[Récit de concert] 25/02/2016 : Hypno5e + Orakle + WeaksaW @ Grand Kfé

La date metal semestrielle du grand Kfé aura connu quelques perturbations avant de pouvoir finalement s’arrêter sur une formule définitive à trois groupes. Première péripétie : un télescopage avec le concert de WeaksaW organisé au Zinc le même soir par Go Music, télescopage comme Poitiers est capable d’en créer au bout de deux semaines d’ennui profond, et qui aurait potentiellement pu couper le public en deux. Les montpelliérains se greffent donc au line-up initial : Hacride + Orakle, ce qui montre qu’il est possible d’agir en bonne intelligence pour ne pas léser les spectateurs. Deuxième péripétie, moins réjouissante : l’annulation de Hacride, qui connait quelques avaries concernant le planning de sortie du successeur à Back To Where You’ve Never Been. Par chance, les montpelliérains de Hypno5e, passés par la grande salle de la MDE en 2014, se montraient disponibles pour faire l’intérim au pied levé et maintenaient la soirée sous le signe de la Klonosphère, du H, et du metal de haute volée.

affiche mde

  • WeaksaW : Initialement prévus comme tête d’affiche au Zinc, les héraultais ont finalement la charge d’ouvrir le bal du côté de la MDE, alors que le public est encore loin de remplir la salle. Les abords de la scène désertés donnent donc la possibilité aux deux guitaristes de se confronter aux premiers rangs en alternant leurs placements dans un jeu de poses et de positions un peu stéréotypé, bassiste et chanteur venant occasionnellement leur prêter main forte à grands coups de talons. Beaucoup à dire sur l’aspect visuel du show, donc, moins sur ce qui nous intéresse plutôt ici : le côté sonore. La faute à un rendu plus que brouillon, qui s’améliorera quelque peu au fil du set, mais laissera difficilement filtrer les spécificités du deathcore/death moderne développé par les sudistes. Si les plans syncopés et autres polyrythmies sortent du lot grâce à une batterie inévitablement en avant, (de même que le chant hurlé, curieusement audible également), le traitement des guitares manque clairement de précision et peine à restituer la musicalité des riffs — a fortiori parce qu’on reste souvent dans un registre quasi-djent taillé pour le mosh qui campe sur la corde la plus grave — mais aussi les mélodies développés dans certaines lignes plus aérées. On avait laissé WeaksaW avec James Huston Jr, un EP faisant la part belle aux plages éthérées, les rapprochant presque de la tête d’affiche du soir. Mais le set fera largement l’impasse sur ces accalmies pour tout miser sur le brutal à tendance Meshuggienne évidente, avec toutefois des accointances de plus en plus nettes avec le versant le plus hardcore de leur death moderne, les rapprochant dans un sens de Deep In Hate. Dotés d’un son costaud et d’une volonté non feinte de se mettre le public dans la poche, le combo n’aura toutefois pas réussi à emporter l’adhésion du nombre, la faute au son ne rendant pas honneur à un deathcore peu novateur, mais pas dénué de quelques belles nuances.
WeaksaW (crédits : CC0)

WeaksaW (crédits : CC0)

  • Orakle : A rebours du caractère plutôt convenu de WeaksaW, ce combo parisien replaçait l’expérimentation et les larges excursions en dehors des sentiers battus du metal au coeur de la soirée. Pour ma part, peut-être un peu trop. Accueilli très positivement par la critique spécialisée, Eclats — le dernier album du groupe sorti chez Apathia, label désormais expert en metal déviant et hétéroclite à qui on doit les sorties de Pryapisme, Hardcore Anal Hydrogen ou Zapruder — avait laissé relativement insensible la rédaction du Barbelé, la faute en particulier à des registres de chant (en français , souvent en clair et parfois même lyrique) un peu trop en avant et basés sur des textes à la grandiloquence presque pompeuse. Si le rendu live atténue cette prépondérance du chant en le diluant dans la masse sonore instrumentale, on perd du même coup la clarté qui mettait en valeur les atmosphères travaillées du groupe, fondées sur une orchestration où nappes de synthés et arpèges torturés se combinent dans des progressions froides sur lesquelles plane l’ombre du black metal. Ce sont d’ailleurs les passages les plus empreints de cette touche qui passent le mieux l’épreuve de la scène, portés par des tapis de double pédale relativement linéaires et le grondement caverneux du vocaliste (« Bouffon Existentiel », « Dépossédés »). Les compositions à tiroirs retombent toutefois vite dans leurs travers très avant-gardistes, tortueux et imprévisibles, mais pas forcément très intelligibles. Si les ambiances glaciales, sombres et inquiétantes sont toujours au rendez-vous chez Orakle, quel que soit le registre — purement malfaisant autant que peut l’être le black metal ou machiavélique au détour de structures et de mélodies bizarroïdes, plaçant les parisiens quelque part entre Arcturus et 6:33 — cette deuxième partie aura quelque peu coupé la salle en deux, séparant ceux que cet avant-garde blackisante aura réussi à embarquer dans ses méandres atmo-lyriques, et ceux, dont je faisais malheureusement partie, qui n’y auront guère été sensibles.
Orakle (crédits : CC0)

Orakle (crédits : CC0)

  • Hypno5e : Gros changement de plateau pour les intérimaires de la soirée, qui prennent place sur une scène qui présente la particularité d’être dégagée de tout ampli, et donc de comporter de larges espaces libres. Un peu comme dans la salle, curieusement. Si le bar s’est clairement rempli pour la tête d’affiche, et voit s’avancer le public jusqu’aux abords de la scène, on est encore loin de l’affluence connue lors de leur dernier passage dans la grande salle de la MDE avec Trepalium, ou des bourrages que le Grand Kfé a connus avec Seven Hate ou plus récemment Lomepal. Curieux et un peu déroutant quand on sait que le combo sudiste aligne les sold-outs à Paris ou à Nantes. Et ne les vole pas. Une scène et une fosse aérées pour, finalement, accueillir un metal des plus aériens. Les montpelliérains viennent de sortir Shores Of The Abstract Line et confirment avec ce nouvel album leur capacité à marier la puissance de riffs techniques lorgnant vers le djent le plus brutal et la douceur d’accords clairs et éthérés dans de grandes fresques imagées, caractère accentuée par la présence d’extraits sonores de films, qu’on retrouve en live avec des images, ici projetées sur les lames de bois de l’arrière-scène. Parfois difficile à appréhender sur album étant donné la complexité de certains plans, le metal de Hypno5e porte bien son nom en concert tant il se fait captivant. Avec pourtant presqu’une heure et demi de set, le quintet embarque le public dans ses divagations homériques, d’est en ouest, de nord en sud, comme en témoignent les titres du dernier disque illustrant la propension des sudistes à désorienter l’auditeur dans les contrastes de leur metal, tout en le maintenant sous l’emprise de ses atmosphères appuyées par des jeux de lumières travaillés. Sans négliger ses précédents faits d’arme en incluant « Acid Mist Tomorrow », « Tutuguri » ou quelques parties de « Géhenne », le groupe héraultais fera la part belle à Shores Of The Abstract Line, confirmant sur les planches la place sur la scène européenne que mérite son metal progressif, souvent brutal, parfois aérien et toujours introspectif.
Hypno5e (crédits : CC0)

Hypno5e (crédits : CC0)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :