[Chronique de disque] Verdun – The Eternal Drift’s Canticles

verdunSorti le 29 avril 2016 chez Head Records, Throatruiner et Lost Pilgrims.

Aussi étonnant que cela puisse paraitre, la route la plus belle pour relier Laval et Montpellier passe par Verdun. Si la proximité géographique a déjà réuni les héraultais de Head Records et Lost Pilgrims autour des sorties de Stuntman et du prédécesseur à The Eternal Drift’s Canticles, que les Pèlerins  Perdus et les mayennais de Throatruiner ont déjà opéré le rapprochement par des chemins détournés (Love Sex MachinePlebeian Grandstand, Elizabeth), cette nouvelle collaboration incluant les trois à la fois marque une embardée stylistique aussi déroutante que l’itinéraire oblique mentionné en introduction. La réunion des trois labels voit ce nouveau disque intégrer des catalogues où figurent des formations aussi éloignées que Jean Jean, Don Vito, Mosca Violenta, Calvaiire et The Phantom Carriage.

Il faut dire qu’au rayon doom français, Verdun est en train de conforter une domination aussi écrasante que leur son, et déjà quasiment acquise depuis leur précédent EP, The Cosmic Escape Of Admiral Masuka. On pourra, un peu à raison, objecter les noms de Witchthroat Serpent ou Hangman’s Chair pour nuancer le propos. Mais on parle là du doom le plus nu, dénué de tout psychédélisme, aussi occulte soit-il.

Poursuivant le récit des turpitudes interstellaires de l’amiral japonais qui avait donné son nom à leur disque précédent, les montpelliérains s’enfoncent avec ce LP un peu plus dans la noirceur, la vraie, comme la profondeur de l’espace, comme le destin inéluctable de l’astronaute à la dérive. Tour à tour rageurs, mélancoliques, implorants ou finalement désespérés, les cinq titres de The Eternal Drift’s Canticles donnent à voir les multiples émotions qu’implique la perdition de son vaisseau chez ce pilote impuissant spectateur de sa propre perte. Une palette d’émotions qu’on retrouve notamment dans les différents registres vocaux, pas forcément très habituels dans le genre, et oscillant sans cesse entre un mysticisme rituel monocorde et des hurlements lointains, suppliants ou déchainés, et témoignant d’une influence hardcore. Le chant évolue donc dans ces deux directions, au gré des progressions massives et flottantes dessinées par les guitares sous l’impulsion d’une batterie, doom oblige, forcément aussi lente que puissante. Car du côté des six-cordes aussi, les variations sont de mise. Elles permettent d’éviter la lassitude et de tenir sur la longueur de morceaux qui tournent tous autour des dix minutes. Loin d’être accessoires, celles-ci participent pleinement aux ambiances distillées, et fixent l’intensité du moment. Les arpèges réverbérés et désabusés en intro de « Dark Matter Crisis » et « Glowing Shadows », les leads mélancoliques dans « Self-Inflicted Mutalitation » et « Jupiter’s Coven » viennent ainsi ternir un peu plus les atmosphères sombres suintant des riffs tour-à-tour dissonants (« Mankind Seppuku », « Glowing Shadows »), lugubres (« Self-Inflicted Mutalitation », « Jupiter’s Coven »), furieux (« Mankind Seppuku », « Glowing Shadows ») ou lancinants, et toujours puisés au coeur de la matière noire. C’est ainsi que si The Eternal Drift’s Canticles se veut essentiellement doom, certains morceaux passent par l’inclusion d’éléments sludge ou même post-rock pour illustrer au mieux les revirements émotionnels du héros de l’intrigue.

Pour ce premier album, Verdun confirme donc son statut d’incontournable dans la scène doom française. Tout en respectant les préceptes du genre — essentiellement dans la funeste lenteur des tempos et le volume des riffs — les montpelliérains réussissent à pousser l’expression des sentiments tourmentés du protagoniste autour duquel tourne ce disque dans des registres plus extrêmes, sans que jamais l’espoir d’un échappatoire au néant sidéral et à son inextricable destin ne se dessine. En résulte cinq compositions taciturnes, furieuses, mystiques, emplies d’un désespoir que seules les cantiques d’une dérive éternelle sont à même de restituer.

The Eternal Drift’s Canticles de Verdun, c’est si tu n’as rien contre : Electric Wizard, Cough, et Rorcal.

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