[Récit de concert] 11/12/2015 : Klone + Trepalium + Zeus! @ Confort Moderne

Pour la dernière soirée metal du Confort Moderne avant longue fermeture pour gros travaux et importante mise à jour (plus d’infos ici), l’Oreille est Hardie mettait à l’honneur les acteurs locaux en ouvrant sa programmation au collectif poitevin Klonosphère. Avec une année faste pour le label, auteur de quelques grosses sorties, et un partenariat avec Pelagic qui devrait lui ouvrir quelques portes notamment chez les poids lourds du post-rock, c’est pourtant une affiche plutôt classique qui nous était proposée, rappelant celle du 10ème anniversaire du collectif fêté en 2012. Une place était cependant faite à une formation étrangère, probablement la plus audacieuse et éloignée des standards metal que Klonosphère ait signée.

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  • Zeus! : Et nous vous avions parlé de Motomonotonodernier album en date de ce duo italien que nous suivions depuis leur précédent album auquel participait Justin Pearson (RetoxThe Locust), en tant que guest mais aussi comme patron de label. Représentant d’une scène transalpine réputée au travers de formations comme Zu ou Mombu, le binôme basse-batterie fait l’économie d’un saxophone pour développer une noise complexe, intense et mutante. D’apparence simple, dans la configuration instrumentale à l’avant-scène comme dans la façon dont les acolytes se présentent sur scène — torse-nu direct pour l’un, marcel-bandeau-sunglasses pour l’autre — leur jazzcore se révèle aussi hirsute et échevelé que leur système pileux. Avec une première partie de set majoritairement consacrée à leur dernier album (« Enemy e Core », « Colon Hell », « Shitfing », « Forza Bruta Ram Attack »), les deux imolesi donneront du fil à retordre aux headbangers qui commencent à remplir la salle, et peinent à suivre les signatures rythmiques alambiquées et les à-coups saccadés et imprévisibles traduisant l’urgence des morceaux. Le live révèlera par ailleurs de nombreux aspects difficilement perceptibles à la simple écoute de cet enchevêtrement de basse rapeuse et de batterie tricotante : les multiples effets sur la basse provoquant des sonorités synthétiques, la place des cris dans le magma sonore proposé, un toucher particulièrement fin de la part du batteur qui donne une couleur jazzy aux morceaux récents, et surtout une coordination impressionnante à voir entre les deux musiciens qui se repèrent sans souci dans ce sac de noeuds rythmique. La dernière partie de set, ainsi que le rappel, se focaliseront davantage sur Opera, offrant une place plus importante aux titres plus directs et linéaires, permettant de s’échauffer un peu plus facilement les cervicales et de faire monter la pression.
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Zeus! (crédits : Julien Kors)

  • Trepalium : Il y avait en effet beaucoup d’attente pour le retour des deux-sévriens à Poitiers, qui devaient boucler la boucle et achever la tournée succédant à leur superbe EP Voodoo Moonshine là où elle avait commencé. Leur prestation l’an dernier à la Maison des Etudiants avait laissé entrevoir une scénographie travaillée, des costumes aux décors en passant par le maquillage du chanteur, et le show devait rester grosso modo identique, les dessins vaudous ornant les amplis et les grosses caisses étant peut-être une des rares nouveautés. Côté setlist, pas de changement non plus, avec un début de set focalisé sur le dernier EP et ses larges incursions jazzy typiques de la Nouvelle-Orléans du début du siècle précédent. La salle bien remplie restera cependant assez insensible à ces petites subtilités swing cuivrées pour faire honneur aux grosses bourrinades death en retournant le pit. C’est à peine si, après qu’ « Inner Hell » lui ait été dédiée, l’hommage appuyé à Shy’m par le dénommé Jojo faisait retomber l’ambiance. Un bestiau d’un quasi-quintal lancé de toutes ses forces sur une fosse tout juste pubère de 15 ans de moyenne d’âge (oui, le public de Trepalium se renouvelle sans souci), ça fait pourtant une belle vautre. Du reste, pas grand chose d’autre à dire, sinon que ce groupe assure des branlées pas possibles en live, avec un sens du groove incroyable, ne serait-ce qu’à travers quelques titres comme « Sick Boogie Murder », « Insane Architect » et le « Usual Crap » en conclusion non négociable, le combo étant assez intraitable en ce qui concerne le concept de rappel. Avec un chanteur qui ne vomit pas entre les morceaux, un batteur en apnée qui tabasse à la double grosse-caisse malgré une intro sur « Prescription Of Crisis » simplifiée et un sample lancé accidentellement pendant le pont de « H.N.P. », et des guitaristes qui haranguent la fosse et font péter le scat, on pouvait difficilement attendre autre chose que le gros coup de pied au cul dans la gueule reçu, le dernier d’une belle année pour Trepalium.
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Trepalium (crédits : Julien Kors)

  • Klone : Bien que le groupe poitevin soit évidemment central, comme son nom l’indique, dans la Klonosphère, il aurait peut-être été plus cohérent, alors que le Confort Moderne fumait encore du brasier allumé par Trepalium, de se placer avant dans l’ordre de passage. Car si le prog’ — de moins en moins — métallique à la Tool du quintet est capable de distiller de très belles ambiances éthérées portées par un duo de guitares alternant les accords distordus et les arpèges vaporeux ainsi qu’un chanteur charismatique irréprochable dans l’exécution de ses lignes de voix claires aussi puissantes que mélodieuses, l’intensité retombe tout de même quelque peu et rafraichit une fosse un peu plus clairsemée qui dégouline encore de sueur. Et Klone n’était peut-être pas vraiment Klone, sans Mathieu Metzger, dont les bruitages et arrangements sont pour beaucoup dans les atmosphères magnifiques des compositions, Jean-Etienne Maillard remplacé par Julian Gretz (PsykupDwail), et sans son batteur Florent Marcadet, peut-être l’absent le plus marquant. Remplacé sur la tournée Here Comes The Sun par Morgan Berthet (Myrath, Kadinja, passé par Hardcore Anal Hydrogen), impeccable techniquement, mais parfois un peu trop concentré sur son oreillette ou son twirling, équipé d’un kit manquant de volume et à qui il manque de temps à autres un peu de toucher pour reproduire parfaitement les parties originales de « Give Up The Rest » et « The Drifter », le désormais batteur de Carpenter Brut et Hacride se fera désirer dans le public, tandis qu’un « il est où le vrai batteur? » fusera entre ces deux morceaux. Au bout d’un set introduit par le bien nommé « Immersion », conclu par la traditionnelle et superbe reprise d’ « Army Of Me » en rappel et marqué par la présence des trois derniers albums (« Siren’s Song », « Rocket Smoke », « Immaculate Desire », « Nebulous »…), on retiendra surtout la capacité du groupe à embarquer le public dans ses pérégrinations majestueuses, à l’immerger tout entier dans son univers clair/obscur onirique.
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Klone (crédits : Julien Kors)

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