[Récit de concert] 11/10/2016 : DeWolff + Kaviar Special @ Grand Kfé

Le Confort Moderne, toujours en travaux et sans point de chute fixe, s’est acoquiné avec la Maison des étudiants pour programmer quelques dates sur ce grand terrain de jeu comprenant un parvis, une grande salle et un café-concert. C’est dans ce dernier qu’une grosse centaine de personnes s’était réunie pour cette soirée faisant la part belle au psychédélisme protéiforme. Avec une conférence sur le rock-garage organisée la veille dans un bar du centre-ville (le Zinc), ce concert tenu au coeur du campus universitaire nous permettait de passer de la théorie à la pratique, le tout avec une bière des Pirates du Clain, dont le Grand Kfé est le distributeur le plus abordable de Poitiers.

affiche-dewolff

  • Kaviar Special : Lors de sa dernière soirée garage, le Confort Moderne avait eu l’élégance d’éviter d’inviter une énième incarnation de l’axe snob Bordeaux-La Rochelle, avec les tourangeaux de The Cherry Bones. Cette nouvelle affiche élaborée avec la MDE suit la logique et va piocher dans la scène prolifique de Rennes et le vivier que représente le label Beast Records (espérons Marseille et les Qúetzal Snåkes pour la prochaine). On reste cependant dans le même bol de céréales au LSD que la soirée précédente puisque le garage psyché des bretons peut parfois évoquer, lorsqu’il hausse le ton, les chevauchées ronflantes de Meatbodies, gros riffs, leads catchy et rythmiques bien linéaires à la clé. Mais les vibratos surf, le groove nonchalant et les lignes de chant de jeunes matous les relient plutôt au psychotropisme solaire des australiens de Los Tones. Malgré l’introductif « Starving », qui cassera des cordes et fera tomber les retours, le set mettra un peu de temps à s’énerver, le lourd et lancinant hymne à l’ennui autoroutier « Highway » servira finalement de pivot pour introduire des morceaux plus rythmés — certains issus du tout frais deuxième album du quatuor, d’autres m’étant inconnus — drainant leur lot de refrains et de riffs accrocheurs (« Now I Know », « I Wouldn’t Touch You With A Stick », une histoire de « Bedroom »). Concluant sur deux titres plus anciens (« Poison Cake » et « Sabadidon ») mettant en relief la finesse d’écriture, l’efficacité des guitares et des lignes de basse indispensables sur les titres plus récents, on retiendra de Kaviar Special sa sobriété sur scène (une vertu rare dans une scène garage hexagonale en proie aux poses arrogantes insupportables) inversement proportionnelle à la richesse d’un duo de guitares faisant se répondre riffs heavy plaqués au sol et soli psyché leur donnant un peu de hauteur. La Secte Du Futur a coupé ses acides aux stéroïdes, et ça ne lui a pas fait de mal.
Pas de photo de Kaviar Special désolé, à la place le claviériste de DeWolff (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

Pas de photo de Kaviar Special désolé, à la place le claviériste de DeWolff (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • DeWolff : De heavy et de psyché, le set des hollandais n’en manquera pas, mais on s’aventurera ici dans un tout autre domaine musical, bien que l’héritage des années 70 soit ici encore évident. Avec un coiffeur et une garde-robe similaires à ceux de Kadavar — pattes d’eph’, chemises bariolées et vestes à franges sans rien en dessous — le trio guitare-claviers-batterie participe lui aussi au revival hard-psyché qui sévit depuis plusieurs années maintenant, mais s’approchera davantage de Blues Pills ou Birth Of Joy. Comme référence plus ancienne, on pourra citer les Black Crowes. Le credo des bataves se situe en effet aux confins de la rythmique groovy, du riff bluesy et des nappes d’orgue lumineuses. Ça, c’est pour les grandes lignes. Car durant l’heure et demi (et un peu plus) de set — qu’on sentira passer, à la longue — le trio nous entrainera dans une jam sinueuse comme une montée lysergique, alternant des ambiances tantôt ouatées tantôt fiévreuses, chaque musicien faisant pour cela montre de l’étendue de ses talents. Avec des morceaux avoisinant pour les plus courts les cinq minutes, les progressions travaillées sont de mise. Elles convoquent soli planants, mélodies feutrées et accords musclés pour la six-cordes ; basse ronflante, rideaux criards et staccatos piquants pour l’orgue Hammond ; et un batteur alternant frappes sèches, roulements virevoltants et passages en sourdine. Une variété dans le jeu qui pourrait évoquer un boeuf très spontané, si la setlist ne mettait pas à l’honneur les morceaux de Roux-Ga-Roux, leur dernier album (ainsi que des titres plus anciens comme « Medicine » ou « The Pistol »), dans lesquels des soli de batterie ou de guitare bardée d’effets sont soigneusement calés. Summum du professionnalisme : le roadie posté sur le côté de la scène à la vue de tous (en lieu et place de l’habituelle coulisse plus discrète) qui préparera les changements de gratte entre les morceaux. Au rayon rock-à-papa, DeWolff transpire donc la classe. Les effusions de technique étalées sur une grosse longueur de set rebuteront toutefois les frileux du genre.
DeWolff (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

DeWolff (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :