[Récit de concert] 24/11/2016 : Lonely Walk + Fiction @ Grand Kfé

Pas forcément inspiré sur le choix de la date — qui tombait en plein pendant l’ouverture du festival Culture Bar-bars et impliquait la concurrence des concerts de H.O.Z. au Cluricaume, Braziliers au Relax Bar et Bunkum au Zinc — le Grand Kfé continuait à sortir de sa zone de confort avec cette soirée post-punk/new wave, en refusant de capitaliser sur le public metal acquis à travers plusieurs saisons bien garnies dans le genre (Deep In Hate, Drawers, The Phantom Carriage…). Pour contrer cet éparpillement du public local réparti entre les différentes soirées, le bar du campus pouvait compter sur l’appoint opportun d’un contingent de lycéens visiblement guidés par un animateur culturel de bon goût, histoire de gonfler l’affluence jusqu’à une grosse cinquantaine presque appréciable.

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  • Fiction : Une moyenne d’âge artificiellement abaissée toutefois bien vite rééquilibrée par le public de ce quatuor local (assez) fraichement formé, mais branché sur le canal historique du rock pictavien. Avec un line-up issu de Mmoob, Epileptic, Between The Riots ou Crash Taste, la connexion Confort Moderne époque « Poitiers’s Burning » ainsi qu’une bonne frange de la corporation technicienne son/lumière du patelin s’était rassemblée pour assister au deuxième concert du groupe après celui donné lors de la fermeture avant travaux de la SMAC locale. Loin des riffs dischordiens inévitablement marqués du sceau de la décennie 1990 dont ils sont issus, et malgré la présence de deux guitares, le quatuor lorgne plutôt vers la new-wave éthérée et bourrée de synthé comme il pouvait s’en faire dix ans plus tôt. Cultivant un sens du kitsch qui trouve son paroxysme dans les sonorités de la boite-à-rythmes, les locaux remettent à jour une synthpop FM dans la lignée de The Human League ou A Flock Of Seagulls, en ayant le bon goût de substituer aux saillies disco un peu trop enthousias(man)tes un minimalisme post-punk froid et mélancolique. La voix trainante et désabusée du chanteur, qu’on pourra trouver un peu trop en avant dans le mix ce soir-là quand on l’aurait préférée noyée dans la réverb’ des guitares, pourra en témoigner. Revendiquant cet héritage très radiophonique, une reprise de « Smalltown Bown » de Bronski Beat (là où une réinterprétation de Depeche Mode aurait été complètement attendue) viendra compléter un répertoire encore réduit (une démo et un EP, qui partagent d’ailleurs quelques titres), et montrer, malgré l’omniprésence d’un synthé aussi grésillant que le rouge des lights qui inondent la scène, que les grattes et leurs arpèges vaporeux tiennent une place importante chez Fiction. Ce sera d’autant plus clair sur le « Gradient » concluant le set, qui remettra le riff mélo à l’honneur en trahissant la vibe emo qu’on retrouve dans le CV des différents membres du combo. Descendus de scène aussi furtivement qu’il y sont montés, et sans un mot (le chanteur a bien essayé en milieu de set, mais la boite-à-rythmes ne l’a pas laissé finir), leur « old-new-wave » aura montré sa capacité à accrocher bien au-delà d’un cercle de vieux potes.
Fiction (crédits : CC0, Prix Cartier-Bresson 2017)

Fiction (crédits : CC0, Prix Cartier-Bresson 2017)

  • Lonely Walk : Alors que le groupe d’ouverture pouvait compter sur son cercle de fidèles ainsi que la curiosité d’une sortie lycéenne, il n’en sera pas de même pour la tête d’affiche, tout ce petit monde ayant déserté le Grand Kfé pendant l’entracte. Une vingtaine de personnes pour une des meilleures sorties Born Bad de l’année écoulée avec des membres de Strasbourg et Magneto dedans, c’est vraiment pas cher payé. Les bordelais auront l’air d’être de mon avis et montreront, à part peut-être le claviériste, une implication somme toute modérée (pas mal de pains à la guitare, le final de « New Shit » bien bancal…). L’inverse aurait été d’une grande classe, mais il serait quand même difficile de leur en vouloir. D’autant que le post-punk ici asséné se suffit à lui-même. Lignes de gratte et de basse à la binarité monomaniaque aussi raides que les pas de danse auxquels elles incitent, batterie martiale avec suremploi de toms de rigueur, nappes de synthé tantôt cosmiques tantôt beaucoup plus légères, et surtout cette voix grandiloquente comme s’élevant d’outre-tombe : les canons du genre sont réunis, et rappellent The Soft Moon, ou bien Rendez-Vous, pour parler local. Drainant autant de tension que l’excellent Teen, dont la plupart des titres joués seront issus (« War », « Licked By The Flames », « Judgement Night »), le concert confirmera le statut de véritables piles que sont « Coverage », et surtout « Common Sense » et « Pretty Good Looking (PGL) », portés par des refrains qui te mettent à genoux, tandis que des mélodies synthétiques imparables jouent le contrepoint. C’est aussi l’occasion de redécouvrir « New Shit » et le morceau-titre de VIHS sous un jour moins lofi dégoulinant. Enfin, c’est également le meilleur moyen de voir que derrière l’apparente gravité et l’évidente froideur de leur musique (à l’image du refrain irradiant du « Complaints » final), les quatre de Lonely Walk, après avoir montré quelques signes de détente dans ce qui s’apparentera davantage à une répèt’ publique qu’à un réel concert, sont du genre bien coolos au sortir de la scène. Rien à voir avec les grosses têtes de mort qui ornent leurs artworks.
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