[Récit de concert] 10/04/2017 : Harsh Toke + Joy @ Cluricaume

Dix jours tout pile avant d’aller distribuer des buvards aux semi-hommes de Cul-de-Sac pour le Roadburn — avant de remettre le couvert le lendemain sur d’autres scènes du festival néerlandais — le Further de ces Merry Heavy Pranksters californiens faisait halte sur une Place du Marché baignée de soleil, météo idéale pour se mêler aux planchistes locaux et caler quelques tricks à peine le pied sorti du camion. Trois jours seulement après que les bordelais de Mars Red Sky aient donné de la fuzz dans un pub plein à craquer, le Cluricaume — sur une énième inspiration du collectif Crypte — confirmait son penchant printanier pour le psyché, et augmentait en même temps que le volume des amplis la dose de mescaline pour un trip acide.

  • Joy : Peut-être est-ce le son particulièrement fort qui découragera la terrasse bien fournie du pub (comparatif avec ce concert voisin et réponse : non), mais les américains ne feront pas vraiment recette pour cette première partie pourtant de haute volée. Car à vrai dire, des deux groupes jouant ce soir, c’est celui qu’on attendait le plus qui a ouvert. Et d’entrée de jeu, il parait évident que le spectacle se déroulera autour d’un batteur mutique caché dans sa tignasse, à la frappe aussi sèche que son abdomen certifié 0% de matières grasses. Roulements en cascades, sollicitations incessantes des toms et des cymbales et même carrément un solo en fin de set : c’est un véritable ballet qui est proposé par le percussionniste, qui aura tout même tendance à parfois s’égarer dans ses propres breaks, quitte à finalement retomber sur ses pattes. Et dans cette formule aux structures globalement arrêtées mais laissant place à de larges plages improvisées, c’est lui qui fait figure de chef d’orchestre pour la section cordes, à l’image du bassiste grattant frénétiquement ses quatre ficelles parcourues à l’autre bout par une main véloce qui emboite le pas aux cadences aléatoires du batteur dont on est sûr qu’il ne recourt pas au click. Le guitariste également chanteur est de son côté plus autonome et alterne riffs heavy et solos à la wah-wah. Du jam-rock, le trio garde l’aspect spontané et donc par extension bancal, accentué par quelques imprévus comme une baguette qui pète ou une pedalboard qui se casse la gueule. Mais derrière l’apparente désinvolture des musiciens, on sent aussi pas mal de professionnalisme (les mecs ont même un backdrop, si ça ce n’est pas une preuve…). Le set est donc bien construit et gagne en intensité, avec toujours une enveloppe très 60’s/70’s lysergique qu’on a déjà croisée il y a peu avec MaidaVale, pour partir plutôt heavy en acidifiant un peu plus les phases psyché de Black Sabbath et finir avec des accents protogarage bluesy plus nerveux éprouvés par le MC5 et ses rejetons. D’entrée de jeu, la première partir nous mettait donc les synapses à rude épreuve.

Joy (CC0)

  • Harsh Toke : Côté torsion des neurotransmetteurs, les compagnons de route de Joy ne sont pas non plus les derniers. Le backdrop (professionnalisme toujours) annonce d’ailleurs la couleur et l’atmosphère bien chimique que le quatuor souhaite installer. Avec autant, sinon plus, de décontraction que le combo précédent et un goût certain pour le couvre-chef excentrique (pot-chambre fleuri ou casque à cornes viking), ces natifs de San Diego eux aussi développent un heavy-pysch acide mais plus lourd et moins aérien, lesté par des patterns appuyés de la part du batteur, qui dénotent avec ceux plus légers et virevoltants du cogneur précédent. Au travers de variations de tempos reliant sans prévenir passages doomy et boogie-rock trempés dans le fuzz corrosif des deux guitares qui se renvoient des solos alcaloïdes à tour de rôle, le set montre encore des signes d’improvisation, bien que les différents plans soient coordonnés à renforts de coups d’oeil appuyés. On est donc assez loin des pérégrinations stupéfiantes sans fin éprouvées sur certains de leurs enregistrements, puisqu’au cours de ces trois gros quarts d’heure de set, le combo a le temps de faire défiler un certain nombre de morceaux qui — bien qu’on ne puisse vraiment le distinguer sachant que les frigos ayant poussé sur scène ont encore fait augmenter le volume — incluent du chant dans des plages instrumentales tout de même conséquentes. Partageant avec Earthless bien plus qu’un split, Harsh Toke aime à synthétiser les molécules les plus crades, pour cuisiner des trips sonores à la densité importante et aux nombreuses aspérités, avec à la clé une jam imprévisible qui aura entrainé un public finalement grossissant au fil du set dans les méandres de ses explorations psychotropiques.

Harsh Toke (CC0)

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