[Récit de concert] 27/05/2017 : Heavy Heart + Chaviré @ Zinc

Fin de saison plutôt politisée au Zinc, après le passage des punx toulousains de Nightwachers et avant celui de Woodwork. Ce coup-ci, c’est une paire nantaise bien connue des circuits DIY que le collectif 1000 Manières de Pourrir, lui-même très fidèle à ces principes, a programmé dans une cave du Zinc plutôt bien remplie et réceptive. Une soirée faisant la part belle au versant le plus sensible du punk hardcore, placée sous le signe du prix libre (entrée + merch’ des groupes).

  • Chaviré : Au rayon des groupes emo-punk francophones ouvertement libertaires, tant dans le verbe que dans le geste, les quatre nantais sont aujourd’hui plus qu’incontournables, surtout depuis qu’Amanda Woodward et Belle Epoque ont raccroché les gants. Certes, la niche est plus que restreinte, et si on élargit à l’anarchopunk au sens large, on a vite fait de tomber sur Gasmask Terrör ou René Binamé. Des différentes façons de chanter l’anarchie, de l’hymne festif pépère au slogan blitzkrieg apocalyptique, Chaviré a donc choisi la voix de la sensibilité, reprenant le flambeau d’une scène emo-punk éloquente et écorchée aujourd’hui quelque peu éteinte. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les quatre nantais ont su s’approprier les codes du genre, notamment côté instrumental, où l’alternance entre intenses déferlantes émotionnelles et accalmies mélodiques en clair témoignent d’un certain savoir faire, la guitare et la basse se répondant du tac-au-tac. Au delà de ça, j’avoue faire un petit blocage sur le chant, et notamment sur le lyrisme révolutionnaire des textes (façon IQV mise en chanson), que le mix permet pour une fois d’entendre parfaitement. Calquée sur les variations d’intensités évoquées plus haut, la voix louvoie entre screamo arraché et passages parlés (que je ne peux m’empêcher d’assimiler à Fauve, c’est terrible…). C’est passionné, bien exécuté, et pour ne rien gâcher une crise d’éternuements opportune viendra même animer et détendre l’atmosphère pendant l’interlude politique prêchi-prêcha de rigueur (ceci dit, là où Birds In Row est capable d’en coller une tous les deux morceaux, Chaviré s’en tiendra à une pour tout le set), mais pas moyen de m’enlever l’image du personnage-type des circuits DIY dépeint par David Snug — poing crispé dans le dos du chanteur, propos militant omniprésent (par ailleurs tout à fait OK sur le fond, mais un peu rédhibitoire sur la forme), bref lisez ses bédés, vous comprendrez. Objectivement bien foutu, l’emo de Chaviré ravira donc les nostalgiques d’Aussitôt Mort et des autres groupes pré-cités, d’autant que le groupe ne chôme pas et ne devrait pas tarder à sortir du neuf, qu’il est occupé à roder en live. Mais d’un point de vue plus personnel, je dirais que ça me glisse dessus.

Chaviré (CC0)

  • Heavy Heart : Si cet autre quatuor nantais épouse tout autant les préceptes DIY que Chaviré, on notera une nette différence de style, celui-ci officiant davantage dans le versant indie/mélo du punk-rock sauce Guerilla Asso. Autant dire que Poitiers compte quelques clients dans le genre, c’est donc naturellement qu’on retrouve dans les premiers rangs des membres de Topsy Turvy’s, Johk ou Bear And Forbear. Précédés par leur réputation de bon groupe de scène, on sent dès les premières mesures d’ « Out Of Reach » que la rumeur est loin d’être infondée. Après une balance soignée, on entend donc logiquement les deux guitares qui assurent une base mélodique tout en mélancolie à ce punk-rock mid-tempo vraiment catchy. Pour compléter le tableau, la section rythmique est loin d’être à la rue — c’est un euphémisme — entre un bassiste monté sur ressorts à l’enthousiasme communicatif et un batteur hyper-carré aux skills pas vraiment courants dans le genre (dont on retrouve d’ailleurs le jeu millimétré dans Verbal Razors désormais). Et au-delà de tout ça, le réel point fort de Heavy Heart reste le chant, partagé entre les deux guitaristes et renforcé par le bassiste sur les chœurs, qui s’appuie sur des harmonies vocales hyper-efficaces. Le genre de petite cascade qui peut vite s’avérer casse-gueule en live. Pas pour les nantais, dont la justesse des lignes de voix reste intacte, et fait parfaitement écho à la sensibilité des textes déclamés. En exemptant les rares extraits de Discoveries (dont l’hymne imparable « What We Lost » joué en fermeture), ce set essentiellement axé sur Distance (joué en quasi-totalité à deux ou trois titres près dont mon préféré, évidemment, « Night Words »), confirmera que certaines compos y figurant (« Unravel » ou « Poison ») n’ont pas grand-chose à envier aux tauliers du punk-rock option indie dont ils semblent s’inspirer, Latterman et Iron Chic en tête. De quoi démarquer Heavy Heart d’une scène très foisonnante, grâce à une facilité d’écriture et une précision dans l’exécution n’occultant ni la charge émotionnelle des titres ni l’énergie scénique.

Heavy Heart (CC0)

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