[Récit de concert] 17/06/2016 : The Offspring + Converge + Melvins + Inquisition + Turbonegro + Vision Of Disorder + Victims + Ramesses + Cowards + Monolord @ Hellfest (Jour #1)

Pour la deuxième année consécutive, une équipe du Barbelé était dépêchée à Clisson (44) pour couvrir les trois jours que compte la grand-messe annuelle de la « communauté metal » hexagonale et plus encore, si on compte les nombreux spectateurs étrangers faisant le déplacement pour profiter d’une des affiches les plus calibrées d’Europe. Un ciel menaçant et un camping plutôt boueux laissaient toutefois craindre un week-end maussade et des conditions peu optimales. Mais comme à leur habitude, les portes du festival s’ouvraient sur un billard vert immaculé nous mettant à l’abri de la gadoue et de la poussière. Mais on reviendra plus en détail sur le site lors du deuxième jour…

affiche hellfest

  • Monolord : Trente minutes, trois titres. « Lord Of Suffering », « Cursing The One », « Empress Rising ». Les trois premières pistes des trois albums et EP sortis par le trio suédois, ou bien à venir prochainement. Il s’agit des tout premiers accords retentissant sous la Valley et sur le site, les esprits sont encore clairs — ou à peu près : il est 10h42 lorsqu’une première douille est coulée quelques mètres devant moi — et le public présent et assez fourni vu l’horaire est donc totalement lucide lorsque les kilotonnes de distorsion granuleuse s’abattent du backline estampillé Orange au travers d’un riffing irréprochable, soutenu par le groove irrésistible d’une batterie assommante. Le doom des trois scandinaves, entre le psychédélisme trainant de Windhand et la lourdeur belliqueuse de Conan place d’emblée la barre très haute, et si l’ensemble de la journée tient la cadence, il ne devrait pas y avoir grand chose à jeter. Habituellement réservé aux jeunes pousses françaises prometteuses, le premier créneau de la journée laissait cette année place à l’une des formations doom les plus en vue du moment.
  • Cowards : En parlant de jeunes pousses locales à gros potentiel, les parisiens ouvrant sur la Warzone représentaient en cette première matinée la fine fleur du hardcore autochtone. Ceci dit, au bout de quatre ans de route et trois sorties au compteur, le quintet francilien n’a plus grand chose à prouver. Une bonne partie de la critique l’a déjà adoubé comme le repreneur le plus crédible du flambeau blafard de la désillusion urbaine et des seringues de haine pure laissés vacants par Kickback depuis 2013. C’est dans cet état d’esprit peu avenant que le groupe monte sur scène, la lèvre crispée, les majeurs tendus, et la bouteille de Jack à la main, de bon matin. Une attitude négative qui frise parfois le surjeu (sans toutefois aller jusqu’à déclencher une pluie de mottes de terre), à la différence de leur hardcore déliquescent qui ne triche pas, et leur permet d’explorer les nuances que compte le large spectre de la violence gratuite, au détour de blasts sauvages, d’un groove sadique, d’une lourdeur oppressante, et de riffs contondants sur lesquels viennent inlassablement se briser des hurlements déchirés. Les compos issus de Rise To Infamy, jouées sous l’oeil bienveillant des deux patrons de label ayant sorti cette masterpiece de misanthropie (celui de Throatruiner entrera même sur scène pour un morceau), qui parsèmeront le set (en complément des moins récents « Fork Out » et « Hoarse From The Get Go », mais omettant les bends savoureux de « Low Esteem ») leur donneront tout loisir pour entrainer le public dans la noirceur malfaisante de leur hardcore sludgy.
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Monolord (crédits : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

