[Récit de concert] 08/02/2017 : Elephant Tree + The Necromancers @ Zinc

Coûtumier du one-shot classieux dans son QG du Cluricaume (lire ici ou ), le collectif Crypte sait désormais voir (encore) plus grand, et le prouve avec la mise sur pied de cette tournée d’une semaine traversant la France en embarquant une solide tête d’affiche britannique assistée d’un combo pictavien (pour partie impliqué dans le booking, on sent qu’ils se sont fait plaisir, et ils ont bien raison). C’est cette fois-ci la cave du Zinc qui devait accueillir les décharges de fuzz habituellement drainées par les invités de l’orga, et abriter un public plutôt fourni, et ce dès la première partie.

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  • The Necromancers : Car malgré des débuts récents (création en 2015) et quasiment pas de matos en écoute (le premier album est annoncé pour ce début d’année 2017), le combo local dispose d’une fan-base rondelette, pas encore rassasiée par des passages à domicile incessants (seulement deux concerts, de mémoire, avant celui-ci). L’ambiance est donc plutôt à la détente, la présence des potes du groupe occasionnant quelques œillades complices tranchant avec l’ambiance sombre des morceaux. Volontiers assimilable aux chapelles occultes de la grande Eglise stoner/doom, le quatuor semble avoir digéré une tonne d’influences que vous croiserez forcément sur la page d’accueil de desert-rock.com, des plus psyché aux plus goudronnées. De cet enchevêtrement associant leads de guitare épiques, basse envoutante, tempos enlevés occasionnellement soulignés par la double-pédale et un chant alternant sans souci registre clair incantatoire et profondeur gutturale, nait un écran de fumée opaque où se mêlent effluves d’encens, d’huile de moteur, de chanvre et de bitume. The Necromancers équilibrent donc dans leurs compos bien ficelées et exécutées au cordeau la force de frappe du heavy, les effets psychotiques du stoner-doom embrumé et la noirceur mystique de l’occult-rock. Faisant planer l’ombre de Kadavar, d’Uncle Acid & The Deadbeats, d’Orange Goblin ou encore, curieusement, des fulgurances stoner sur le mode ternaire du dernier Corrosion Of Conformity, le combo pictavien fait bien plus que réveiller les morts et s’inscrit dans un revival 70’s plus qu’actuel. Présents sur scène sans en faire des caisses, on gage maintenant qu’après nous avoir montré leur talent d’écriture et leur capacité d’exécution au millimètre, The Necromancers sauront apporter une touche plus personnelle à leurs futures compositions, histoire de se démarquer autrement que par la seule propreté de leurs morceaux et se faire la place qu’ils méritent dans une scène hexagonale où la concurrence au rayon heavy-stoner n’est pas si accrue. Les quatre locaux ont en tout cas toutes les cartes en main et la jeunesse avec eux pour faire briller Poitiers sur les scènes dédiées au genre.
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The Necromancers (CC0)

  • Elephant Tree : Plus expérimentés et pour le coup marqués par une identité musicale forte et reconnaissable, les anglais étaient attendus par un public n’ayant pas déserté – ainsi que par le groupe précédent qui n’a guère dissimulé son plaisir à ouvrir pour une formation qu’ils semblent clairement admirer. Pas en reste, et assez impatient de voir en live ce trio évoquant Goatess avec la luminosité solaire de Mars Red Sky, j’ai toutefois senti dès les premiers accords que la prestation live allait donner un tout autre visage aux somptueux morceaux entendus sur leur album éponyme. Elephant Tree choisit en effet de mettre l’accent sur la puissance des riffs en augmentant considérablement la saturation. La texture du son est tellement épaisse et granuleuse qu’on se demande si ce n’est pas Conan qui joue le morceau d’intro, par ailleurs difficilement identifiable : j’ai cru reconnaitre les riffs d’ « Aphotic Blues », mais il n’y a quasiment pas de chant. Principale « valeur ajoutée » du groupe, les harmonies vocales majestueuses formées par l’association des voix du bassiste et du guitariste sont complètement négligées en live, puisque chacun s’y met un peu quand il a le temps, et quand c’est le cas, les deux se regardent en se marrant sans trop se soucier de tenir les notes. Tout le monde n’est pas ASG, et il faudra certainement se montrer un peu plus carré devant le public exigeant du Desert Fest. « Dawn » ou une version édulcorée sans cithare de « Attack Of the Altaica » y passeront, mais les britanniques m’épargneront le sublime « Surma ». En privilégiant la lourdeur doom de leurs riffs fuzzés certes efficaces mais plutôt convenus au détriment de leurs lignes de voix au psychédélisme grandiose, Elephant Tree, d’un Dumbo flottant au-dessus de la cime des arbres, s’est changé en un gros pachyderme tout juste bon à brouter les racines. Restait alors à se rabattre sur le spectacle bien présent dans le public, un vortex ayant occasionné la rencontre entre trois punks égarés, qui se livreront après avoir fraternisé bruyamment à un atelier montage de crête au milieu de la cave, avant que l’un d’entre eux se croyant au kebab n’apostrophe le groupe sur le dernier morceau : « oi! chef?! T’as pas plus speed? ». Peu rancunier, je chercherai donc à me consoler en choppant le dernier album du groupe, qu’ils n’auront évidemment pas, pour cause de sold out. Y’a vraiment des soirs où on bénit la première partie.
Elephant Tree (CC0)

Elephant Tree (CC0)

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