[Récit de concert] 16/04/2016 : Meatbodies + The Cherry Bones @ Plan B

Malgré la fermeture et la réhabilitation en cours, le Confort Moderne n’a pas pour autant stoppé la saison et délocalise sa programmation dans différents établissements pictaviens. Après la relative déception du micro-barathon impliquant Spectres au Cluricaume et Zëro au Relax quinze jours plus tôt, c’était cette fois-ci le Plan B qui jouait la doublure de la SMAC, et accueillait une étape de la tournée européenne des Meatbodies. Un peu sceptiques sur le choix du lieu, pas forcément le plus adapté aux concerts, on se ravisait vite en constatant que le bar s’est enfin décidé à exploiter son hangar, servant le plus souvent de galerie d’exposition, pour y diffuser du live et se muer en salle à petite jauge tout à fait coquette.

affiche meatbodies

  • The Cherry Bones : Le duo tourangeau (oui, le Confort a eu l’élégance d’éviter une énième formation garage bordelaise pour ouvrir la soirée, c’est tout à son honneur) s’installe donc à l’avant-scène, devant le matos des américains qui leur succéderont, et sous un décor et des lights qui apporteront clairement au côté visuel de la soirée (comme la médiocre photo ci-après ne le montre absolument pas). Accueillant le public d’un « On est The Cherry Bones, cassez-vous », le combo laissait présager de grands moments de poses arrogantes bien cliché comme la scène garage française est décidément capable de nous en servir, et on n’a pas été déçus : jets de bières, renversement de matos, mais aussi et surtout le jeter de guitare le plus précautionneux de l’histoire des violences sur instruments de musique. Une attitude plutôt caricaturale franchement dispensable tant le synth-garage développé par les indroligériens se passe de fioritures. Simples et directes — rarement plus de trois accords, quelques notes d’orgue bien criardes, un beat ultra-binaire, une voix rauque avec trois secondes d’écho — les compos du duo tiennent autant du garage vintage et lugubre des Cramps, que du punk weirdos des Spits quand ils sortent la boite à rythme, ou du post-punk tendu qui hante la plupart des sorties Born Bad (Lonely Walk et Frustration en tête). Le rendu sonore live donne cependant plus de coffre aux titres plutôt dépouillés que sont « Strucked By Lightning », « Hidden By The Grave », « She Smokes #1 » ou « Like The 90’s » (seuls rescapés dans la setlist des deux EPs déjà sortis) pour décoincer les nuques et favoriser les premières frictions dans un public que la désinvolture forcée du guitariste à méchouille finira tout de même par lasser. Tout en raideur, The Cherry Bones n’étaient donc pas super raccords avec la leçon de souplesse que s’apprêtaient à nous administrer quatre jeunes américains, mais, si tant est qu’on réussisse à passer outre leurs gesticulations un peu superflues, les deux instrumentistes auront avec leur formule minimaliste donné tout son sens à l’expression « less is more ».
The Cherry Bones (CC0)

The Cherry Bones (CC0)

  • Meatbodies : Outre constater une concordance toute relative entre l’affiche et les membres présents sur scène (le groupe se construit autour du bassiste de Fuzz, qu’on retrouve à la guitare ainsi qu’au chant, et le line-up satellite a pas mal évolué depuis le barbotage en question), c’est la puissance du son qui frappe d’emblée alors que le quartet investit la scène en même temps que la fosse se tasse au plus près des retours. Les américains attaquent très fort le set avec pas mal de fuzz, beaucoup de groove, et une chiée de tubes. « Mountain », « Tremmors », « Him » : entre larges plages garage ensoleillées, saillies grunge plus pesantes et psychédélisme parcimonieux, le début du show pose le décor du rock juvénile proposé par Meatbodies et convoque les spectres de Thee Oh Sees, Wand ou, évidemment, Ty Segall. Pourtant, on sent assez vite que le groupe prend quelques libertés avec ses compositions, et que les quatre instrumentistes s’amusent entre eux du coin de l’oeil à partir à l’aventure dans des plans improvisés qui rallongent certains morceaux jusqu’à parfois se perdre dans des jams psychotropiques où on frise le bad trip. Aux assauts fiévreux immédiatement répercutés sur les nuques ondulantes du public devaient donc succéder quelques accalmies où le presqu’ennui pointant permettait en compensation de regarder les musiciens se marrer à triturer leurs morceaux pour leur offrir une seconde vie, et emmener la fosse dans leurs pérégrinations tantôt collées à l’asphalte, tantôt planant dans les nuages. Pour exemple, « Wahoo » joué trois fois plus vite que l’originale, déclenchant un pogo ultra-pété, douche de bière et poussettes non-réglementaires à la clé. S’amusant avec ce bordel naissant, après avoir une nouvelle fois fait redescendre la pression, les deux guitaristes descendront finalement de scène pour souffler sur les braises et faire tâter de leurs manches de gratte aux premiers rangs (un jeune guitariste, vraisemblablement musicien de session de son état, en profitera pour exécuter un solo de haute volée). Il faudra bien un dernier rappel (non-identifié vu la tournure du concert et la tronche des morceaux, je ne saurais même pas dire si leur tout dernier titre, « Valley Girl » écrit par le line-up actuel, aura été joué) pour achever tout le monde et parachever joliment un set certifié 100% fun & fuzz.
mb

Meatbodies (crédits photo : Confort Moderne)

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