[Récit de concert] 02/09/2016 : Better Off Dead + Karysun + Bitpart + Crows An Wra + Toxxine @ Zinor (Destructure Fest, Jour #1)

Après un sacré paquet d’affiches alléchantes repérées dans ce haut-lieu du DIY vendéen (au hasard, celles de l’Aïnu Fest), le G17 du punk/hardcore/et consorts convoqué à l’occasion des 15 ans du label caennais Destructure achevait de nous convaincre de découvrir le Zinor de Montaigu (G15 en fait, Cave Ne Cadas et Lost Boys ayant malheureusement annulé). Nous percions donc le bocage bressuirais direction le 85, et découvrions finalement une super petite salle (jauge à 150/200 personnes) avec un son nickel tout au long des deux jours, bordée par un jardin fort convivial où s’installeront un paquet de distros du meilleur goût, un bar à bières pas chères, ainsi qu’une excellente tambouille vegan à prix libre. Les conditions étaient donc réunies pour passer un week-end au petit poil (et encore, je ne vous ai pas parlé du camping, ce sera pour la deuxième journée). Vu l’affiche, il y avait peu de raisons pour que les groupes programmés nous fassent dire le contraire.

affiche-destructure

  • Toxxine : C’est un groupe local qui ouvre la soirée, et donc le week-end, et pas pour faire de la figuration. Fondé sur les cendres d’U.R.S.S. si j’ai bien tout suivi, le quatuor reste dans le même sillon crustcore bien glaireux, mais agrémenté de leads de guitare bien mélo éloignés de la bouillabaisse de power chords inhérente au genre. Tout aussi intéressant rythmiquement, on évite le d-beat à outrance lorsque le batteur décide d’inclure des blasts parcimonieux ainsi que de bons breakdowns bien pesants pour allonger les compos et confirmer la coloration hardcore de ce crust lourdingue mais étonnamment accrocheur, emmené par les grondements éraillés d’une chanteuse qui passera le set au pied de la petite scène. On pense donc à pas mal de choses ici, de Fall Of Efrafa à Kiss It Goodbye, et on trouvera même quelques gros bouts de thrash dans le dernier titre de ce concert. Le groupe ne nous aide pas à nous recentrer en multipliant les registres : dans un set composé de titres anglophones (« Survive In Hell », « Human Mad », « Utopia », le cahier des charges thématique est respecté) se glissera « Ombres de Fer » qui, en plus d’être chanté en français, introduira une bonne dose de groove dans ce set plutôt strict, après quelques ratés en intro. En bonus, un cover d’ « Enter The Gates » (de Wolfpack), viendra réaffirmer les accointances crust-punk à tendance mélo du combo vendéen. Malgré une présence sur scène plutôt effacée, Toxxine débutera de façon carrée ce Destructure Fest, en laissant la certitude que ce week-end, il n’y aura pas de première partie pour meubler la programmation.
Toxxine (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

Toxxine (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Crows An Wra : C’était a priori la seule réserve sur cette première soirée, l’écoute distraite des quelques sorties de ce quatuor britannique embarqué dans une tournée avec Bitpart ne m’ayant pas laissé de souvenir impérissable. Et à vrai dire, s’envoyer Kakotopia ou Kalopsia tranquillement installé dans son salon ne permettra jamais de retrouver l’intensité déployée lors d’un de leurs concerts. Cette déferlante fiévreuse couplée à l’effet de surprise fera finalement de ce show le meilleur de la soirée. D’un point de vue strictement musical, le post-hardcore à tendance emo des anglais prend du corps lorsqu’il est joué live : le traitement synthétique des cordes profite à la basse dont la rondeur devient stratosphérique (quoiqu’atténuée au fil du set), ainsi qu’aux rideaux d’arpèges de guitare nerveux façon And So I Watch You From Afar qui se parent d’un éclat et d’une stridence indie/noisy qu’on retrouve aussi chez Marilyn Rambo, dans un tout autre style. Des effets et un mélange des genres qui font toute la singularité de Crows An Ra, le groove explosif et Fugazien de la batterie venant glisser quelques repères dans cette déflagration mélodique. Mais malgré tout l’engagement de la section instrumentale arc-boutée sur le manche, c’est inévitablement le chanteur qui retient l’attention, et ce dès le premier titre où il semblera se jeter par terre en enjambant les retours. On se dit alors qu’aussi éperdu que le phrasé parlé qui débite les textes (un genre de screamo exalté sans crier, un peu dans la veine de La Dispute), le frontman nous livrera une prestation arrachée et jusqu’au-boutiste. Finalement involontaire, la chute ne tempèrera pas les ardeurs d’un vocaliste possédé qui passera le plus clair de son temps à arpenter l’avant-scène, scandant les paroles avec ses tripes et remuant les miennes au passage, frappant son petit coeur avec les poings et heurtant le mien du même coup. Une leçon d’emo, tout en renouvelant le genre.
Crows An Wra (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

