[Récit de concert] 30/04/2016 : Past + Meüte @ Zinc

Pour cette deuxième soirée d’un week-end célébrant ses cinq ans d’existence, et après une ouverture la veille marquée par une affluence au mètre carré inversement proportionnelle au taux de gras par mètre cube d’air, l’orga Gheea Music laissait les clés de la cave à l’asso Loge Noire, jeune consortium local dynamique ne dissimulant pas ses penchants pour l’emo/screamo (un concert d’As We Draw au compteur, notamment). Une collaboration scellant pour de bon une vision similaire du prosélytisme culturel et de la radicalité musicale, mais aussi et surtout une complicité humaine évidente. Avec un certain sens de l’exigence ce soir encore, une affluence au mètre carré inversement proportionnelle au taux de sensibilité par mètre cube d’air était malheureusement à prévoir, une fois de plus.

anniv gheea

  • Meüte : Effectivement, comme la veille, on dépassera difficilement la vingtaine d’entrée. Et même dans une cave blindée avec seulement soixante personnes, ça fait vide… Visiblement peu décontenancé par la faible assistance, le quatuor bordelais entame le set avec décontraction, et devant les copains de Past au premier rang, alors que ça part pourtant plutôt mal puisque le guitariste est en proie à quelques soucis de sangle qui le contraignent à jouer les premiers titres, l’enchaînement « Oath » et « Ubuntu » puis « Ruin Architect », accroupi. Deux allumettes et un peu de bidouille plus loin, le show peut finalement reprendre comme il avait débuté, c’est à dire avec de forts relents screamo/post-hardcore. La recette est plutôt connue, la scène française assez fournie dans le genre, mais on sent tout de suite que Meüte sait s’en démarquer pour proposer quelque chose de plus personnel. De fait, ce que le groupe désigne lui-même comme du blackened-hardcore (et renvoie plutôt aux anciennes gloires locales The Phantom Carriage, par exemple), se traduit plus par un jeu de batterie plutôt atypique pour le style, avec pas mal de blasts et de tapis de double-pédale, mais surtout avec une intelligence dans les placements vis-à-vis des riffs qui ajoutent de la puissance au post-hardcore dissonant des bordelais, que par des ambiances froides et maléfiques hantant les forêts millénaires de Scandinavie. Un batteur assurément central dans l’identité de Meüte, mais pas le seul atout : l’imposant chanteur sait user de son coffre pour appuyer les ambiances sombres dans un registre screamo maîtrisé, mais aussi par des passages en voix claire ou même parlés (comme sur « M(e)ute » si ma mémoire est bonne), qui accompagnent de belles saillies post-rock rapprochant parfois le combo girondin de Zapruder. Encore tout récent (et pas encore totalement libéré sur scène), le groupe aura l’occasion de jouer l’intégralité de son répertoire, accompagné sur un morceau par le chanteur de Past (peut-être bien sur la fin de « The Day Your Shadow Became A Friend »). De quoi largement apprécier toutes les facettes du post-hardcore riche et nuancé de Meüte, et découvrir une formation à suivre de près.
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Meüte (crédits : Loge Noire)

  • Past : Avec ce trio, également originaire de Bordeaux et où on retrouve à la basse le guitariste de Meüte, on revient sur des formats plus connus, avec un post-hardcore/screamo conforme aux préceptes du genre, mais cependant assez brillamment exécuté pour ne pas tomber dans l’écueil de la mauvaise redite. On frise pourtant le syndrome Birds In Row sous certains aspects, pas seulement musicaux : le look culotte courte du guitariste-chanteur/sportswear du batteur, les poses arc-boutées sur le micro du frontman, et — symptôme le moins réjouissant de leurs homologues lavallois — les interventions un peu longues entre les morceaux. Heureusement, là où Birds In Row tombe souvent dans le prêchi-prêcha moralisateur, Past exprime surtout beaucoup de passion et d’attachement à l’esprit DIY. Mais entre deux remerciements adressés à l’orga, les bordelais jouent aussi des morceaux, essentiellement extraits de Cliffhanger, leur LP sorti la veille du concert, et fêté à la maison avec les complices de Meüte — dont on retrouvera le chanteur et le bassiste sur scène pour deux morceaux. « Spring », « Once Again », « The Priest », « Cliffhanger », soit autant de compos reflétant la recherche permanente de l’équilibre entre la violence de riffs et de rythmiques hardcore et la profondeur post-rock de mélodies éthérées, réverbérées, couplées aux hurlements torturés indispensables au genre. Past a revu les proportions depuis Weight Of Past, où les constructions progressives et l’influence Cult Of Luna prenaient plus de place, et se fait maintenant plus dense, compact dans l’écriture pour davantage coller à des références comme Loma Prieta ou Touché Amoré (et une chiée d’autres signatures Deathwish). La sortie de ce nouvel album semble donc acter une certaine expérience de la part des bordelais. En témoigne un show plutôt carré (en dehors des participations vocales hasardeuses du bassiste), de l’ambiance lumineuse simple mais efficace, à la présence scénique du combo, le dos fumant du batteur témoignant à lui seul de l’engagement physique. Si on ajoute à ça le fait que, tout comme Meüte d’ailleurs, le groupe met tout son merch’ à prix libre, il y avait peu de raison de repartir du Zinc sans Cliffhanger sous le bras.
Past (crédits : Loge Noire)

Past (crédits : Loge Noire)

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