[Récit de concert] 09/03/2017 : Totorro + Robot Orchestra @ Grand Kfé

Ca faisait un petit moment qu’on n’avait pas mis les pieds sur le campus, le comité de programmation de la Maison des étudiants poursuivant néanmoins son chemin avec à l’esprit un éclectisme certain et au final un agenda varié, mêlant hip-hop, folk, reggae et — pour ce qui nous intéresse ici — rock tendance noise et math. Avec une formation voisine ayant quelques attaches dans le coin et un groupe au succès confirmé qui remplit généralement de bonnes salles, la cafétéria de la MDE s’assurait une audience appréciable. A 5mn du coup d’envoi pourtant, les participants éparpillés dans le bar se comptaient sur les doigts de la main…

  • Robot Orchestra : Lorsque les deux rochelais montent sur scène, le public local s’est finalement décidé à lâcher l’apéro de concert pour former un joli comité d’accueil. Avec un album tout frais sous le bras, ils signent leur retour à une formule duo, après une virée à trois en compagnie d’un violoniste sur Robot Orchestr3, qui les aura conduits sur des terrains aventureux plus post-rock éthéré que post-hardcore hargneux. Il fallait donc s’attendre à goûter les compositions frontales qui le peuplent et renouent avec la noise autoroutière mais néanmoins émotive de Now We Can Walk (McLusky meets Fugazi), dont le titre éponyme joué en live fait toujours autant d’effet avec son gimmick archi-fédérateur. Pas manqué : ce sont des morceaux extraits de Birth(s) qui jalonneront le set et feront varier la tension au gré de phases groovy (« Broken Teeth ») et de refrains arrachés (« Grand8 »), avant que tout cela ne retombe définitivement pour le rappel vraisemblablement tiré de RO3. Bien que connue, la configuration duo a de quoi étonner tant le rendu semble fouillé – que ce soit du côté du jeu de toms ou des couches de guitare – et imposant, eu égard à la petite taille de l’ampli. Pourtant, et malgré l’utilisation pour la remplacer d’un pad d’effets actionné par le batteur-chanteur qui fera littéralement trembler les murs, il sera difficile de ne pas regretter la présence d’une basse pour ajouter encore quelques aspérités à des compositions lorgnant sur des genres où sa présence semble pourtant indispensable (c’est bien plus net en live). Malgré ce détail loin d’être rédhibitoire, le duo rochelais fera clairement le travail, bien aidé par un son idéal, sous l’œil attentif des Totorro postés sur le balcon, et filera les clés de la scène en pouvant se targuer d’avoir rempli la salle et de l’avoir gardée pleine jusqu’au bout du set.

Robot Orchestra (CC0)

  • Totorro : Avec ce combo venu de Rennes, la tension précédemment éprouvée laissait place à la détente la plus totale. Venu lui aussi défendre un album fraichement sorti, le quatuor délaisse la distorsion et les frappes lourdes au profit du son clair et de l’agilité mis au service d’un math-rock teinté d’indie et de post-rock qui évoquerait une version sympacool de Jean Jean. Principalement composée de titres issus du petit dernier, la setlist intègrera également des extraits du précédent LP. Aux artworks minimalistes mais bien reconnaissables, on aurait aimé pouvoir filer la métaphore en évoquant un set alignant d’une part les compos aux fondations solides ou à la construction minutieuse évoquant la maison de Home Alone ; et d’autre part celles fraiches et piquantes comme le cactus de Come To Mexico (qu’on retrouve en fond de scène), mais non. Car d’un disque à l’autre, tous les morceaux répondent à ces caractéristiques. Totorro ne révolutionne pas sa formule, pas besoin, puisqu’il lui suffit de déployer à tous les coups des trésors d’écriture au détour de questions-réponses savoureux, de patterns de batterie tous azimuts et d’arpèges chantants, pour pousser les morceaux dans des progressions où la malice de breaks à la cowbell le chamaille à la frivolité d’arpèges de poche (écoutez donc « Yaaago » ou « Saveur Cheveux » pour vous faire une idée). « Festivalbini » et « Trop Fort Jéjé », « Tonton Alain Michel » et le très demandé « Gérard Blast », ou « Ouad et Khaled » et « Chevalier Bulltoe » s’enchainent donc sans discontinuer dans un tourbillon guidé par une aisance technique mise au service du fun le plus communicatif. Un peu trop d’ailleurs, puisque dès l’intro, l’enthousiasme poussant une spectatrice à frapper des mains complètement hors-temps pendant la pause de « Brocolissimo » mettra à rude épreuve cette habilité et poussera le batteur à se fâcher tout rouge pour reprendre la main sur la direction rythmique. Peu rancuniers, les rennais nous accorderons un ultime « Osao San » en rappel, pour propulser leur math-rock aux structures tordues au plus près de ses racines indie et post-rock, et confronter la vivacité de legatos empruntés à Sport à des envolées plus émotives battant le rappel de leurs débuts à la Envy. Jusqu’au bout, Totorro aura donc su marier classe et insouciance, et surtout transmettre à la salle blindée une banane contagieuse.

Totorro (CC0)

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :