[Récit de concert] 29/04/2016 : Stuntman + Fange @ Zinc

Cinq ans d’activisme à Poitiers pour Gheea Music. Soit environ dix albums sortis, et des centaines de références distribuées dans des bacs bien garnis. Soit surtout une vingtaine de concerts organisés principalement dans l’éternel QG du Zinc et, aussi loin que l’immortel mais désormais désert forum Poitiers Bruits peut nous emmener, un premier jet avec Yussuf Jerusalem (chez Du barbelé, on a pris le train en marche, on en a vu pas loin de dix, dont certains que vous pouvez retrouver ici). Au bout de ces soixante mois : deux soirées de réjouissances, quatre groupes des six coins de la France, et finalement une grosse vingtaine de curieux. Voilà. Il y a des fois où il vaut mieux repenser au cheminement qu’au bilan. Ce sera le cas ici, avec comme aboutissement de ces cinq années, une scène locale qui ne fait pas forcément honneur à l’un des principaux artisans de son maintien sous perfusion.

anniv gheea

  • Fange : Parce qu’un anniversaire, ça se passe toujours un peu avec la famille, ce sont les rennais auteurs de Poisse, co-édité par Gheea, Basement Apes Industries, Lost Pilgrims et Ulterior, qui ouvriront cette première soirée. À savoir l’un de mes groupes favoris parmi ceux qu’a pu sortir le label pictavien. La promesse d’un set destructeur, aux confins du sludge et du harsh-noise, englué dans le torrent crasseux d’une masse sonore extrêmement saturée, justifiant à elle seule le nom du groupe. Pourtant, aussi dense et gras soit-il, ce monolithe distordu trouve son origine dans les seuls effets d’une guitare. Si la présence derrière le micro du chanteur de Calvaiire également fondateur de Throatruiner était attendue, c’est donc avec surprise que je regardais un trio dépourvu de basse s’installer dans la cave. La communication étant réduite à son expression la plus minimale, le trio attaque sans ambages et frontalement avec le rythme soutenu d’ « Ammoniac », le guitariste dos au public (on ne verra pas son visage du set), le frontman légèrement vêtu comme à son habitude convulsant dès les premiers riffs pour très vite finir à genoux, et le batteur martyrisant ses fûts pour imprimer une cadence à cette coulée presqu’informe, en jouant sur les variations de tempos, les pauses et les contretemps, comme autant d’obstacles placés sur la route d’un éboulement vaseux dévastateur. Parce qu’un concert au Zinc sans avarie technique n’en serait pas vraiment un, on sent toutefois très vite que le vocaliste rencontre quelques soucis de XLR, avant que ce dernier ne lâche totalement durant « Grêle Molle ». Pas le temps de niaiser, après un changement de câble et quelques réglages infructueux — le tout sans que la section instrumentale ne s’arrête — le son des hurlements revenait finalement au volume maximal, gratifiant le bloc sonore initial d’une couche de larsen ininterrompu en plus jusqu’aux dernières mesures de « Lucifour », pour ajouter à l’approche bruitiste qui caractérise le sludge déstructuré de Fange. Dommage que la grosse lame boueuse n’ait pas eu plus de monde à faucher.
Fange

Fange (CC0)

  • Stuntman : Plus communicatifs que les rennais, les sudistes en tête d’affiche du soir, et de retour après un premier passage à Poitiers au Josette Bar il y a cinq ans, n’auront pas de scrupules à mettre le doigt là où ça fait mal. Il n’aura pas fallu longtemps pour que la sentence tombe, au milieu du set : « ça fait quinze jours qu’on tourne et pour le moment vous êtes vraiment parmi les plus mous ! » Et pour cause, après une entame marquée par les lentes désarticulations de « Scarecrow Warfare », le hardcore des sétois ne déclenchera pas le chaos inhérent au genre auquel on peut le rattacher, il aura suffi de quelques titres pour que le frontman s’en rende compte. Bienvenue à Poitiers. Marchant dans les pas de Coalesce, Converge ou Botch, Stuntman conjugue les structures complexes du mathcore et la férocité du powerviolence en l’agrémentant de sonorités metôl (notamment sludge, même si c’est moins évident en live), pour livrer un hardcore noisy et métallique aussi tortueux que brutal. Doté d’un line-up tout frais avec l’arrivée récente d’un nouveau bassiste et l’intégration au groupe d’un batteur à protège-dents qu’on a déjà croisé dans Everblast, le groupe déroule ses titres protéiformes charriant leurs lots de blasts, de riffs sombres et dissonants, ou de breaks massifs et groovy sortis de nulle part sans crier gare. Les sudistes réussiront donc à maintenir à un niveau constant le sentiment d’oppression dans lequel était plongée la cave depuis le début de la soirée, mais en usant de l’accumulation de plans ultra-violents, désorientant à force de revirements, d’accélérations et de schémas rythmiques à géométrie variable, là où Fange usait d’un bloc sonore écrasant. Mariant à merveille les aspects les plus sauvages du metal et du hardcore, le quintet héraultais se voyait donc tout qualifié pour synthétiser ce à quoi Gheea nous a habitués ces cinq dernières années, entre abolition des frontière stylistiques et farouche esprit d’indépendance. Une affiche peut-être un peu pointue, certes, mais au service d’un activisme qui aurait mérité plus de reconnaissance.
Stuntman

Stuntman (CC0)

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