[Chronique de disque] Harm Done – Abuse/Abused

cover harmSorti en février 2016 chez Straight & Alert

Après avoir sorti ces deux dernières années un EP et une tape aux vertus punitives impressionnantes, les nantais franchissent en ce début 2016 le cap du full length et reviennent avec 17 titres dont 14 inédits pour cumuler au total 19mn de vertes brimades. On le rappelle pour ceux du fond qui ne suivent pas, le groupe est à l’origine composé de membres de Raw Justice et Regarde Les Hommes Tomber (sans compter le big boss de S&A au micro). Et cet album semble être — avec cette parade bien martiale — le dernier témoignage de ce line-up puisque des membres de Direwolves et Souvenirs occupent depuis peu une section rythmique laissée vacante, batteur et bassiste voguant désormais exclusivement sous les cieux orageux du black metal. Moins de changement côté visuel, puisqu’on reste sur le créneau vintage « short drop collectif et potence bien garnie » qui a déjà fait ses preuves précédemment. Reste à voir si cette continuité se retrouve dans le son. 

Outre le hurlement rauque caractéristique du chanteur annonçant un blast sans autre forme de préambule, on est également d’entrée de jeu frappé en pleine gueule par le son, qui retrouve toute son épaisseur et se recentre un peu après les errements du mixage de la demo tape évoquant une bétonnière remplie de parpaings. Ici, et à la différence de leur précédent EP, pas d’entrée en matière instrumentale grandiloquente qui fait s’abattre contre le mur une main de plomb dans un gant de chantier, pour ça il faut attendre l’ « Intro » pesante de la face B. A la place, « A Perpetual Wait », qui synthétise à lui-seul, des blasts à la grosse moshpart en passant par le phrasé haché, l’essence de Harm Done.

Le powerviolence dévastateur des nantais aligne donc les assauts ultra-brutaux au gré de variations rythmiques qui déterminent l’ampleur de la destruction, « Alone » se chargeant d’enchainer les trois principaux registres. Le degré de réussite des morceaux, relativement uniformes il faut bien le dire, dépend donc le plus souvent d’une certaine propension à extraire du tas de gravats un riff simple mais percutant (« Empire Of Dust », « Twice Rather Than Once »), un beatdown qui fait s’effondrer le plancher sous son poids (« Sink Again », « Wall Of Stone »), un groove lourd qui balance dangereusement (« XY Domination », « Bitter End »), un bend strident aussi contondant qu’un coup de scie sauteuse dans le bide (« Sink Again », « Two Worlds ») ou encore une partie vocale qu’on se surprend à gueuler pour couvrir le chantier ambiant. Que ce soit l’a capella d’ « Alone » et celui de « Crooked Friendship » ou les gimmicks de « Big Mouth » et de « Two Worlds ». Le chant à la Ringworm reste un des points forts de l’album et, même si la diction hachée bien stricte ne permet pas de les rendre tous intelligibles, débite des textes parfois politiques — concernant le sexisme (« XY Domination »), les prosélytismes en tout genre (« Big Mouth ») ou les « bavures » policières tristement actuelles (« Blunder ») — approfondissant les habituels supposés ego-trips du leader centrés sur des rapports somme toute compliqués à l’autre et au groupe, qui esquissent déjà un portrait fidèle de toute la dégueulasserie de notre société tracé à coups de gros pinceaux trempés dans la merde. Enfin, quelque part entre les plans de caisse claire joués au marteau-piqueur, les cavalcades d-beat à la Trap Them qui donnent l’impression de galoper dans du ciment frais, et les moshparts provoquant des avalanches de briques façon Integrity, le groupe développe à présent des parties mid-tempos plus punk, d’une vélocité qui évoquera rythmiquement quelques vieux Retox et qu’on retrouve avec plaisir dans « I Am The Mistake », « Abuse/Abused » et « Blunder ».

Harm Done continue donc avec cet Abuse/Abused sa prospère entreprise de démolition avec toute la brutalité qu’on lui connait, abattant les cloisons séparant les différents sous-genres du metal et du hardcore pour délayer dans sa gâche graisseuse à gros coups de truelle des influences allant du grind au holy terror en passant par le punk-hardcore pour aboutir à un powerviolence dont l’épaisseur n’a d’égale que l’hostilité. Là où il aurait donc pu facilement se casser la gueule en transposant sur un full-length un genre fait pour l’EP, le quatuor nantais confirme son écrasante mainmise sur le hardcore metallique hexagonal en livrant avec ce LP ce qui s’apparente à l’une des plus grosses punitions de 2016. Sans abuser.

Abuse/Abused de Harm Done, c’est si tu n’as rien contre : Nails, Sex Prisoner et Mammoth Grinder.

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