  • Ramesses : Après quelques allers-retours Valley-Warzone dont on retiendra le set de Harm’s Way aussi béton que le buste de leur chanteur et la prestation décevante de Wo Fat entachée par un son exécrable, c’est finalement une ambiance aussi délétère que celle développée par Cowards qui retiendra notre attention sous la tente à dominante stoner. Le genre n’a pourtant pas grand chose à voir, mais le blackened-doom des britanniques n’a pas son pareil pour installer une atmosphère crasseuse, par l’entremise d’incursions black-metal putrides sur fond de doom cadavérique. Autant dire que le son très dégradé du début de set (centré sur We Will Lead You To Glorious Times) n’a guère amélioré les textures cradingues du trio, écrasé par la batterie monstrueuse équipée de deux rides gigantesques, mais c’est avec plaisir que les techniciens redressaient la barre juste à temps pour « Take The Curse », et permettaient jusqu’à la fin du show de prendre toute la mesure de ce doom fétide, pas si éloigné de Weedeater, le registre blackisant du vocaliste ajoutant une touche d’occulte à ce doom encrassé. Un registre plutôt éloigné des ascensions psyché de Windhand, que Ramesses remplaçait, mais qui m’aura presque fait oublier la déception liée à leur annulation.
  • Victims : L’an dernier, c’était Wolfbrigade. Cette année, ce sont Victims qui viennent porter les couleurs du d-beat suédois sur la Warzone. Leur virage crust’n’roll — voire carrément mélodique sur certains morceaux — confirmé par leur tout récent album Sirens et quasiment unanimement conspué par les puristes m’avait réjoui, c’est donc avec plaisir que je les retrouvais à l’affiche. Le t-shirt à l’effigie de My War d’un  des guitaristes m’indiquait que j’avais frappé à la bonne porte, « Walls » ou encore « Errors » et leurs suites d’accords épiques également, bien que la configuration festival et le son massif qui va avec ne fassent pas forcément honneur aux lignes mélodiques des titres récents du quatuor. Qu’à cela ne tienne, les scandinaves, avec bientôt vingt ans de carrière dans le rétro, ont de quoi piocher dans leurs premiers titres plus directs (notamment tirés de …In Blood), qui passent largement l’épreuve de la suramplification. Une constante à noter cependant, la voix caverneuse du bassiste/chanteur, qui porte chaque compo de son phrasé aussi lent que puissant. Peut-être plus cohérents parmi la prog’ du samedi sur la Warzone, Victims auront joué la goutte de pisse punk dans un océan de metalcore pour cette première journée.
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Cowards (crédits : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

  • Vision Of Disorder : Car côté metalcore, la fin de journée sera corsée sur la Warzone. A commencer par ces pionniers new-yorkais du genre. Le leader du groupe ne s’y trompe pas et saluera à de nombreuses reprises au long du set ses fucking compères jouant ce vendredi, Killswitch Engage et Converge. Très en verve, le chanteur s’épanchera longuement entre les morceaux, enjoignant le public à foutre un fucking bordel et à démarrer des fucking circle pits. Emblématique d’une certaine époque (qui a plus de vingt ans) et de la naissance d’un genre mariant le son du metal à l’énergie du hardcore sur fond de voix alternant chant clair et hurlements (dans la veine de Life Of Agony avec plus de moshparts), VoD fera une large place à ses classiques (« Suffer », « Viola ») en dépit d’un album sorti cette année dont on entendra « Heart Of Darkness » et « Hours Of Chaos », reprenant la même recette (et la même intelligence dans l’écriture), donc logiquement salué les amateurs du groupe. Un relief dans les compositions et une finesse des mélodies qui ne transparaitront malheureusement pas tout le temps vu la densité du son, ce qui forcera en conséquence à se focaliser sur les breaks lourdauds des morceaux. Lot de consolation : la voix tout en maîtrise qui alternera sans forcer entre passages criés et lignes claires envoutantes.
  • Turbonegro : Ambiance beaucoup plus légère sur la Mainstage 2 tandis que les suédois investissent les planches, grimés et déguisés comme à leur habitude, sur les arpèges épiques de « The Age Of Pamparius » (comme s’il existait meilleure entrée en matière). Le spectacle sur scène est conforme à l’univers « Pédés et Drogués » du groupe, avec un backdrop et des lampadaires singeant une ruelle mal famée de la « City Of Satan » et arpentée par des marins, pécores, ou autre habitué du Fucking Blue Boy façon Vuillemin drapé dans un drapeau britannique. Dans la fosse, le concert est l’occasion pour les nombreux membres de la Turbojugend croisés tout au long du fest de se rassembler, sans pour autant foutre la zone à laquelle je m’attendais. Pourtant, les tubes s’alignent dans une veine rock’n’roll fédératrice immuable, de « All My Friends Are Dead » à « Get It On » en passant par « Wasted Again » et un wall of deathpunk est organisé sur le « I Got Erection » final après que le leader ait fait asseoir et chuchoter la fosse pendant l’intro. Un show complet et ultra-fun sur scène, un peu moins dans le public.
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Turbonegro (crédits : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

