[Récit de concert] 27/11/2015 : Yussuf Jerusalem + Double Cheese @ Zinc

Deuxième soirée du festival Culture Bar-bars après une ouverture correcte et plutôt sympacool mais avec un petit goût de déjà-vu (Goodbye Diana, Lahius et Epiq). Finis les louvoiements math-rock/stoner/tropico-noise, on se recentre un peu avec une programmation 100% garage. Et quand le prestige de la tête d’affiche se heurte au principe du prix libre, les salles se remplissent assez facilement. C’est ce qui arrivera ce vendredi soir avec une cave pleine à craquer du début à la fin (ce que je n’avais plus vu depuis un bon moment), et une belle soirée proposée par Gheea Music.

affiche yussuf

  • Double Cheese : On retrouve là des membres des Skeptics, qui ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable lors de leur passage au Relax en ouverture de Los Tones. C’est donc avec, il faut bien le dire, quelques a priori que je me fraie un passage parmi un public déjà dense, que cette dégaine mi-désinvolte, mi-cool, mi-surtout-très-poseur ne dissipe pas vraiment. Au contraire de leur garage-punk bien plus convaincant que celui des Skeptics, plus direct, urgent, et débarrassé de toutes velléités psyché peu concluantes. La réverb’ est à fond, la disto agressive et la batterie sonne comme un vieux kit tout juste sorti d’un grenier : le son est donc parfaitement adapté aux miaulements trainants du chanteur, à la formule trois-accords tout en percussion de la guitare et au jeu bancal du batteur accusant quelques petites baisses de tension. C’est là tout le paradoxe de ce garage, qui reprend les sonorités complètement pourries savamment recréées sur du matos relativement correct, tout en débordant sur un riffing plus nerveux empruntant au punk-pop des Buzzcocks des débuts ainsi qu’au surf de feignant plus adapté aux siestes sur la plage qu’aux glissades dans les tubes. Ce qui tombe plutôt bien pour des rochelais. De façon générale, Double Cheese s’inscrit donc dans la vague générale des jeunes gens modernes d’aujourd’hui, qui entre nonchalance non-feinte et attitude arrogante un peu trop mignonne pour être totalement spontanée, s’échinent à entretenir la flamme d’un revival garage frenchie calqué sur les têtes de gondole US de Burger Records, attisé par Born Bad et fortement localisé sur Bordeaux. Ce qui fait un certain nombre de « b », vous en conviendrez. Une lettre qu’on se permettra d’utiliser une dernière fois comme sentence finale : un « b » comme « bien ».
Double cheese

Double Cheese (CC0)

  • Yussuf Jerusalem : Ce sera en effet difficile d’aller plus loin que ça, et on relativisera forcément notre enthousiasme pour Double Cheese devant le contraste existant entre les deux shows de la soirée. Car si la fraicheur juvénile des deux rochelais pouvait effectivement introduire la soirée de façon plutôt divertissante, le trio venu d’on ne sait trop où (entre Paris et le Jura) plaçait le curseur de la classe à de nombreuses encablures de la Charente-Maritime. Officiant là-aussi dans l’écho diffus d’amplis crachotant des riffs et une voix nasillarde au travers d’une réverb’ savamment dégueulasse qui crépite entre les morceaux, la formule live se démarque clairement des enregistrements par la présence plus flagrante d’un batteur qui cogne sèchement (ce sera d’ailleurs la dernière fois) et d’un bassiste impressionnant de facilité. Les deux apportent clairement du relief au garage lo-fi qu’on retrouve sur A Heart Full Of Sorrow et Blast From The Past, l’un en lui imprimant des rythmiques plus appuyées, l’autre en y adjoignant des lignes de basse mélodiques hypnotisantes loin de se contenter d’approfondir la guitare. Sans dénaturer les accents rythm & blues de ballade à la Animals de « The Path Of Paladin », « The End Of Tomorrow » et « A Heart Full Of Sorrow » ; garage plus récent et psyché façon Black Lips ou Thee Oh Sees de « Through Winter’s Darkest Days » et « At The End Of The World » ; voire même black-metal de « Gilles de Rais » justifiant l’imagerie gothico-flamboyante du groupe, le line-up live donne une coloration plus rock à ces morceaux et un réel coup de fouet aux petites merveilles que sont « Cruel Love Song » ou le refrain de « Greetings From Novi Sad ». Avec une cave complètement pleine, un agent de piste au premier rang qui fera atterrir un bon paquet de Boeing entre deux refrains récités religieusement (et pourrira du même coup la vue aux spectateurs derrière lui) pour finalement se barrer avant les trois rappels, Yussuf Jerusalem brisera clairement le mythe du groupe misanthrope et hautain qu’il se traine depuis quelques interviews certainement un peu trop romancées, pour montrer trois gars pas vraiment échaudés par une tournée outre-Atlantique sur les routes étasuniennes. Celles-là mêmes que sillonnent leurs deux albums.
Yussuf Jerusalem (CC0)

Yussuf Jerusalem (CC0)

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