[Récit de concert] 23/05/2018 : King Khan & The Shrines + Paint Fumes @ Confort Moderne

La curiosité consécutive aux effets d’annonce du Confort aidant, on séchait ce mercredi la date du Zinc proposant le premier concert de deux nouveaux groupes pictaviens (Ch-ained et Ten Feet Tall) venant gonfler les rangs d’une scène emo/punk locale déjà foisonnante. Un choix à faire qui occasionnait d’emblée quelques regrets, et suscitait pas mal d’attente. Si on ajoute à cela le teasing opéré par la SMAC et la saucée qu’on s’est pris en remontant le faubourg, autant dire qu’on espérait fortement ne pas être déçu. Cela dit, en guise de première satisfaction, on constatait en arrivant que l’orga avait su tirer quelques enseignements de manques d’affluence précédents en délocalisant dans le club intimiste le show initialement prévu dans la grande salle, la fréquentation culminant ce soir à une grosse centaine de personne. La faute de la météo?

  • Paint Fumes : Deuxième motif de satisfaction : le groupe d’ouverture défonce. Autant ne pas faire durer le suspense, on est très surpris dès les premiers morceaux par le garage-punk proposé par le trio américain, qui tape à peu près aussi large que les les looks de ceux qui le jouent. Du casual à la fois sérieux et décontracté à la veste à patches façon Municipal Waste avec la tronche qui va avec, en passant par le hippie touffu à collier de chamane, le seul dénominateur commun du look Paint Fumes, c’est le petit bandana dans les cheveux. Mais puisqu’on n’est pas dans Vogue, parlons plutôt de ce qui ressort des deux guitares et de la batterie ultra-minimaliste. Composé de trois fûts (une grosse caisse, un tom, une caisse claire), et avec seulement une cymbale ride, avec un petit tambourin utilisé sur les trois premiers morceaux, (bien vite balancé dans la fosse), le dépouillement du kit rejoindra finalement celui des solos de gratte exécutés à deux doigts, mais se verra finalement suffisant pour permettre au combo de dérouler un garage-punk assez cradingue, qui révèlera par moments une influence assez marquée par le hardcore 80’s, que ce soit dans la voix cassée du chanteur rappelant celle des premiers Descendents, ou bien au détour de certaines suites d’accords typées hardcore old school qui serait joué en clair, avec pas mal de réverb’. Si Paint Fumes est donc à rattacher à la scène garage, c’est donc dans ce qu’elle propose de plus encrassé, et on pourra les situer entre Bass Drum Of Death et GØGGS. Côté jeu de scène, on pourra faire la fine bouche, et déplorer une attitude nettement plus lisse. Mais c’était sans compter sur un batteur fantasque qui nous offrira un spectacle de choix en compagnie de son micro de caisse claire. Micro qui, lassé d’être repoussé par le musicien, et suite à l’abandon du technicien son s’affairant en vain comme dans un Chaplin pour régler le souci, finira par bruyamment tomber de scène, après que ses pérégrinations vibratoires aient tenu le public en haleine pendant quelques morceaux. C’est finalement King Khan en personne qui volera au secours du micro outragé — dévoilant au passage un backpatch The Spits du meilleur goût (une proximité concrétisée par le projet Louder Than Death) — et en profitera pour rejoindre le trio pour jouer deux titres en rappel dont une reprise des Ramones.

Paint Fumes (CC0)

  • King Khan & The Shrines : Le featuring achevant le set de Paint Fumes nous donnait un avant-goût du brin de voix du vocaliste allemand. Cela dit, il en fallait un peu plus pour que que la promesse du Confort, évoquant un show sensationnel, soit tenue. Mais, dès l’installation du groupe, il devenait assez évident que le concert allait au minimum faire montre d’une certaine mise en scène. Les musiciens, d’abord un classique guitare-basse-batterie, finalement rejoints au compte-goutte par pas moins de cinq acolytes — à l’orgue électrique, aux percussions, au baryton, au saxo et à la trompette — formaient en effet une configuration relativement atypique, qui pouvait laisser présager une formule effectivement assez festive. L’entrée en scène de la star du groupe, costard patte d’eph’ et coiffe plumée annoncé en grande pompe par le guitariste, achevait de poser l’ambiance. C’en était alors parti pour une heure de live, qui rectifiait considérablement l’idée qu’on se faisait de la filiation garage de King Khan. Alors qu’on rattachait le chanteur berlinois et ses projets à une foisonnante scène où le mimétisme est assez commun, c’est davantage à un concert de soul, de gospel, ou de funk fortement teinté de rock’n’roll qu’on a assisté, quelque part entre les Blues Brothers, James Brown et les Stooges. L’ambiance est donc à la liesse dans la fosse bien remplie, et les premiers rangs se mettent spontanément à danser sur les tubes communicatifs du groupe (« Thorn In Her Pride », « I Wanna Be A Girl », « No Regrets » ou le slow « Fool Like Me » dans un autre registre). On mesure à ce moment le bénéfice d’avoir déplacé le show dans le club, où le public profite mieux de la proximité avec le groupe et King Khan, qui se fait tripoter le bide débordant de sa combi en lycra laissant également entrevoir ses fesses. Ses harangues font mouche, et les activistes ou les trans’ à qui sont dédiés quelques morceaux sont chaleureusement salués. Sur la petite scène aussi, le bénéfice est évident, les musiciens se marchant dessus lorsqu’ils échangent d’instruments, se mettent au tambourin, ou essaient d’éviter l’orgue qui virevolte dans les mains du claviériste, contribuant à créer un joyeux bordel. Une partie de la section vents finira d’ailleurs dans la fosse, tandis que le leader reviendra vêtu d’une cape, d’un slip et d’une perruque, histoire de parachever une communion sauvage ayant duré tout le set, et qui donnera largement raison au teasing opéré par le Confort Moderne.

King Khan & The Shrines (CC0)

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