[Récit de concert] 16/12/2017 : Frustration + François Virot + Jessica93 + The Ex @ Encore! (réouverture du Confort Moderne)

C’était The Place To Be en cette fin d’année 2017, et après un an et demi de réhabilitation, le Confort Moderne rouvrait ses portes en grande pompe en recueillant un succès populaire impressionnant. Au vu de la transformation radicale du lieu, on comprend mieux la longue fermeture, la redistribution et l’agrandissement des espaces ayant même tendance à brouiller les repères. Outre la Fanzinothèque désormais bien plus visible avec sa grande baie vitrée donnant sur la cour nouvellement couverte, ou la galerie d’expo à qui un mur pété a offert des mensurations extravagantes, c’est bien sûr la salle de concert allongée en un corridor de 800 places et un club boisé adapté aux petites jauges (enfin!) qui retiendront bien sûr notre attention. L’écrin n’attendant désormais plus que quelques pépites à mettre en valeur, on espère donc, après quasiment 30 ans de programmation exigeante brillamment résumés par Glitch, que les prochaines saisons modernement confortables remettront la découverte autant que les valeurs sûres ainsi que l’inédit au coeur de leurs priorités.

  • The Ex : Grosse journée/soirée/nuit oblige, le timing est respecté, c’est donc avec un peu de retard qu’on se présente dans la grande salle alors que les vétérans hollandais foulent une nouvelle fois les planches du Confort. Une ouverture décidément tournée vers le passé de la salle, avec un DJ set réunissant deux de ses fondateurs pour le quatre-heures, et un choix tout de même curieux de faire ensuite jouer ces légendes à 17h. Peu importe, la grande salle est déjà bien remplie et nous montre d’emblée que son léger dénivelé est suffisant pour bien voir la scène malgré l’affluence, même placé dans le fond. La moyenne d’âge est plutôt élevée, et le public diffère assez franchement de celui faisant la queue qu’on croisera en partant vers 1h, nettement plus typé Grand’Goule/Label5-Jean’s Cola. On se rapproche tranquillement de la scène tandis que les riffs saccadés alignés par les trois guitares au son aride (deux Telecaster et une planche de bois vermoulu) esquivent les rythmiques complexes et lancinantes d’une batteuse impressionnante. On a plutôt du mal à rentrer dedans, d’autant plus lorsque deux des gratteux se lancent dans une joute de solos bruitistes pour permettre au troisième de changer une corde. L’entêtement aidant, les slogans scandés façon NoMeansNo se faisant percutants, et les patterns de la batterie délaissant une certaine raideur pour quelque chose de plus dansant, on se laisse enfin embarquer pour la fin du set, qui s’avérera finalement extrêmement classieux, et permettra d’entrée de jeu de juger de l’excellent son de la grande salle.
  • Jessica93 : Une caractéristique qu’on ne retrouvera pas vraiment dans le club, où le désormais-quatuor parisien défend son dernier album, Guilty Species. Passé par le Confort lors d’un Less Playboy Is More Cowboy où il avait manqué de se faire sortir après avoir pissé dans la cour et déclenché un début de rixe, le pilier du projet passé par les Louise Mitchels et Missfist s’est entouré du guitariste de Bitpart, d’un membre de Marietta et du journaliste musical professionnel David Snug. Une formule qui rend plus direct le post-grunge (?) qu’on lui connaissait, qui ne s’embarrasse maintenant plus de longues boucles introductives, les morceaux se mettant en place plus rapidement, et a même laissé tombé la réverb’ lointaine sur la voix. Exceptés « Asylum » et « Endless » joués vers la fin, ce sont des titres du dernier LP qui seront alignés, « RIP In Peace » et « Mental Institution » en tête, et estomperont donc un peu le brouillard glacial de Rise et Who Cares? par des mélodies moins glaciales, mais toujours enveloppées d’une saturation dégoulinante qui évoquera autant la cold-wave que le black metal. En dehors de cet aspect musical, notons que Jessica93 ne néglige plus le côté visuel du show (quoique les allers-retours guitare-basse pour installer les boucles faisait son petit effet). Il peut en effet compter sur David Snug pour, dans le plus grand respect des traditions françaises, et après avoir bénéficié des largesses du dispositif RMI du temps de Dr Snuggle & MC Jacqueline, occuper en toute décontraction un emploi fictif dont la tâche la plus importante consistera à lancer la boite à rythmes et à en suivre la cadence avec un tom et une cymbale. Une débauche de moyens que ne manqueront pas de souligner les adeptes du « c’était mieux avant » et autres « c’est un vendu ».

