[Récit de concert] 26/11/2016 : Coupe Gorge + The Worst Doubt + Dichael Mouglas @ Zinc

Après une soirée du vendredi marquée par une grosse désertion des cafés du centre-ville la veille — 20 personnes devant le garage médiéval de Holy Gray au Zinc, moitié-moins pour la soirée totale weirdos du Relax avec Métier Passion et Supervision, seul le Cluricaume s’en est à peu près tiré avec le stoner des locaux de Mantras et The Necromancers — le Zinc retrouvait pour cette dernière soirée de l’édition annuelle de Culture Bar-Bars une affluence correcte, histoire que la cave ne sonne pas trop creux. L’inénarrable SuperTreble profitait ainsi de la manifestation pour, comme l’année dernière avec Youth Avoiders, faire jouer le carnet d’adresses et monter une soirée aux accents initialement oi! bigoudène, avant que Syndrome 81 n’annule et n’ouvre la porte à une programmation à l’éclectisme hardcore inversement proportionnel au niveau de finesse déployé. Une affiche tous azimuts donc, avec pour dénominateur commun une franche camaraderie entre les musiciens, l’orga, et une partie du public parfois venue de loin, la solide réputation des groupes dans leurs styles respectifs, et puis quand même une appétence évidente pour la violence.

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  • Dichael Mouglas : Un peu annoncé comme le concert-improbable-qui-fera-marrer-les-copains, le one-man-band parisien — plus connu pour aligner les riffs au format parpaing dans Lodges, ou pour Grey, sa chaine Youtube de chronique cinoche — n’en reste pas moins, lui aussi, taulier dans son genre, qui voit se superposer le phrasé rugueux du hardcore et des instrus chiptune dans des ambiances d’epic-metal. Peut-être parce qu’il est selon toute vraisemblance le seul à occuper cette niche. D’où le fait que ce soit drôle. N’empêche, bien que son seul méfait intitulé SHAM/MEAT composé entre deux parts de pizza du CROUS n’ait pas eu vocation à être interprété autre part qu’entre les quatre murs blafards de la chambre d’étudiant où il fut imaginé, le soliste a tout de même soigné sa prestation. En témoignent ces petites vocalises pendant l’installation de la caméra qui servira à capter l’instant unique, historique, que représente ce qui demeurera comme le premier et dernier concert de Dichael Mouglas. Ce qui rend évidemment ce report tout aussi unique. Un lecteur mp3 pendouillant pour diffuser les instrus en playback, un micro éteint ou pas branché, une capuche rabattue sur le crâne : voilà pour le côté accessoire du show. Une fois le bouton « play » pressé, les titres de l’EP s’enchaineront sans temps mort, tandis que le soliste visiblement contrarié s’adonnera à une démonstration d’agressivité sous forme de regards noirs, d’amorces de bousculade, d’allers-retours incessants entre les deux côtés de la scène dans le plus pur style « lion en cage », et de coups de micro auto-infligés qui transformeront progressivement la peau de son front en papier millimétré hématomique, sous le regard goguenard du public et l’objectif avide des ordiphones. Voilà, après un petit quart d’heure de karaoké des plus intenses, le sabordage de ce projet invraisemblable jetant un pont entre Seal Of Quality, Ringworm et DragonForce (on est donc sur du gros pont, le viaduc de Millau peut sucer ça) s’achevait dans un mélange d’applaudissements et de ricanements, abandonnant aux oubliettes de l’Histoire un appel de sang pour quelques jours sur le front son unique artisan, ainsi qu’un EP digital et une vidéo de moyenne qualité pour l’éternité du web. Tchao l’artiste.
Dichael Mouglas (CC-BY-NC-SA par Jö)

Dichael Mouglas (CC-BY-NC-SA par Jö)