  • Inquisition : Autant être clair de suite, le black metal n’est pas vraiment le genre de la maison, à de rares exceptions. A la faveur d’un créneau vacant, je pénétrais donc sous le Temple par curiosité, attiré par la configuration duo du groupe, mais aussi, il faut bien le dire, par le corpsepaint de rigueur. Avec seulement une guitare et une batterie, force est pourtant de constater que le black metal des colombiens — qui comptaient au moins un compatriote muni d’un gros drapeau dans la fosse — est loin de tomber dans la monotonie et la simplicité. Les variations rythmiques sont incessantes, allant du blast foudroyant aux claquements lents sur des tempos doomesques, en passant par des cavalcades infernales lorgnant sur le thrash. Côté guitare, les parties rythmiques et « mélodiques » (on reste sur de l’arpège dissonant dégoulinant de crasse) s’équilibrent malicieusement dans un tourbillon maléfique dans lequel je me suis finalement laissé embarquer. Seul petit bémol, lié à la configuration : le caractère statique de la prestation, le leader du groupe ne pouvant guère faire mieux que naviguer entre ses deux micros pour délivrer son bourdonnement mystique, loin des grincements criards habituels et pouvant évoquer une version malsaine d’un cantique tibétain. Pas de quoi me faire regretter ce petit pêché de curiosité cependant.
  • Melvins : L’heure tourne, et les têtes d’affiche commencent à pointer le bout de leur nez. Dans la Valley, me concernant, il n’y aura pas grand-chose au dessus de ces précurseurs du grunge, voire du sludge, bref d’un sacré pan du wock’n’woll à l’américaine. Quelques inconnues subsistaient toutefois. Oh, trois fois rien : la taille du line-up, sa composition, et la constitution d’une setlist piochant parmi une discographie de plus de 30 ans. Les deux premières étant vite éclaircies — on retrouve une formation minimale à trois et une seule batterie, avec les cadres Buzz Osborne dans une tunique étincelante et un Dale Crover ganté, accompagnés du facétieux bassiste de OFF! — on bloquera un peu sur la dernière tant le trio est resté éloigné de ses masterpieces, pour offrir aux puristes un set truffé de raretés et aux autres un show 100% heavy. Pas de passage en revue de Houdini donc (à l’exception de « Night Goat »), mais une tripotée de covers (Kiss, Alice Cooper, malheureusement pas de Butthole Surfers) et de titres assez méconnus (« Sesame Street Meat », « The Water Glass », « Euthanasia », « Queen ») à la lourdeur et au groove constants, introduits par une Star Spangled Banneer dégingandée façon Hendrix. Au final, on aura eu droit à un set assez déroutant, déstructuré, et aussi bigarré que les musiciens sur scène : Osborne mutique et presque boudeur, Crover autiste sur sa batterie et McDonald farceur et plutôt loquace. Tandis que la comptine « Take Me Out To The Ball Game », seul représentant du Basses Loaded donnant son nom à la tournée des Melvins, retentit en laissant sortir le trio, on sort donc de la Valley un peu décontenancé, sans vraiment d’impression claire, si ce n’est celle de s’être fait rouler dessus par trois poids lourds sur la rocade d’Aberdeen. Mais, hé, c’est les Melvins !
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Melvins et une personne visiblement ravie d’être là (crédits : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

