[Récit de concert] 24/04/2017 : Glowsun + Mantras @ Cluricaume

Ce devait être LA grosse affiche de la saison de Crypte (au terme ou presque d’une programmation déjà de haute volée, jugez plutôt), mais le divorce des headliners hollandais de Death Alley avec leur bassiste et l’annulation consécutive de leurs dates françaises et espagnoles auront quelque peu terni cet hypothétique point d’orgue. L’initiale première partie étant loin d’être dégueu, la soirée était maintenue et la voyait passer en tête d’affiche, tandis qu’un prompt renfort local permettait d’assurer un premier tour de chauffe.

  • Mantras : Habitué des scènes locales (avec notamment deux passages au Relax et au Cluricaume en l’espace des six derniers mois), c’est pourtant la première fois chez du Barbelé qu’on assiste à une prestation de ce trio composé de membres de Trepanator ou The Bottle Doom Lazy Band. Plus proches des seconds que des premiers, Mantras (à ne surtout pas confondre avec Mantra sans « s ») délaisse l’occultisme lugubre pour un psychédélisme bien plus radieux. Entre stoner-bluesy et space-rock, les quelques morceaux joués s’étirent sur de longues minutes à la faveur de motifs qui reviennent en boucle et se succèdent au terme de progressions cosmiques. Chaque plan tourne assez longtemps pour donner au guitariste l’occasion de développer des solos aériens voyant fuzz et wah-wah forniquer sur un lit de réverb’ — ce qui aurait pu tourner court lorsque dès le premier morceau, une pinte de bière s’est décidée à faire le grand saut du piano pour atterrir à proximité de la pedalboard. L’incident épongé sans aucune coupure, le concert pouvait suivre son cours, ponctué par les successions de ces fameux plans à la répétition hypnotique (et parfois écrasante, dans des accès doomesques à la distorsion plus épaisse) mais souvent mis bout-à-bout sans grand naturel, changement de tempo et de groove abrupt à la clé. Perceptibles sur quelques passages de leur EP Psychedelic Stoner Blues Maze, dans « The Hangman’s Blues » par exemple, joué vers la fin du set, ces ruptures soudaines sont particulièrement marquantes sur le nouveau titre interprété ce soir là (« Black Hole »?). Des enchainements opérés sans ménagement qui rompent un peu le charme et brisent parfois l’effet d’hypnose qu’amorcent les boucles interminables, et qui, ajoutés au jeu parfois bancal du batteur en dépit d’un kit plutôt fourni compte tenu du genre et à des lignes de chant pas trop maitrisées (le mur de son ne les laissera cependant pas trop passer), resteront les principales petites fausses notes de ces incantations, offrant une acception toute électrique au concept de méditation.

Mantras (CC0)

  • Glowsun : Changement de braquet avec ce trio certes français (originaire de Lille) mais pensionnaire du label international Napalm Records (initialement tourné vers le black metal mais ouvrant volontiers à quelques pointures doom et stoner comme Ahab ou Monster Magnet). Nous ayant par ailleurs offert l’un des meilleurs réveils de Hellfest en irradiant la Valley en 2015 (voir ici), on était impatient de les voir dans un lieu plus intimiste, bien que les grandes scènes semblent bien se prêter à l’amplitude des riffs stratosphériques du combo nordiste, magnifiés par le suremploi d’une fuzz granuleuse à souhait. A l’image du set lui-même, qui débute par les crescendo feutrés des mailloches sur les cymbales, chaque morceau est une aube, introduit par quelques arpèges cristallins semblables aux premiers rayons solaires perçant l’horizon, avant que la basse bourdonnante conjuguée aux accords lancinants de la guitare ne finissent d’accoucher l’astre céleste dans un fracas de groove. Malgré un album sorti entretemps, ce sont toujours les titres issus d’Eternal Season qui se font les plus marquants, au premier rang desquels on retrouve les ondulations mystérieuses ponctuées d’effets hallucinogènes de « Death’s Face », et surtout les circonvolutions lourdes et menaçantes de « Dragon Witch », dont le riff pachydermique éprouvé pendant le line-check  nous rassurait sur la présence dans la setlist. Moins éparpillés que Mantras, les trois lillois misent donc sur l’efficacité d’un nombre plus réduit de motifs et les font tourner encore plus longtemps dans une optique de puissance qui écrase tout lorsque la fuzz retentit et que le batteur, qui passera le set à se marrer en gardant le roadie au coin de l’oeil, alourdit sa frappe. Les fioritures telles que voix et solo à l’inévitable wah-wah sont réduits à portion congrue pour se concentrer sur les progressions tout en nuances de chaque thème, ainsi que sur les contrastes créés entre les ambiances feutrées en son clair et les décollages assourdissants gonflés par la disto. Après Mars Red Sky, dont on peut rattacher le stoner psyché de Glowsun aux premières sorties (une pointe de desert-rock à la Slo Burn au ralenti en plus), le Cluricaume pouvait donc accrocher à son tableau de chasse un des grands noms français du genre, et compter pour cela sur le bon goût du collectif Crypte.

Glowsun (CC0)

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