[Chronique de disque] Calva – Siamois

calvaSorti le 4 avril 2016 chez A Tant Rêver du Roi.

Les sorties se suivent et ne se ressemblent pas chez ATRDR. Quatre ans après Sacrifice, le combo palois est de retour — toujours sur le même label, dont on retrouve le big boss derrière les fûts — avec un guitariste/claviériste en moins, pour une formule duo incluant le noyau dur du groupe. Et quelques mois après la sortie de Rubican, ou encore celle dont on parlait par ici des anglais de Blacklisters, le collectif béarnais confirme avec cette 51ème sortie, qui goûte plus la pomme que l’anis, qu’il a définitivement les idées larges.

Car si, malgré une propension à exploiter le genre sous toutes ses coutures (acoustiques ou électroniques, introspectives ou extraverties), le label sudiste défriche depuis quelques années maintenant un pré carré inépuisable résolument noise, cette nouvelle sortie repousse encore les limites — ou confirme leur absence — des domaines de compétence d’ATRDR.

Car si les références à Shellac ou The Jesus Lizard sont plutôt habituelles lorsqu’il s’agit de situer les rejetons du collectif, évoquer The Ex l’est moins, et montre à quel point son catalogue est capable d’évoluer. Tout comme Calva lui-même d’ailleurs, puisque ce Siamois se démarque finalement assez largement de Sacrifice, tout en conservant son enveloppe décharnée et désarticulée. Moins présent sur ce nouvel effort, le synthétiseur se fait spectral sur certains titres, et on regrette qu’il ne soit pas mis en avant autant qu’il peut l’être dans « Small Poor Dog » ou les ponts de « Negative Peak ». En revanche, la dissonance sur laquelle s’est construit le précédent album est toujours évidente et maintient un niveau de tension constant tout au long du disque. En revanche, le duo troque cette fois-ci les explosions noisy contre des structures plus linéaires et répétitives où il peut laisser libre cours à des velléités groovesques et sautillantes qu’on ne lui connaissait pas (« Eprouvette », « Rock Caillou », Françafrique »), ainsi qu’à un riffing aussi épuré qu’efficace sur lequel viennent se poser des lignes de voix véhémentes qui tournent dans la tête longtemps après que se soit arrêtée la platine. Il faut finalement attendre la fin de la face B pour voir le combo revenir à une approche plus convenue de la noise, « Brazilia » et son groove ninety pouvant évoquer « Waiting Room » si peu qu’on apprécie les rapprochements au forceps, tandis que la « Bagarre des Etoiles » finale et ses nappes de synthés stridentes pousse à son paroxysme un sens de la progression dans l’urgence déjà éprouvé dans « Small Poor Dog » et dévoilant des influences kraut-rock. « Carton Chat », ses slides furtifs et son agilité feutrée quasi-math-rock, se chargent quant à eux de la transition entre ces deux visages du Siamois.

Insister sur la capacité plutôt nouvelle de Calva à faire danser ne doit cependant pas occulter la propension inchangée du trio à créer des atmosphères tout en tension, si bien que le disque évolue sur un fil, en équilibre précaire, tiraillé entre ce groove raide et mécanique, ces arpèges discordants et ce chant catchy. Pas toujours très à l’aise dans ces nouveaux registres, malgré une évidente efficacité, ce Calva nouveau aura besoin d’un peu plus de maturité pour être aussi fort en bouche qu’il le pourrait. La prochaine cuvée pourrait bien définitivement réconcilier l’urgence dissonante et une certaine forme de fraîcheur décontractée.

Siamois de Calva, c’est si tu n’as rien contre : The Ex, So So Modern, et la tension catchy.

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