[Récit de concert] 20/02/2017 : Dätcha Mandala + MaidaVale @ Cluricaume

Ça monte, ça monte… Aussi excellente soit-elle, la programmation établie par Crypte a toujours un petit côté pointu qui l’empêche de blinder complètement le Cluricaume, habituel port d’attache du collectif de fuzz-lovers. Là, on commence à accrocher des noms certes locaux, mais déjà croisés sur des affiches d’assez gros festivals grand public et bénéficiant d’une certaine notoriété hors des sphères spécialisées. La preuve ce soir-là, avec un pub rempli à ras-bord, surchauffé, et peuplé d’un public plus varié, en âge et en genre notamment, que par le passé.

  • MaidaVale : Mais avant de pouvoir juger sur pièce de la popularité des bordelais, c’était au tour de ce quatuor suédois d’ouvrir la soirée. Et autant être direct, il aurait très bien pu assumer le statut de tête d’affiche. Fait assez rare pour être souligné, le groupe est uniquement composé de filles, ce qui le rapproche du courant FFOBR, que je découvrais à l’occasion (il s’agit de « Female fronted occult blues-rock », j’attends avec impatience le GBEBDM, « Ginger backed esoteric blackened death-metal »). Le genre recouvre des choses assez variées, et relevant le plus souvent du doom (Acid King par exemple), mais comprend également des formations se rapprochant du rock vintage repris à leur compte par les scandinaves : The Black Wizards, Electric Lady ou de façon un peu plus lisse Blues Pills. A bien des égards, le girl-band ravive des accents 60’s/70’s avec brio, notamment niveau visuel. Si beaucoup de groupes impliqués dans un certain revival psyché s’essaient à la garde-robe qui va avec, on aura rarement vu un sans-faute pareil totalement immersif — y compris chez Kadavar ou DeWolff — notamment sur le pantalon patchwork de la bassiste, ou la tunique de la chanteuse, version féminine d’Ozzy. Musicalement, le quatuor suit une voie identique, et emprunte à l’époque un goût pour les solos aériens et les riffs virevoltants propulsés par une Stratocaster crème (la même qu’Hendrix, à qui la guitariste a également emprunté sa wah-wah et une dextérité impressionnante), les ambiances occultes bien enfumées et le groove lysergique. Pas en reste, la chanteuse ajoute à ses lignes de voix véhémentes quasi-parlées à la manière de Janis Joplin, des parties additionnelles de cloches, de tambourin ou de toms histoire de compléter ce polaroïd rétro aux couleurs vives. Forcément composé des titres issus de leur seul album, Tales Of The Wicked West, (avec quelques nouveautés dont le hit instantané « Open Your Eyes »), le set confirmera la puissance des titres « Standing Swing » et « (If You Want The Smoke) Be The Fire » dans un registre heavy-psych-blues maîtrisé de bout en bout, qui plongera le bar dans une ambiance hyper-enthousiaste auquel le public local ne nous avait guère habitués, surtout dans ces styles.

Maidavale (CC0)

  • Dätcha Mandala : Toujours aussi rempli et embué, le bar ne verra pas l’ambiance retomber avec le trio girondin. Une bonne partie de l’assistance est clairement venue pour eux et visiblement, le show qui leur est offert est conforme à leurs attentes. Les premiers rangs sont possédés, chantent, dansent, et malheur à ceux et celles qui voudront accéder aux chiottes, la zone est totalement inaccessible. A la source de cette hystérie, on trouve le blues survitaminé des bordelais qui, plus que sur le côté heavy ou psyché, insiste sur l’énergie des riffs, du groove ou du chant. Ça joue carré, les morceaux sont savamment construits pour faire varier l’intensité, et il faut bien avouer que la voix haut-perchée du bassiste sort de l’ordinaire et des codes du genre (même si, no offense, on dirait un peu celle de Dorothée lorsqu’il annonce les morceaux). Pourtant, en dépit de cette rigueur technique — et ça vient d’ailleurs peut-être de là — ces disciples de Led Zeppelin restent tout de même un peu lisses, sans aspérité. Leurs morceaux parfois  tape-à-l’oeil qui drainent leur lot de solos, de passages à l’harmonica et de lignes de voix ronflantes, restent toujours finalement un peu consensuels et débordent d’un certain enthousiasme parfois un peu étouffant. Certes exigeant, le blues énergique de Dätcha Mandala semble un peu passe partout, et peine à se défaire de ce petit côté « rock festif » un peu agaçant, qui lui a cependant certainement ouvert les portes de nombreuses scènes grand public. Ajoutez à cela une température insoutenable dans le pub et j’abandonnerai finalement la partie peu après la moitié du set, libérant ma place dans la longue file d’attente patientant pour un point de vue un peu plus appréciable, ou un coin un peu plus respirable.

Dätcha Mandala (CC0)

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