[Récit de concert] 14/04/2018 : Cowards + Pilori @ Cluricaume

En sommeil depuis la célébration de ses cinq ans, l’asso Gheea Music soulevait une paupière pour porter secours à deux groupes sur la route en rade de date après une annulation à Bordeaux. Pas au bout de leurs peines, c’est ensuite un van de remplacement qu’ont du trouver les visiteurs du soir, pour, après toutes ces péripéties réglées à force d’obstination, goûter à la spécialité locale des concerts du coin : la quasi-absence de public.

  • Pilori : Ayant raté le coche lorsqu’ils étaient censés ouvrir pour la reformation de Phantom Carriage dans un Zinc bien blindé, c’est finalement dans un Cluricaume très peu rempli que nous revenaient ces quatre rouennais. Le pub en configuration concert, avec l’arrière-salle dégagée des tables et chaises, rend l’impression de désertion un peu plus forte, si bien que le groupe se retrouve à occuper plus d’espace que le public, le batteur restant seul sur l’estrade. Une disposition bien frontale — et surtout personnifiée par l’imposant chanteur (par la taille et par la  voix) — qui rejoint la proposition aussi punitive que pouvait laisser présager le nom du groupe, consistant à badigeonner la substantifique crasse du crust et du black metal sur un écheveau empruntant ses structures au hardcore dit « chaotique » ou au powerviolence. Le cahier des charges Throatruiner est donc respecté à la lettre (bien que le combo ne figure pas (encore ?) au catalogue du label), et place Pilori à la croisée de formations comme Calvaiire et Hexis. Ce qui nous amène dans le giron de Gaza ou Young And In The Way. Malheureusement, et contrairement à la voix étonnamment distincte (sans pour autant rendre intelligible les textes en français, faut pas rêver), le traitement de la guitare, tout en gras, atténuera le côté blackisant du crust des rouennais pour en donner une version alourdie, spécialement lorsque les compositions mettent les blasts de côté pour privilégier les grooves un peu moins tendus plus typiques du hardcore. Moins tourmenté que ce qu’on aurait pu imaginer, mais plus brutal, le concert de Pilori amorçait toutefois une descente dans la noirceur et l’insanité au fond de laquelle les parisiens têtes d’affiche, dans un registre différent, devaient nous maintenir. Leur guitariste, adossé au renfoncement de la cave, passera d’ailleurs la fin du set des normands à s’échauffer les phalanges sur leurs breakdowns infectieux.

Pilori (CC0)

  • Cowards : Dans sa forteresse de nihilisme avant même que le concert ne commence, c’est finalement de face qu’on retrouvait le six-cordiste, avec cette fois la guitare branchée et le groupe habituel à ses côtés, à l’exception du batteur emprunté à Pilori. Composante assez essentielle de l’ambiance hostile entretenue par Cowards sur scène, la morgue du gratteux, qui bénéficie d’assez de plans joués cordes à vide pour donner du majeur, s’exprime particulièrement ce soir, à la différence des applaudissements du public rabroués par des « ferme ta gueule » bien tendax. On avait déjà eu l’occasion de souligner qu’on trouvait cette misanthropie un peu surjouée, et l’exemple du soir ne nous fera pas vraiment changer d’avis. Cela dit, on ne change pas non plus d’avis sur le reste du show, qui fout toujours autant la pression, et qui le doit surtout aux riffs malsains balancés sur des rythmiques au groove malfaisant. On ne va pas se répéter sur l’omniprésence des dissonances infectes, ou des hurlements aigus du chanteur accompagnés de ce fameux rictus emprunté à De Niro, ou plus globalement du rapprochement assez net avec le hardcore bitumeux de Kickback. Mais on soulignera toutefois que si les commentateurs autorisés ont une fâcheuse tendance à rattacher abusivement Cowards au sludge en raison de leur capacité à inclure des parties pesantes entre deux plans plus véloces, un des morceaux joués ce soir et possiblement nouveau dans la setlist (troisième en partant de la fin, juste avant « The Old City ») reprendra des accents très typés EyeHateGod, et ajoutera opportunément un bon petit paquet de boue à l’aridité bétonnée très urbaine à laquelle Cowards fait habituellement référence. Voilà, on s’attarde donc sur des détails, puisqu’on n’a pas grand chose de plus à dire que la dernière fois, si ce n’est que les parisiens collent toujours autant les miquettes sur scène, qu’il y ait 1000 ou 10 personnes en face.

Cowards (CC0)

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