[Récit de concert] 03/10/2016 : Valley Of The Sun + Dot Legacy @ Cluricaume

La saison recommence doucement à Poitiers. Après quelques dates par-ci par-là et un gros gala de bienvenue à la faune étudiante à base de MCs bordelais et de marionnettes teutonnes, l’asso Crypte, pourvoyeuse de backlines Orange et promotrice de stoner/psyché aussi gras qu’enfumé (notre Crumble Fight à nous en quelques sortes), nous offrait notre première dose automnale de saturation. Bonne pioche pour le collectif, qui réussira à blinder le Cluricaume un lundi soir un peu frisquet en faisant s’arrêter Place du Marché la tournée lancée sur les routes d’Europe (Angleterre, Bénélux, Allemagne, Roumanie…) par ce plateau franco-américain.

affiche-valley-of-the-sun

  • Dot Legacy : Charge à cette formation parisienne de chauffer une audience déjà conséquente, qui entoure pour une fois toute la scène et longe le bar jusqu’à la sortie. Puisque tout ce joli monde est visiblement venu chercher du gros son et du spectacle, le quatuor va leur en donner. Beaucoup. A vrai dire, un peu trop. Le claviériste entamant le set sur « Rumbera » debout sur le piano du Clu annonçait la couleur : ça devrait brasser sur scène. Pas manqué, puisque la plupart des poses issues du manuel du parfait rockeur y passeront, du solo à genoux aux déhanchés chaloupés, en passant par les rugissements accompagnant les coups de wah-wah ou les parties de synthé jouées sur le piano non sonorisé du bar. L’énergie sera donc au rendez-vous, peut-être au détriment de la spontanéité et du naturel. Aussi exubérant que leur jeu de scène, il faut dire que le stoner des franciliens joue lui aussi la carte du tous azimuts. Revendiquées, les influences de Dot Legacy sont nombreuses, et couvrent un large spectre. Pas forcément bien digérées, on les retrouve successivement dans des morceaux qui comptent trois riffs à la minute, coincés entre de nombreux ponts, breaks et autres changements, le tout badigeonné d’une épaisse couche de fuzz. « Pyramid », avec son intro au phrasé rappé, ses effets stridents façon RATM et son riff stoner groovy dans une lignée Kyussienne plus conventionnelle, témoigne bien de cet éclectisme parfois un peu difficile à suivre. Certains y verront surement une inventivité et une audace dans l’écriture (ce dont le groupe ne manque assurément pas), mais d’autres comme moi auront du mal à tout ingérer. Avec une basse à six cordes dans un groupe de stoner, on pouvait s’attendre à du tricotage. Alambiqué, ce « fuzzed-out rock’n’roll » le sera donc assurément, mais on ne pourra pas reprocher au quatuor de ne pas s’éclater à déballer les tiroirs qui construisent leurs titres bigarrés.
Dot Legacy (crédit : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

Dot Legacy (crédit : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

  • Valley Of The Sun : Nettement plus direct, le stoner des américains donne dans le riff et le groove les plus bruts. Les structures sont plus simples et lancent les morceaux à toute berzingue sur les routes de l’Ohio, qu’on ne connaissait pas si désertiques et ensablées. La filiation avec le fuzz ensoleillé de Kyuss et les riffs goudronnés de Fu Manchu est plutôt évidente — comme beaucoup de formations du même genre — mais le quatuor fait partie de ces groupes de rock aux penchants heavy où le vocaliste tient un rôle de premier plan, la faute à des lignes de chant musclées portées par une voix tout aussi puissante. Le barman qui aura le bon goût de diffuser du Danzig durant l’interlude aura donc eu le nez creux, puisqu’on pourra déceler une certaine familiarité entre le guitariste derrière le micro de Valley Of The Sun et les accents de crooner d’Evil Elvis. Peut-être encore plus étoffées sur les titres de Volume Rock, leur dernier album en date, avec des gimmicks plaintifs rappelant le chanteur de Beastmilk, ces parties vocales, encore plus costaudes en live sont soutenues par un duo de guitares équilibrant leads injectés de fuzz et riffs ronflants à 6 cylindres en V. De quoi allier souplesse de la conduite et tenue de route à toute épreuve. Il faudra toutefois attendre pour entendre ces titres récents, le groupe introduisant le set comme il l’avait fait sur le précédent Saying Of The Seers, avec le groove funky façon Clutch de « Hearts Aflame », et le bûcheronnage digne de Red Fang qu’est « Deep Light Burns ». Après cela, ce quatuor pas vraiment assorti — entre le grunge à la guitare solo, le batteur a l’air possédé les yeux exorbités et le bassiste à l’enthousiasme communicatif qui ira de sa petite sérénade d’adieux au piano — jouera la quasi-intégralité de Volume Rock en y intercalant « Maya ». A l’aise dans tous les registres stoner, de la grosse virée en Cadillac sur les routes brûlantes de Californie (« Eternal Forever ») à la baston au couteau dans un rade de camionneurs (« The Hunt », « Beneath The Veil ») en passant par l’hypnotisme chamanique lourd et lancinant (« Empty Visions »), les américains, sur une bonne inspiration de Crypte, auront donné des airs de Valley au Cluricaume, car c’est tout à fait le type de formation qu’il faut s’attendre à croiser entre midi et deux sur la scène dédiée du Hellfest.
Valley Of The Sun (crédit : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

Valley Of The Sun (crédit : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :