[Chroniques en vrac] Fange – Punir / Better Off Dead & Cookies – Split EP / Cuir – Demo

Deuxième salve de mini-chroniques avec au programme trois sorties relativement locales puisqu’elles nous viennent de Rennes, Tours/Angers (bon OK, Paris aussi) et Lorient. Des valeurs sûres, des confirmations et du complètement neuf au programme. La scène vit bien, comme on dit dans le milieu du ballon rond.


FangePunir (Throatruiner Rds)

Les rennais maintiennent la cadence avec ce nouvel opus, qui porte à deux LP et un EP le nombre leurs sorties en deux ans et demi. Un rythme soutenu qui témoigne peut-être d’une soif de renouvellement, reflétant l’actualisation du line-up incluant désormais un bassiste et un nouveau batteur. Et si les bretons s’acharnent toujours, pour nourrir leur mélange de sludge, de hardcore, de harsh-noise, à éviscérer le même cadavre vicié avec leurs armes favorites — une HM2 corrosive soumise à un flot de pulsations ultra-violentes — force est de constater qu’ils ont effectivement perfectionné leurs méthodes pour restituer au mieux la substantifique putréfaction de leur sujet. En mettant notamment plus en avant l’influence swedeath qui suinte des riffs (« Les Boyaux De La Princesse », « Il Reconnaîtra Les Siens »), permettant au nouveau batteur de débiter son jeu fourni en double-pédale et descentes de toms — qu’on préfère nettement dans ce contexte que dans celui-ci des anciens morceaux, plus sauvages que chirurgicaux. Ou en soignant les accalmies non moins anxiogènes, engluées dans des tempos doom et sous le feu mou de la dissonance dégoulinante d’arpèges désarticulés (« Chien De Sang », « Second Soleil »). Les effets électroniques, industriels, font toujours l’objet d’interludes dédiés (« Opinel » et « Maintien De L’Ordre »), mais grouillent en permanence comme des asticots à la surface de la masse de magma merdeux formé par le duo guitare/basse sur tout le disque, amplifiant le bruisme ambiant. Dans la même optique, le traitement sonore opéré sur la voix démultiplie le caractère terrifiant des élucubrations surréalistes morbides dégueulées par le chanteur, qui jaillissent en giclures acides. Sans renier la patte unique qui distingue Fange de n’importe quelle formation cataloguée — souvent abusivement — sludge (on tentera de les rapprocher de Dopethrone, même si la proximité est certainement plus humaine que stylistique), le groupe rennais réussit avec Punir à insuffler dans leur formule suffisamment de sang neuf (mais toujours septisémique) pour ne pas tourner en rond et lasser le fidèle (ce qui, soyons honnête, commençait à arriver avec Pourrissoir). Et surtout pour sortir un des probables meilleurs disques de l’année.


Better Off Dead & CookiesSplit EP (?)

On a récemment parlé de Better Off Dead suite la sortie le mois dernier d’un EP, Sans Issues, qui voyait le trio angevin et sa chanteuse se mettre à chanter français et ainsi opérer une mue totalement réussie, grâce à des lignes de voix catchy portées par des compositions subtiles. On perd un peu ici en subtilité avec ces trois nouveaux morceaux plus axés punk-rock, et enregistrés avec plus de distorsion — même si « On Dansera » permettra à la guitariste de décliner ses mélodies sur cinq longues minutes (!) sans lasser. Meilleur titre de la face BOD, celui-ci donne l’occasion à la chanteuse et au bassiste (qu’on retrouve dans Bleakness) de se livrer à un question-réponse des plus efficaces, et de parfaire des parties vocales décidément irréprochables. Mais bon, on ne va pas tourner autour du pot, notre réel crush sur ce split, c’est la face de nos chouchous Cookies ! Dans la lignée de leur première et excellente démo, les parigo-tourangeaux échappés de Bitpart, Sueurs Froides ou Toybloid alignent cinq nouveaux morceaux de punk-rock lo-fi et poppy, avec là encore des lignes de chant à faire fondre un M&M’s. L’art de délayer l’attente et la déception amoureuses dans des mélodies adolescentes qui ne demandent qu’à être reprises en choeur est plus que jamais de mise (« Summer Of Love », « Never Again » (Oh, Oh, Oh, Ooooh…), bon, en fait, les cinq morceaux), et le trio se montre même un peu plus aventureux dans la composition. Ca passe par le refrain poppy-surf de « No Future », mais également par le lead parcourant « Sparkless Life ». Invoquant la dextérité de Van Halen, le guitariste-soliste tourangeau nous y régale en effet d’un arpège aigre-doux, et le public chavire. Bien connu dans le landerneau tant pour ses facéties malicieuses que pour son riffing tout en « pouvoir-accords », l’instrumentiste indroligérien nous livre ici à n’en pas douter le Tchao Pantin, si vous nous passez l’expression, qui manquait à sa carrière. Il lance également avec ces quelques notes, un split qui réchauffera les coeurs en mal de réconfort et accompagnera vos étés, pluvieux ou bien ensoleillés.


CuirDemo (Forty Tapes Rds)

Projet — solo, a priori — dans lequel est impliqué le chanteur de Coupe-Gorge et de Sordid Ship, et il ne faut pas plus de quatre mots gueulés dans le micro pour s’en rendre compte. Le phrasé hargneux est là, les thématiques chères à tout loubard littoral névrosé se respectant aussi. Baston, défonce et sociopathie maladive sont donc au programme, dressant comme la plupart des groupes de punx bretons un tableau assez peu flatteur de cette région, et renforçant du même coup notre perplexité de voir tant de fils et filles de druides faire crânement flotter au vent de tous les festivals de France le Gwenn ha Du au bout d’un mât. Sur cette démo — et bien que le visuel laisse apparaitre entre une 8.6 et un gros ter un ventre floqué des armes lorientaises —  la fierté bretonne est finalement assez peu explicite dans les textes davantage autocentrés et écrits à la première personne. La réelle surprise de cette démo, ce sont les instrus qui servent de toile de fond à ce chant, qui reste central : bourrées de synthé aussi criard que le rose de la pochette, elles voient les riffs qui cherchent l’embrouille se noyer dans des mélodies weirdo irradiantes sur des tempos dopés au speed. Ca donne à l’arrivée une bonne mandale synth-punk, et en quelque sorte le chainon manquant entre Violent Reaction, The Spits et Kitchen People. Entre nihilisme misanthrope et fun contagieux, entre grabuge malaisant et virée fendarde, entre full NRVax et plutôt chillax, cette démo se montre un peu versatile. Mais le seul truc qui n’y soit pas nuancé, c’est le caractère tubesque des cinq morceaux qui la composent.


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