  • The Worst Doubt : Maintenant qu’on s’est tous bien marré, les choses sérieuses peuvent commencer. Remplaçant les brestois de Syndrome 81 initialement prévus à l’affiche, le combo parisien, qui se fait pourtant rare sur scène, nous obligeait à troquer les Samba contre une paire d’Air Max. De oi! à tendance post-punk déprimé, la soirée prenait une tournure nettement plus NYHC et voyait les épreuves individuelles de moulinets et autres high kicks se substituer au championnat par équipe de refrains en choeur avec les poings serrés (changement de style, changement d’esprit). Et ce n’est pas qu’une façon de sacrifier aux poncifs qui associeraient systématiquement concert hardcore et pit en ébullition. On est bien placés à Poitiers pour savoir que les groupes de passage ont souvent pour seul retour des hochements de tête mollassons et des mains soigneusement rangées dans les poches. Pour ce set de The Worst Doubt, les codes ont donc été scrupuleusement respectés côté public, et ce dès l’intro instrumentale tout en exubérance elle aussi conforme à la tradition du genre. Les danseuses étoile entament donc leur besogne, et répondent 5/5 au moindre ralentissement amorçant une moshpart suintant le groove. Un groove vicieux, lourd, bête et méchant, qui ne partage pas grand chose avec celui de Turnstile ou des clones de Leeway (Mizery, Higer Power…). Le spectateur victime d’un side-to-side non consenti conclu par un pied-bouche au sol l’apprendra à ses dépends. Le pit quelque peu assagi par ce contact viril mais réglementaire, il ne faudra guère plus qu’une reprise de Kickback pour remettre un coup de pied dans la fourmilière. C’est de ce groove là dont il est question chez The Worst Doubt, de celui de King Nine, de Suburban Scum, et du phrasé rappé de Soul Search : une agression constante, une oppression latente, qui passe par le recours à divers subterfuges parmi lesquels en premier lieu un riffing thrashouille peu avare en palm mute bien véloce, mais aussi une utilisation savante de bell-ride assassine et des descentes de toms qui font monter la pression. En tout point conforme avec leur excellente démo (allant jusqu’à ramener un copain pour le feat. de deux lignes sur « Legit Disdain »), le set laissera passer du neuf — qui devrait figurer sur une nouvelle livraison prévue pour 2017 — histoire de montrer que ce conglomérat réunissant des membres de formations aussi variées que Hard To Handle, Regarde Les Hommes Tomber, Raw Justice ou Wolfpack en a encore sous la semelle et ses bulles d’air.
The Worst Doubt pépouze entre deux morceaux après avoir semé la mort dans la cave (CC-BY-NC-SA par Jö)

The Worst Doubt pépouze entre deux morceaux après avoir semé la mort dans la cave (CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Coupe Gorge : Vu le bordel déclenché par la (deuxième) première partie, les bretons auront fort à faire pour remettre le public en ordre de marche. On aurait pu croire que la dizaine de coups de chevrotine alignés au cours de ce set d’à peine plus d’un quart d’heure aurait pu ramener le danger et la lutte pour sa survie dans le pit, mais il n’en sera rien. Ce n’est pas faute d’user et d’abuser de tempo réglés sur « pas de charge » et de riffs blitzkrieg de convenance, mais c’est à peine si le quintet breton réussira à arracher aux premiers rangs les refrains les plus va-t-en guerre de leur répertoire (« Coupe Gorge », « Fidèle », « Guerre Civile », « Violence »). Conjuguant les gimmicks musclés et bas du front de la oi! à un héritage trouvant sa source dans le hardcore du début des années 80 aussi expéditif qu’hostile (on pensera à SS Decontrol, même si c’est Negative Approach, autre influence nette du groupe, qui sera repris en milieu de set), les cinq bretons forment un peu le Violent Reaction brestois. Leurs compatriotes de Litovsk, Ostavka ou Syndrome 81 (dont on retrouve ici un des guitaristes, ainsi que le bassiste qui joue de la batterie en slip en toute décontraction, aux côtés du chanteur de Sordid Ship) avaient prévenu : le port breton n’inspire pas grand chose d’autre que spleen et désenchantement. Les textes en français de Coupe Gorge restent globalement dans le thème — voire carrément lorsque l’hymne « Sombre Désespoir » est scandé en rampant par le chanteur — mais y ajoute une bonne dose de frayeur sur fond d’ultra-violence. Pour conclure ce Culture Bar-Bars cuvée 2016, on aura finalement trouvé lors de cette ultime soirée ce qui aura manqué à la plupart des cafés-concert du centre-ville sur l’ensemble du week-end : du monde, de l’engouement et surtout une grosse, très grosse ambiance (peut-être un moins sur Coupe Gorge, mais c’était juste une question d’ordre de passage). Preuve qu’il existe un public à Poitiers, et qu’il est capable de se bouger à l’occasion. Dommage qu’il ne le fasse pas plus souvent.
Coupe Gorge (CC-BY-NC-SA par Jö)

Coupe Gorge (CC-BY-NC-SA par Jö)

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