[Récit de concert] 09/06/2016 : Betunizer + Pneu @ Canadian Café

A l’heure où les jours allongent, mais où le crépuscule culturel tombe peu à peu sur Poitiers en même temps que s’éteint le printemps (même si Gheea fait un peu de résistance en invitant Octopoulpe au Zinc à la mi-juin), c’était évidemment de Tours que devait venir la lumière, à travers une affiche haute en couleur — au propre comme au figuré — comme seul le collectif Cocktail Pueblo est capable de nous en offrir. C’est donc au Canadian Café que nous nous arrêtions pour la première fois, et où nous découvrions un climat plus proche des Bahamas que de l’Ontario, apte à faire fondre la gomme et à éclater le béton.

affiche pneu betunizer

  • Pneu : En admettant qu’un public fidèle suive ce zine, il semblerait de prime abord superflu d’évoquer une énième fois une prestation du duo noiseux le plus célèbre de la contrée (qu’on a déjà croisé , ici, et même d’autres fois dont on n’a pas parlé), au risque de friser la redite. Et pourtant. Ce n’est pas la folie qu’on retiendra ici, le public étant certes fourni, mais plutôt calme et peu agité. En un mot : habitué. L’ambiance est détendue, les bières descendent tranquillement à mesure que le mercure grimpe, et, position centrale du groupe oblige, les clients du bar enjambent nonchalamment le pédalier pour accéder aux chiottes. Côté liesse éthylique, on repassera donc, et on attendra une clôture de festival plus tardive pour retrouver la ferveur déclenchée par les asticotages spasmodiques du duo. Mais dès les premiers titres (« Municipal Geographic », « Highway To Health », « Pyramide Banane Chocolat »), force est de constater que le combo la joue relax et laisse passer des pains inhabituels qui tranchent avec leur régularité et leur précision usuelles, tout en s’autorisant de petites digressions fantaisistes (comme le pont de « Grill Your Eyes » version zouk love). La température augmentant et les esprits s’échauffant, l’élément déclencheur surviendra sur un final bien bourrin comme je les aime, celui de « Futur Plus Tard » ou « Catadioptre Ambidextre », qui se dégonflera soudainement sous l’effet d’une corde pétée. Le set va alors prendre une autre tournure, tandis que la boucle introductive de « Gin Tonique Abordable » censée laisser un peu de temps au guitariste pour remplacer la corde défectueuse le verra finalement perdre patience et balancer son instrument sans ménagement sur le premier rang pour s’y reprendre à deux fois. A partir de là, au bout de cette intro interminable, les pédales y mettront un peu du leur pour concocter une montée en totale improvisation sous les yeux interloqués du batteur, et finalement livrer une version complètement inédite du morceau. La fin de set verra les pédales capricieuses continuer à réinventer les titres, jusqu’à ce qu’un « Yes To Rise » bienvenu et jamais vu sur scène pour ma part, ne vienne conclure. Les spécialistes trancheront catégoriquement : « ça ressemblait pas au disque ». Et si ce n’était assurément pas le meilleur concert de Pneu, il y a peu de chance pour qu’on en revoie un aussi unique.
Pneu (CC0)

Pneu (CC0)

  • Betunizer : Avec le trio espagnol, la température montait encore d’un cran sous l’effet des effluves valenciennes, plus lourdes et moins volatiles que la fumée, quoiqu’épaisse, de Pneu. Plus proche du noise-rock canal historique de type Jesus Lizard surtout, avec la basse pesante et le riff acéré, mais avec le groove décuplé. Il faut dire qu’en débutant, tout comme sur leur dernier opus Enciende Tu Lomo, par « Camilo José Shellac » et « La Mili Del Placer », le trio annonçait la couleur, au risque de griller ses deux meilleures cartouches d’entrée de jeu. D’emblée, on sent le bloc bien homogène, bien carré, où rien ne dépasse, mais il est cependant difficile de ne pas reconnaître la préséance de la section rythmique sur un guitariste-chanteur qui, reconnaissons-le, maîtrise mieux le changement de corde que son prédécesseur sur scène, et décline son timbre chaud dans des lignes de voix qui me feraient presque oublier mes fâcheries avec l’espagnol chanté (sauf ici, faut dire). Si les lignes tranchantes de la six-cordes suffisent à fendre le bourdonnement ambiant dans des saillies lancinantes parfois stridentes, la basse réussit le tour de force de se faire aussi massive qu’ondulante. Soit un parfait effet miroir avec le déhanché souple et costaud du bassiste, qui ne manquera pas d’attirer l’oeil gourmand de l’amateur de danses chaloupées, malgré son placement peu enviable derrière la batterie. Et la batterie parlons-en. Car si la cadence rythmique — quoique rigoureuse — n’impressionne pas de prime abord à l’écoute du trio, la proximité live laisse apparaître un jeu complexe s’appuyant sur tous les éléments du kit, cowbells comprises, et plaçant des patterns riches au service de structures plutôt simples, pour un rendu groovy optimal. On pourra citer à titre d’exemple le degingandé « Ford Carrillada » mais aussi et surtout la folle cavalcade « Imagina Que Matas A Jota » et son roulement monopédestre irrésistible, chaînon manquant entre l’urgence raide du post-punk et la disharmonie saccadée de la noise. Les espagnols auront par ce cocktail, dont la dissonance n’a d’égale que l’association du vin rouge et du coca, à faire gicler le mercure et à laisser l’assistance à point pour l’arrivée des DJs chargés d’administrer une nouvelle ration de la spécialité tradionnelle locale : j’ai bien sûr nommé la bamboule. Sauf que nous, on a de la route, et les deux groupes sus-evoqués parviendront bien à nous faire patienter jusqu’à septembre et Tours de Fête, histoire de finir l’été comme il venait de commencer.
Betunizer (CC0)

Betunizer (CC0)

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