[Récit de concert] 04/02/2016 : Un Dolor + Barabbas + Burnout @ Cluricaume (Ca Va Saigner Du Clu #3)

Pour la troisième année consécutive, le Cluricaume réaménageait son arrière-salle et élargissait sa jauge afin d’accueillir son lot de blasts foudroyants et de riffs malfaisants, étalés sur trois jours. Plutôt axées sur ce que le metal compte de plus bourrin et crado, avec pour coeur de cible le bon hardos en cuir clouté et le crust en treillis, je n’ai jamais trop goûté aux précédentes éditions de « Ca Va Saigner Du Clu ». Je ne rechigne pas forcément au death, au heavy, au black ou au grind, mais j’aime autant qu’ils soient agrémentés d’éléments « extérieurs » histoire de faire passer la pilule. Or, le fest’ n’est pas vraiment du genre à transiger, et convoque généralement ce que ces genres comptent de plus puriste, avec à la clé une finesse toute relative (en témoigne ci-dessous le visuel de l’affiche, au mieux de mauvais goût, au pire plutôt craignos). Cette année, après une ouverture marquée par le Metal Noir (Manzer + Goatvermin) et une deuxième soirée à base de crust déchiqueteur (Faxe + Yattaï, déjà vus), la programmation s’ouvrait pour conclure avec des styles plutôt éloignés, mais plus familiers de nos colonnes.

affiche-cvsdc

  • Burnout :Pour débuter cette soirée finale, le Clu’ avait préparé un petit apéro animé d’une part par une dédicace et une fresque live de Metal Maniax, également mouillé dans le fanzine Speedball si j’ai bien tout suivi, et d’autre part par le concert de ce groupe local tout récent. Une connexion plutôt naturelle, sachant que le guitariste du quatuor — déjà croisé dans Précaires — est une des chevilles ouvrières de chez Bunker Komix. Une proximité graphique qui a du également peser quand le dessinateur du soir a conçu l’artwork bien cool ornant la démo de Burnout. Un premier jet de seulement trois titres, qui pouvait laisser espérer du neuf en live. Du neuf il y aura (trois inédits se rajouteront aux morceaux de la démo), mais c’est surtout la densité du son qui gagne la palme de l’effet de surprise et bénéficie aux compos en gommant les petits déchets techniques observés sur l’EP. Ce qui n’est pas négligeable quand on officie dans un genre mêlant la hargne et le groove du hardcore, la dissonance et le groove de la noise et un goût pour les cassures et le groove empruntés à l’alt-metal des 90’s. Ou quand les Dead Kennedys rencontrent Helmet à la table de Mr. Bungle. De brutal-surf bille-en-tête en déflagrations bruitistes composées au marteau-piqueur, l’essentiel des titres se met quand même d’accord au détour de mid-tempos bien souples. Une variété de registres également expérimentée par le chanteur, entre éructation bien rauque et phrasé parlé façon malsain dans le cerveau, qui couplé à des petits passages orientalisants renverra à certains plans de System Of A Down (no offense), par exemple dans leur meilleur titre rejoué en rappel : « Sanity Decay ». Bien que fraichement formé, Burnout a donc aligné un set solide dans l’exécution – quoi qu’un peu court, forcément – en attendant de gagner en assurance sur scène, mais aussi entre les morceaux, histoire d’éviter le sempiternel « bougez-vous le cul » qui tombe à plat, lancé à une salle à moitié vide.
Burnout (CC0)

Burnout (CC0)

