worst Doubt (CC0, photo prise pendant les balances, le public n’y perd rien en qualité (toujours inexistante), mais au moins on se casse moins le cul)

  • Syndrome 81 : Depuis le temps qu’on leur gâte la chique sur ce blog (comme n’importe quel amateur de punx ayant un tant soit peu de goût en la matière), on doute qu’il soit réellement utile de présenter ce quintet. Mais qui sait, peut-être que se trouveront parmi la trentaine de lecteurs de ce report quelques nouveaux parmi nos visiteurs et/ou des gens ayant fait l’impasse sur les dix dernières années du rock DIY hexagonal. Syndrome 81 est donc un groupe de « loubards sensibles », comme ils aiment à se définir, qui joue un punx teinté de oi! fortement influencé par Blitz, et qui décrit comme personne dans des chansons empreintes de grisaille le spleen du quotidien et l’ennui de la vie à Brest [même si avant eux, les précurseurs de chez Matmatah dépeignaient déjà les quartiers brestois (Lambézellec plutôt que Recouvrance), ainsi que le désoeuvrement et les addictions qu’ils suscitent (pas sûr de garder ce passage, attendre le go/no go du comité de rédaction)]. Bref, on ne va pas épiloguer une nouvelle fois sur des choses qu’on a déjà écrites pas mal de fois ici ou , sachant qu’à part un public peut-être moins agité et vorace sur le micro pour brailler les refrains de « Chaque Jour » ou « Seul Contre Tous », le set ressemblera beaucoup à ceux qu’on a déjà vus. Notre sobriété forcée du soir nous permettra cela dit d’observer les facéties du chanteur prenant un malin plaisir à piétiner les pinglots du bassiste, ou à bien mettre exagérément en avant le guitariste aussi discret que talentueux que Syndrome 81 partage avec Litovsk et Secteur Pavé. Aussi, un premier LP étant en route, annoncé pour « mars 2023 » et succédant à une flopée d’EPs et de splits réunis sur une compilation, le show des bretons nous permettra d’en entendre deux extraits. Un premier assez lent et mélodique, transpirant la mélancolie, et un second — « Dans les Rues De Brest » — plus rythmé, plus hymnesque, à la nostalgie là aussi marquée, mais avec une vibe fédératrice s’approchant de celle de « Gloire A Guérin », de Secteur Pavé. Coincés entre les tubes reconnus du groupe, les deux inédits ne dépareilleront pas réellement du répertoire, mais traduiront sans doute une composition un peu plus nuancée et moins frontale, qui se prête davantage au long format. L’avenir nous dira ça, mais en attendant, en choisissant de conclure le set par la reprise francisée de « Nothing » de Negative Approach (« Que Dalle ») que le chanteur viendra brailler au milieu du public, allongé dans la bière, il est certain que les brestois prendront le parti d’achever la fête triste avec un classique des plus radicaux.

Syndrome 81 (CC0, photo prise pendant les balances, le public n’y perd rien en qualité (toujours inexistante), mais au moins on se casse moins le cul)

  • Harm Done : Depuis les premiers coups de marteau du groupe nantais en 2014, DBDLT, bien content de ne pas être passé à côté d’un premier EP à la force de frappe déjà destructrice, a toujours bien fait attention à le surveiller de près. Si à l’époque de nos chroniques du 7″ et d’Abuse/Abused, le bombardement de références tombant à côté trahissait notre légère méconnaissance des différentes chapelles du hardcore, l’enthousiasme avec lequel nous vendions ces sorties qui nous ont réellement marqué (et par là même occasion ouvert les portes de ces fameuses chapelles méconnues) traduisait pour sa part très justement un ressenti non feint. Lorsque les deux derniers concerts du quatuor ont été annoncés, il était donc difficilement envisageable que nous n’assistions pas à l’un d’eux. Nous n’étions visiblement pas les seuls puisqu’on croisera dans l’assistance beaucoup de têtes connues dans « la scène ». Et même du côté du groupe ayant connu un line-up fluctuant, il était important de marquer le coup en convoquant — à l’exception du mec de Souvenirs/Sympathies ayant tenu la batterie durant trois ans, expatrié au Canada — tous les membres ayant déjà joué dans le groupe. Le set est donc construit chronologiquement : il commence avec la face A du premier 7″ ainsi que « Twice Rather Than Once » joué par le line-up actuel (avec le batteur d’Insecurity/Sordid Ship) ; puis c’est au guitariste de Worst Doubt/Lodges de chopper la gratte, comme il l’avait fait lors d’une tournée en Europe du Nord, pour jouer quelques morceaux d’Abuse/Abused ; avant que ce LP (en plus du titre plus ancien « Harm Done ») soit mis à l’honneur par la formation originelle du groupe comprenant la section rythmique de Regarde Les Hommes Tomber ; et qu’enfin le line-up actuel achève le show en jouant des titres issus du split avec Sex Prisoner, influence majeure du groupe. Le final s’achèvera avec la cover de « Boiling Point » de SSD, ainsi qu’un rappel où « Hammer Stomp », emblématique de l’imagerie dévastatrice du combo, sera rejouée comme un symbole. Encaissant comme il le pourra la puissance annihilatrice occasionnée par ces 45 minutes de powerviolence véloce endurci à la HM2 et aux moshparts de plomb combiné au phrasé rauque et tranchant typique du Youth Crew sauce True Colors, le public créera un pur moment de hardcore (notre premier, à vrai dire, comme ceux qu’on voit sur Hate5six), avec des side-to-side ravageurs, des stage-dive en mode roulades et des windmills qui auraient pu alimenter en électricité toute l’agglomération nantaise. Le combo aura beau attiser les velléités va-t-en-guerre du pit — que ce soit le bassiste toisant le public du haut des retours, ou le chanteur aux gants de démolition multipliant les oeillades écarquillées et les grimaces possédées sur les lignes de voix les plus tendues — l’hilarité incrédule provoquée chez eux par les épaves gisant sur le parquet ou trustant le micro pour y hurler une bouillie inintelligible montrera que le bordel provoqué dépassera leurs attentes. Les nôtres aussi, à vrai dire, et on n’ose imaginer notre frustration si on avait du voir ce qu’on aurait raté en matant la captation réalisée par Violent Motion. Croyez bien que, lorsque Harm Done, comme tout groupe de rock qui se respecte, se reformera d’ici quatre ou cinq ans pour un reunion-show exceptionnel, on sera encore de la partie.

Harm Done (CC0, photo prise pendant les balances, le public n’y perd rien en qualité (toujours inexistante), mais au moins on se casse moins le cul)


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