  • Converge : Avec le quatuor mathcore américain, les impressions sont moins mitigées : quelle branlée ! Et c’est encore plus savoureux lorsqu’on ne s’y attend pas. Difficile à appréhender sur disque du fait de la densité des compositions, et jouant en même temps que Rammstein à cause d’un bouleversement de running order, je décidais de n’assister qu’à la première demi-heure du groupe de Boston pour aller voir les teutons (que je n’aurai certainement pas l’occasion de revoir). Autant dire que dès le diptyque « First Light/Last Light » introductif, il devenait évident que je ne quitterai pas la Warzone tant que le combo continuera à jouer, tant pis pour les claviéristes à costumes à paillettes faisant du tapis roulant au milieu de gerbes de feu sortant de lance-flammes-museau. La présence scénique du chanteur, sans cesse en mouvement quand il n’est pas plié en deux sur son micro, en communion constante avec le public, suffit à elle-seule à captiver l’attention. Mais c’est aussi l’authenticité du spectacle qui frappe à mesure que la setlist déroule des extraits de Jane Doe (dont l’artwork orne le backdrop) et You Fail Me. Pas de gros amplis à outrance, pas de kit de batterie monstrueux, juste une section instrumentale qui joue à mort, sans que l’impression d’une grosse machine à broyer les festivals ne se fasse sentir. Mieux, ce qui me rebute habituellement chez Converge fait immédiatement sens sur scène. Les signatures rythmiques impossibles, les circonvolutions incessantes inhérentes à ce hardcore technique : tout cela passe finalement au second plan au profit des charges émotionnelles émanant de chaque morceau et se dégageant de leurs constructions complexes. De « Concubine » à « In Her Blood », en passant par la montée en puissance de « Jane Doe », Converge n’aura eu de cesse dans ce set de décliner ses 50 nuances de violence, parmi lesquelles bon nombre de formations contemporaines mathcore, powerviolence, metalcore, post-hardcore et j’en passe semblent avoir puisé leur inspiration.
  • The Offspring : Je devine votre regard moqueur. Ce n’est pourtant pas faute d’être allé faire un tour sur la Warzone pour me frotter à l’ennui dégagé par le set de Kvelertak. Alors oui, en ce vendredi soir, j’ai finalement décidé d’avoir de nouveau quinze ans, quel que soit le niveau d’exécution des morceaux qui ont bercé mon adolescence à roulettes, entre Blink 182 et Sum 41 (séquence déballage). Et il faut bien dire, qu’à peine arrivé — aux alentours d’ « Original Prankster » dans la setlist — l’effet est immédiat, et entendre le timbre chaud du chanteur pas tellement abimé par le temps ramène quelques années en arrière sans souci. Evidemment on pourra redire sur la crédibilité de deux cinquantenaires peroxydés, sur la vitalité toute relative de l’interprétation de morceaux qui transpirent pourtant la jeunesse, et sur les mecs peu loquaces qui sont vachement moins marrants que dans leurs clips régressifs. Mais force est d’avouer que les californiens disposent d’une liste de tubes débiles qui fonctionnent comme un donut de Proust, et n’hésitent pas à en user et en abuser, avec une setlist essentiellement composée d’extraits d’Americana et de Smash.  En témoigne un dernier quart de show en forme de best-of ultime composé de « Hit That », « Why Don’t You Get A Job? », « Pretty Fly (For A White Guy) », « The Kids Aren’t Allright » (seul titre qui n’ait pas été joué mollement, et plus vite que le tempo original) et « Self Esteem » en rappel. Un peu sauvé par son répertoire, The Offspring nous fera quand même terminer cette première journée avec un bon gros sourire sur la gueule, à défaut de coup de soleil.
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Converge (crédits : CC-BY-NC-SA par LoloStudioFoto)

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