  • Barabbas : Ordre de passage curieux, c’est ce quintet francilien qui – après deux petites heures de pause histoire de prendre l’apéro après… ben l’apéro – entame son set en ce début de soirée dans un bar qui commence à bien se remplir. Pensant rater le début d’Un Dolor, c’est donc celui de Barabbas que je manque, avec ce que l’entrée en scène a du comporter, j’imagine, de démesure théâtrale.  Adeptes d’un doom qu’on qualifiera de sacerdotal – qui emprunte musicalement aux classiques du genre comme Candlemass, Pentagram période Relentless ou Saint Vitus, avec un son plus actuel et une pointe de psyché aux frontières du stoner – les cinq Saints, puisqu’ils se nomment ainsi, récupèrent le bréviaire et l’imagerie ecclésiastiques dans un concept grand-guignolesque au service du « Saint Riff Rédempteur », le tout chanté en français. Après des passages remarqués au Fall Of Summer puis au Motocultor, j’étais curieux, malgré un avis mitigé sur les textes en français mais en même temps prêchés par une voix puissante bien rock’n’roll, de savoir comment le groupe allait mettre en scène ses riffs vintage, cultivant l’espoir secret de voir le côté symbolique s’effacer au profit de l’aspect musical afin d’en magnifier la force. Autant dire que je ne serais pas vraiment exaucé, le groupe, et notamment son frontman pas farouche devant les objectifs photo, jouant à fond la carte des prédicateurs menant Grand-Messe satanique (et encore, le côté accessoire était sobre, le crucifix faisant office de pied de micro étant cette fois-ci absent). Tête-à-tête solennels avec la gent féminine sur « Judas Est Une Femme », baptême à la bière en toute fin de set, et communion exubérante avec le chanteur de Bottle Doom Lazy Band lors de leur duo sur « Le Sabbat Dans La Cathédrale » (bien que leur complicité semble très sincère) : la partie théâtrale du show a un peu tendance à prendre le pas sur la profondeur et l’ampleur du doom old school de bonne facture ici distillé, et à détourner l’attention des accords graisseux des guitares guidés par les rythmiques titubantes ou caracolantes de la batterie (les quelques nappes de synthé offrant un peu d’originalité aux morceaux seront pour leur part inaudibles). Barabbas, fidèle à l’imagerie proposée sur Messe Pour Un Chien et Libérez Barabbas (qui seront tous deux bien représentés), joint donc le geste aux paroles, quitte à parfois friser la caricature. J’ai donc suivi la messe en restant à l’entrée de l’Eglise, mais le groupe peut compter sur une armée de fidèles dévots tout à fait prêts à prendre part au rituel mystique prononcé.
Barabbas (CC0)

Barabbas (CC0)

  • Un Dolor : Place aux vétérans locaux maintenant (pas d’âgisme ici, le chanteur ayant passé les interludes à deviser sur le fait qu’une partie du public ait pu être conçue sur une de leurs chansons), qui, en se ménageant des apparitions à domicile pas si fréquentes que ça, réussit encore à déplacer pas mal de monde puis le Cluri est désormais complètement blindé. Par un cercle restreint de fidèles de la première heure qu’on ne croise jamais en dehors des concerts de la vieille garde pictavienne, évidemment, mêlé à une faune à l’éthylisme croissant en mal de tempos soutenus après la lente procession de Barabbas. Quelque part entre les Sheriffs et Radio Birdman, le heavy-punk du quatuor, aussi teigneux que balourd, coupé au rock’n’roll le plus gouailleur sonnant étrangement australien, devait répondre à la demande. Dans un set en mode pilote automatique – le groupe ne renouvelle plus vraiment son répertoire, le dernier titre sorti à l’occasion d’un split avec Between The Riots remontant à 2013 – sans réelle surprise sur les titres joués (« Acid Queen », « City », « I’m A Man », « Nasty Sharks And Mad Dogs Beats »), mais relativement éclairant cette fois-ci sur le rôle des lignes de basse dans l’efficacité des morceaux (merci au sondier), l’intensité montera progressivement pour finalement accoucher du pogo réglementaire pendant le rappel, plus histoire de marquer le coup que par pure spontanéité. Présent essentiellement pour entendre la reprise d’OTH habituellement jouée en fin de set (je n’étais visiblement pas le seul, le morceau ayant été bruyamment réclamé), j’obtiendrai finalement ce que j’étais venu chercher après une intro a capella des plus surprenantes. Ce sera bien l’une des seules nouveautés d’un set maintes fois éprouvé, Un Dolor n’ayant de toutes façons plus besoin de convaincre grand-monde.
Un Dolor (CC0)

Un Dolor (CC0)

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