The Ex (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • François Virot : Retour direct dans le club, les orchestrations à la Gainsbourg de Forever Pavot ne nous ayant pas retenu dans la grande salle. Deuxième volet de la partie « Born Bad Birthday » avant le set de Frustration, on retrouvait comme pour Jessica93 un quatuor construit autour d’un soliste issu de Clara Clara. On retrouve d’ailleurs là la voix bien reconnaissable du lyonnais, limpide et fragile, mais ici portée par des mélodies pop rafistolées, à la fraicheur instantanée. Zéro disto, des rythmiques sautillantes distribuées par un batteur excellent, et ce chant entêtant où se mêlent mélancolie et candeur juvéniles : les rhônalpins pourront rappeler la sensibilité de Ropoporose et l’insouciance de Peter Bjorn & John. A l’arrache, goguenards et désinvoltes, les quatre, à l’image du batteur alignant les patterns pétillants sur un kit fait de bric et de broc, et malgré cette touche de branleurs totaux, enchainent sans bavure des tubes imparables comme « Rip Off » ou « Blue Void ». Sans y toucher, et sans qu’on s’y attende vraiment (après une prestation solo un peu chiante à la guitare acoustique pour l’ouverture du Confort Moderne/Fanzinothèque temporaire située Grand-Rue, on venait essentiellement pour le petit bijou « Medicine »), le François Virot quartet aura finalement et en toute simplicité livré le meilleur concert de la soirée.
  • Frustration : En fermeture de la partie « rock » de cette réouverture, les têtes de gondole du post-punk franciliens étaient une nouvelle fois conviés à secouer la salle de concert pictavienne, après un précédent en 2013 en compagnie de Lonely Walk où ils n’avaient pas caché leur déception face à une salle apathique. La fosse étant cette fois-ci un peu plus remplie, et l’enthousiasme lié à la soirée étant assez prononcé, le quintet récoltera un pogo gentillet, cependant bien loin de l’avalanche de slams déclenchée lors de leur passage à la Villette Sonique. Débutant étonnamment le set par un titre EBM à la boite à rythmes écrasante, cet intro permet aux membres d’arriver au compte-goutte, de découvrir un (relativement) nouveau bassiste à la présence galvanisante, et au leader de se pointer d’un sobre « Frustration, Gennevilliers », marcel Fred Perry et chapka à fourrure, avec l’attitude disons « clivante » qu’on lui connait. Grimaces belliqueuses et slogan qui dénonce (« n’oubliez pas qu’on vit dans un Etat raciste et capitaliste », plutôt ironique pour un groupe qui a vendu sa musique à une marque de sport pour bourges) : le chanteur a de quoi énerver, mais en dehors de ça, difficile de ne pas souligner une prestation impeccable, son timbre grave et solennel amplifiant la tension régnant dans les différents titres issus d’Empires Of Shame (« Excess »), Uncivilized (« We Miss You », « Uncivilized ») ou même plus vieux (« Too Many Questions »). Comme d’habitude, le synthé est un peu trop en avant et le batteur incroyablement bancal pour un groupe de cette envergure (sur le fil juste ce qu’il faut sur les passages linéaires, mais à côté sur les pauses/reprises, RIP celle d’ « Angle Grinder »), mais le groupe reste l’héritier le plus crédible en France de la lignée Crisis/Warsaw. Voilà, c’en était donc fini de la partie « rock » de cette soirée, on pouvait alors rentrer à la maison tranquillement, les abrasions irritantes de France et la multiplication de beats electro suivis par des hordes de néo-zazous nous poussant à mettre les bouts, en attendant de revenir dans ce superbe lieu sous des cieux plus électriques.

Jessica93 (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

 

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