[Récit de concert] 31/10/2017 : Crackhouse + Dvne @ Zinc

Habituellement axée sur le hardcore et le pied-bouche librement consenti, la programmation de Go Music prenait à l’occasion de Halloween un virage étonnamment progressif. Devant un public renouvelé, parfois maquillé pour l’occasion et pour partie pas vraiment attentif (quand on entend plus les vannes et les rires que les accalmies instrumentales, c’est mauvais signe), le show débutait avec une surprise de taille.

  • Dvne : Pressenti comme tête d’affiche, c’est finalement le combo britannique qui ouvre la soirée. Arrivé avec cinq petites minutes de retard, on ne percute pas tout de suite. Mais en se faufilant au travers de la foule bien compacte jusqu’aux premiers rangs, on se dit tout de même que ce groupe qu’on prend alors pour Crackhouse et qu’on ne connait pas s’appuie sur des références similaires à Dvne, et promet une soirée homogène, mettant à l’honneur un metal progressif monolithique. La capacité du combo à conjuguer les mélodies épiques de Mastodon et les atmosphères montagneuses d’Elder nous fait cependant beaucoup tiquer, influences soulignées par le dress-code des six-cordistes faisant figurer d’autres ambassadeurs de la scène géorgienne (Kylesa) et du doom-prog (Pallbearer). Les membres devisant en anglais à la fin du morceau achèvent finalement de nous faire prendre conscience qu’on vient de manquer le début de Dvne. C’est d’ailleurs le post-blackisant « Thirst » qui enchaine et nous montre la facette la plus rugueuse du groupe, qui peut d’ailleurs compter sur une paire de guitaristes-chanteurs complémentaires, l’un au growl, l’autre dans un registre plus clair. Jouant décidément sur les contrastes, le quatuor écossais interprétera ainsi l’instrumental « Sunsets Grace », bien plus aérien et témoin d’une facilité d’écriture faisant d’Asheran, leur dernier album, comme de leur set impeccablement exécuté un voyage imagé, plongeant des sommets glacés aux profondeurs magmatiques, du post-metal le plus aérien au doom le plus écrasant avec un naturel assez impressionnant. Après avoir sorti un disque aussi réussi, Dvne se devait de confirmer sur scène : constitué de musiciens talentueux, emmenés par un batteur  peu gêné par son grand gabarit pour solliciter l’ensemble de son kit, aux pedalboards bien réglées, le combo britannique semble bien décidé à se faire une place dans une niche metal progressif qui nécessite quelque savoir-faire pour se faire un nom. Aucun doute, Dvne l’a, et les absents peuvent se rassurer, car on devrait revoir le groupe assez vite étant donné son talent et le caractère essentiel au genre de leur dernier LP.

Dvne (CC0)

  • Crackhouse : Fini la nuance, ou presque, avec ce trio tourangeau qui, on le découvre alors, pratique un doom massif et abrasif. Là encore, le dress-code des musiciens est assez parlant et montre un certain attachement aux marches belliqueuses et sanguinaires de Conan. On retrouve chez la tête d’affiche du soir la même densité dans la saturation boueuse et des rythmiques oscillant entre pas de charge et fendage de crâne à la hache en fonte. Pourtant, et malgré un set s’ouvrant sur les pulsations tribales de « Harva », les velléités guerrières de Crakhouse sont largement tempérées par le caractère plus tourmenté et introspectif de leur doom, et surtout par de larges accalmies laissant place à une sensibilité plus progressive, avec là aussi quelques éléments empruntés au post-metal. Si ces passages plus épurés offrent quelques respirations entre les lourdes cavalcades impulsées par les incessants roulements de toms renforcés par des riffs tournoyants, la répétition des motifs sur des temps assez longs (les morceaux avoisinent les dix minutes) crée tout de même quelques longueurs une fois que ceux-ci sont digérés. De même, et c’est là où on pourra oser une comparaison avec Dvne, les enchaînements entre ces différents plans ne sont pas toujours très naturels et rendent les progressions un peu artificielles, empêchant de se laisser transporter complètement par les parcours pensés par le trio. Une petite imperfection dans l’écriture qui ne doit cependant pas occulter les bonnes idées de riffs et les capacités vocales du guitariste, qui donnent de la profondeur et plus de consistance aux passages répétitifs. Quand ce petit point faible sera gommé, il est probable que les compositions de Crackhouse se transformeront en odyssées où le spectateur se verra confronté aux tempêtes féroces comme aux ascensions vertigineuses sans se rendre compte du passage des unes aux autres. Pour l’heure, on aurait davantage vu les tourangeaux chauffer la cave avant que Dvne ne vienne conclure en majesté.

Crackhouse (CC0)

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