[Récit de concert] 02/11/2019 : Stone From The Sky @ Cluricaume + John Makay @ Relax

Cela faisait un petit moment qu’on avait déserté la Place du Marché et ses cafés-concerts, soit par manque de temps, soit par manque d’intérêt pour des programmations pourtant encore bien fournies. On en retrouvait le chemin en ce début novembre à l’occasion d’une double date où, c’est assez rare pour être souligné, le Relax et le Cluricaume alignaient  leurs horaires pour nous permettre de ne rien rater, ou presque, des deux groupes qui nous intéressaient.

  • John Makay : L’année 2019, avec Crom, marquait à notre grande surprise le retour de ce duo originaire d’Amiens, dix ans après la sortie d’un premier et unique album ayant largement inspiré une scène math-rock tout en fraicheur, très portée sur les phrasés sautillants et jinglesques (la légende voudrait que Papaye tire son nom d’un des morceaux de ce Mon Amour Mi Amor). On accueillait avec encore plus de surprise (et de plaisir) la nouvelle de leur passage par Poitiers, en préambule de leur tournée avec Chafouin, marquant l’affiliation du groupe au microcosme Epicericords (on avait d’ailleurs vu le batteur à l’oeuvre à la… mandoline, en compagnie des deux Marylin-Rambo au sein de Lado, pour la probable meilleure reprise d’Alan Parson Project du monde). Le set fera une distinction nette entre ces deux disques, la première partie se consacrant au plus récent, la seconde revenant sur le plus ancien, où il n’y a pas de boucles, et où le guitariste superpose plusieurs mélodies avec une maîtrise du tapping assez impressionnante. Une décennie, c’est long, et si le nouvel album montre un groupe qui n’a rien perdu de ses facultés d’écriture (qui se voient donc même renforcées avec l’utilisation d’une loop station pour accumuler encore plus de plans de guitare et de synthé) il en va différemment de l’interprétation sur scène — bien qu’on ne sache pas si, là aussi, la pause a réellement duré dix ans. Outre quelques accrocs attendus sur des mélodies qui ne sonnent pas autant que sur disque ou des loops bricolés à l’arrache, c’est vraiment côté batterie où on sent que ça bute pas mal. Alors que ça passe nickel sur des plans tarabiscotés (comme la bossa de « Johnaldinho ») et quelques breaks très propres, on sent le batteur assez hésitant sur des patterns d’apparence plus simples, ce qui brise un peu la fluidité rythmique des morceaux et l’harmonie instrumentale d’un duo qui se montre du coup bien plus complice à l’écoute des disques. On espère donc que la tournée aura permis au binôme de retrouver tous ses automatismes, et que la prochaine fois qu’on le verra sur scène (on espère que ça mettra moins de dix piges), la symbiose sera de nouveau là. On peut attendre, et si les microsillons tiennent le coup, on serait étonné de se lasser de Crom avant un bon moment.

John Makay (CC0)

  • Stone From The Sky : Changement de style et d’ambiance dans le pub d’à côté, où la programmation du soir a de quoi rappeler l’époque où le collectif Crypte bookait le lieu. Autant dire qu’il y a de la fuzz au menu, et quelques autres effets plus planants, pour soutenir un heavy-psych’ instrumental (excepté sur la cover du « When God Comes Back » d’All Them Witches interprétée avec le roadie au micro), appliquant à la lettre la promesse de ce sous-genre connexe au stoner, et alternant donc lourdeur et psychédélisme. Dans le sillage de groupes comme My Sleeping Karma ou Samsara Blues Experiment, la Pierre du Ciel combine donc les riffs gras à l’assise rythmique éléphantesque, et les pérégrinations flottantes où la section basse-batterie se met en sourdine pour laisser libre cours aux envolées réverbérées de la guitare. Le trio manceau ne fait pas encore autant voyager que les pontes du style auxquels ils se rattachent, et gagneraient à inclure plus de progressions dans des compositions où la polarité heavy/soft est encore bien marquée. Mais les trois savent déjà sortir des riffs massifs et construire de vrais trips en vol stationnaire. Ne reste plus qu’à ajouter quelques étapes à ce cheminement reliant la dalle de bitume et les cieux plus légers, à ajouter aux codes et aux sonorités classiques du genre une touche plus personnelle, et Stone From The Sky ne devrait pas avoir trop de mal à se faire une place aux côtés des têtes de gondole du heavy-psych français, comme Mars Red Sky ou Glowsun. Pour le moment, la formule proposée par les sarthois semble bien figée : arrivé au cours d’ « Agger », les morceaux qu’on a pu voir ensuite alternaient entre Fuck The Sun et Break A Leg, et sortaient tous du même moule. Il manque à notre sens un tout petit quelque chose à cette base déjà fort efficace pour rendre leur proposition vraiment singulière, et achever de nous embarquer définitivement. Mais pas sûr que notre avis ait une quelconque importance, sachant que le groupe semble déjà avoir réuni une fanbase conséquente, y compris à Poitiers — qui n’a pas le public le plus facile et intéressé, c’est un euphémisme — qui aura d’ailleurs répondu présent, en terme de nombre mais aussi d’ambiance, pour accueillir ce deuxième passage de Stone From The Sky, après un premier visiblement déjà réussi.

Stone From The Sky (CC0)


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