[Récit de concert] 23/06/2017 : Mary Bell + Castle Ruins @ Zinc

Si le Hellfest (raconté ici, , ou encore ) sonne généralement la fin de saison culturelle, l’asso 1000 Manières de Pourrir jouait cette année les prolongations et conviait deux derniers groupes pour clôturer une dizaine de mois dédiés à la scène DIY. Montée en puissance tout au long de l’année avec des groupes de plus en plus sympas, l’orga concluait ce soir avec deux formations extérieures à Poitiers, dont une bénéficiant d’une bonne petite hype dans la presse spécialisée (genre ici par exemple).

  • Castle Ruins : En provenance de Bordeaux, ce trio propose une formule alliant sobriété et efficacité : guitare-batterie-chant. Avec un line-up aussi réduit, autant dire que les girondins ne s’embarrassent pas de fioritures et tapent droit au but. Pas de petits leads ou autres arrangements, pas de descente de toms à tout va sur ce kit à deux cymbales et trois fûts : ça riffe sans complexe et ça cogne tout droit en cherchant à faire mouche dans des morceaux aux structures classiques mais accrocheuses. L’étiquette post-hardcore vient assez naturellement étant donné le timbre et les lignes de voix Fugaziesques (plus McKaye que Picciotto), ainsi que certains plans de gratte assez dynamiques façon At The Drive-In. Pour autant, le trio fait également preuve d’une certaine urgence encore plus primaire combinée à une volonté de créer des hymnes de stade conformes au look marcel/moustache de la section instrumentale. Un mélange des genres qui rend le groupe difficile à situer, entre fun sans prise de tête et tension un peu plus grave. Les bordelais ne nous aideront pas en choisissant en plus de reprendre en version plus musclée un titre du groupe post-punk The SoundBref, Castle Ruins semble puiser dans un large panel d’influences, et restitue le tout sous une forme où les tempos et l’intensité des riffs ne font pas ombrage à des refrains bien catchy qui restent longtemps en tête. Sur scène, le combo reste fidèle à sa formule simple mais payante, sans en faire des caisses, même si on présume la présence de joyeux drilles dans ses rangs (on va y revenir très vite). Ouvreur de luxe, on s’étonnera de ne pas le croiser sur plus d’affiches, celui-ci tapant dans suffisamment de références pour pouvoir se greffer à des plateaux plutôt éclectiques.

Castle Ruins (CC0)

  • Mary Bell : Quelques mois après la sortie de leur premier LP bien relayé dans la presse noiseuse, on était bien content de conclure la saison avec ces parisiens qui nous promettaient un set bien tendax. Et de fait, on aura droit à un concert de punk, avec tout ce que ça comporte d’urgence, de danger, et d’approximations. Certes, les interludes nous montrent un quatuor à la cool qui multiplie les fous rires, mais les titres principalement extraits du dernier disque n’ont à offrir que hargne, tension et insécurité. Il faudra cependant un peu de temps avant que les menaces ne gagnent en conviction : on entend à peine la caisse claire sur les premiers morceaux, « Shit On The Parkway », ou « Waste ». Mais une fois que tout est un peu plus en place, que le chant — qui évoque le plus la psychopathe ayant donné son nom au groupe en oscillant entre petite voix doucereuse inquiétante et hurlements possédés (« The Plague ») — et les riffs défilant sur la corde raide s’accordent enfin pour se caler dans le sillage des rythmiques raides et titubantes de la  batteuse, la sauce prend et l’ambiance tourne au vinaigre. Donnant lui aussi dans l’agressif, le son fait l’effet d’un coup de poing ganté de papier de verre, et est régulièrement retouché sur la table par les deux moustachus de Castle Ruins, qui trouvent par ailleurs que le groupe « déménage un max », et tiennent à le faire savoir (l’un des deux finira même par faire un feat’ sur « I Hate You » en bout de set). Bien que moins présente que sur le LP, la basse se fait toujours aussi dégueulasse, et on découvre du même coup le secret de fabrication de cette texture à l’épaisseur graisseuse : « j’ai aucun réglage sur mon ampli ». Bien convaincant sur scène, Mary Bell s’inscrit par son line-up aux 3/4 féminin dans le courant riot grrrl, et fait preuve d’une spontanéité sans artifice conjuguant l’explosivité de The Triggers à la rogne teigneuse de The Germs. Déjà attelé à la composition de nouveaux morceaux dont quelques-uns seront joués ce soir, le quatuor francilien, malgré un petit virage plus poppy sur certains d’entre eux, montre qu’il n’a pas renoncé au vice.

Mary Bell (CC0)

 

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