Crows An Wra (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Bitpart : Faisant partie des dernières sorties du label Destructure, le trio parisien venait donc défendre Beyond What’s Left, en témoigne une setlist uniquement composée de titres issus de cet album (même si certains étaient déjà parus sur des splits et EPs antérieurs). Si leurs compagnons de tournée anglais et prédécesseurs sur scène avaient déjà commencé à repeindre en couleur le fest’ à dominante noir noir noir, l’indie-punk des francilien-ne-s abondamment irrigué par le Sub Pop des 90’s viendra définitivement barioler la soirée, pour jurer dans la prog’ au moins autant que leur artwork sur le bandcamp de leur label. A rattacher à une certaine scène actuelle parmi laquelle on compte notamment Valley ou Sport, Bitpart accole aussi à de délicieux leads de guitare et à des lignes de basse chantantes une touche grunge qu’on retrouve dans le chant masculin notamment, et dans les morceaux les plus directs en particulier (« Let Me Explain », « Easy To Pretend »). Il faut donc aussi penser Souvenirs et Summer Video Club. Sans surprise, le jeu inventif du batteur qui exploite à fond le potentiel de deux toms et trois cymbales est un régal pour les yeux et demeure intact en live pour ajouter quelques ricochets au dialogue guitare/basse. Malgré d’évidents soucis de son (les seuls du week-end) sous forme de larsens qui gangrèneront une bonne partie du set, ou de faute d’accordage qui nous offrira une double ration d’intro d’ « I’ll Never Get It (Whatever) », la fraîcheur et l’acidité des compos resteront cependant perceptibles pour accoucher d’une flopée de refrains catchy où le chant féminin emporte définitivement mon adhésion (« Tiny Box », « Drifting Away » en tête). Après un ultime « Friend » « très technique », et marqué par son tempo lent, son ambiance lourde et son solo de guitare assombrissant la teinte lumineuse du set pour se raccorder à la suite du programme, on se dit qu’il ne manquait plus que « These Days » pour que tout soit absolument parfait.
Bitpart (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

Bitpart (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Karysun : Basé à Caen, il fallait bien que Destructure embarque dans ses valises une petite douceur du cru, directement importée de la capitale normande. A défaut d’une citerne de calva, ce sera un duo guitare-chant/batterie en sommeil depuis 2012, reformé pour l’occasion. Ces quatre ans de silence signifiaient donc l’extinction temporaire d’un foyer d’activisme distordu, un sludgecore/noisecore aussi corpulent que subtil permettant aux deux musiciens sur scène d’accoucher d’une bile sombre comme les riffs, épaisse comme les rythmiques puissamment martelées, et  acide comme les textes globalement focalisés sur les vices de la société, avec une préférence pour les porcs en uniforme. Proche de Black Cobra par sa force de frappe tout en lourdeur, de Kylesa par sa propension à inclure des passages mélodiques à la frontière du post-rock, Karysun badigeonne également ces avatars de la pesanteur d’une couche de crasse crust pour faire de leur mastodonte sonore un rampant méphitique sachant se montrer aussi véloce que volumineux. Un résultat qui impressionne par sa puissance, d’autant que seuls deux protagonistes rendus gigantesques par leur masse phonique en sont à l’origine. L’aspect visuel fonctionne donc à plein, et d’autant plus lorsque le chanteur impassible, l’air calme et pénétré, vocifère ses paroles de tout son timbre caverneux, que le mix mettra cependant plus ou moins en avant tout au long du set. Pour autant, la formule minimaliste comporte aussi ses petits défauts : le manque de basse, ou tout du mois de pédales d’effets plus harsh (façon Fange), se fait parfois sentir sur les passages les plus explosifs, et la lenteur sourde des morceaux drapée de ses atours atténués et discordants font parfois s’enfoncer dans une certaine torpeur. Le duo réservera cependant une fin de set plus nerveuse, sans se départir de sa profonde noirceur et de l’odeur d’essence brûlée qui ont plané sur ce live.
Karysun (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

Karysun (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Better Off Dead : Ambiance plus légère, mais thématiques tout aussi concernées pour ce dernier show de la soirée. Le trio angevin officie en effet dans une veine punk-rock plutôt actuelle inspirée de la scène de Portland (The Observers, Autistic Youth…) et possiblement rattachable à Stalled Minds pour parler plus local. Riffs en clair, basse rondelette, et batterie sèche, voilà le topo. Le chant féminin — qui me rebute un peu sur les quelques sorties du groupe — passe étonnamment mieux en concert malgré une justesse parfois un peu approximative, mais permet surtout au combo de se démarquer grâce au timbre chaud et haut perché de cette leadeuse qu’on pourrait situer entre celle des Triggers et de X-Ray-Spex. Incluant seulement la face B de Cracked au set, Better Off Dead privilégiera pas mal de nouveaux morceaux (ou en tout cas inconnus de mon côté) explorant un peu plus encore son côté mélo par l’entremise de petits arpèges fusant pas spécialement mis en avant par le son, et centrés sur le réel, imprégnés d’expériences personnelles. « Nightmare », qui raconte une nuit de baston contre des fafs, en retranscrira assez la tension pour déclencher un pogo quoique gentillet, et « Difference » traitera du sexisme avec pour exemple introductif le cas du fameux mec venant trouver les musicien-ne-s (surtout les musiciennes, en fait) à la fin des concerts pour leur expliquer comment améliorer leur technique. Pas de grands discours et que du vécu, pas de fioritures et un punk-rock aux accents mélo bien catchy : Better Off Dead, au bout de deux rappels dont « Carry On » si je ne me goure pas (ce qui est probable, il était tard), achèvera donc cette première soirée d’anniversaire en replaçant le punx au coeur du game, histoire de se préparer au tsunami du lendemain.
Better Off Dead (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

Better Off Dead (crédits : CC-BY-NC-SA par Jö)

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