[Récit de concert] 12/11/2015 : Pigs + Sofy Major + Million Miles @ Grand Kfé

Après une soirée en partie consacrée au label lyonnais Apathia l’an passé, le Grand Kfé de la Maison des Etudiants accueillait deux têtes de séries de chez Solar Flare Records. Issu de ce label clermontois, Watertank avait déjà reçu un bon accueil alors qu’ils concluaient le jubilé de The Phantom Carriage. Là, après que les deux têtes d’affiche du soir aient sorti leurs derniers albums respectifs coup sur coup, Poitiers devait constituer l’avant-dernière date d’une tournée d’un mois passée par pas moins de neuf pays d’Europe. L’occasion pour le bar de la MDE de continuer à ferrer des poissons de plus en plus gros, et de plus en plus exotiques.

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  • Million Miles : C’était un peu la caution locale de la soirée, il sera difficile d’y voir autre chose. Un peu déconnectés des bûcherons qui devaient leur succéder, les poitevins et leur post-rock atmosphérique, éthéré, jurait quelque peu avec la promesse d’une affiche bien grasse. Certainement plus à l’aise en première partie de Klone et de leur dernier album rayonnant, Million Miles avec ses arpèges scintillants et son chant clair féminin s’inscrit donc dans ce sillon, même si un certain manque de relief dans les compositions les rapproche plus de la dernière coqueluche FM bien empaquetée que des introspections plus singulières de Karnivool. Encore un peu jeune, la formation se montre encore peu à l’aise sur scène, et peine à emballer des compositions souvent un peu molles. Le quintet bénéficiera cependant d’une salle bien remplie, peut-être pour bonne partie par des connaissances. On ne s’en voudra donc pas de les laisser entre eux pour aller terminer l’apéro.
Million Miles (crédits : JF Caillaud)

Million Miles (crédits : JF Caillaud)

  • Sofy Major : Les clermontois avaient joué les seconds couteaux de luxe au dernier Hellfest, ils se retrouvent cette fois embarqués dans la valise de Pigs pour chauffer les amplis que les deux groupes partagent. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le son gras et massif du power trio — en plus de justifier cette appellation souvent usurpée — fera fumer les baffles. Bien axé sur Waste (leur dernier album en date et, de l’avis unanime, plus abouti qu’un Idolize déjà prometteur), le set mettra surtout à l’honneur des musiciens à peine éprouvés par les kilomètres avalés au cours du mois écoulé, le chanteur sous sa casquette de camionneur canadien réussissant sans peine à surmonter de son timbre rauque les tronçonnements de sa propre basse, et le batteur bûcheronnant allègrement ses baguettes une par une au détour des frappes assénées aux fûts gigantesques. L’album tout frais dévoile ses multiples facettes et oriente le concert dans les méandres d’une noise épaisse qui trouve son unité dans la puissance, mais se décline sous des aspects groovy (« We See Fire », « Devotion Man »), parfois tendus (« Waste »), voire complètement écrasants sous leur poids (« Slow Everywhere », « Black And Table » et son final martial). Se détachant du reste, « Infinite Pills » ramène un peu de fraicheur dans le set avec ses accents stoner à la Drawers, comme une virée en camion la tête par la fenêtre, tandis que « Turning Point » confirme définitivement son potentiel fédérateur qui trouve sa source dans un refrain chanté extrêmement efficace. C’est finalement un groupe qui semble super content d’être sur scène qui en descend au terme d’un final où les toms (qui auront pour beaucoup participé à rendre la masse sonore encore plus dense) seront une fois de plus martyrisés. De quoi laisser le plateau dans les meilleures conditions pour la tête d’affiche prestigieuse du soir.
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Pas de photos pour les deux groupes suivants, donc cette illustration représentative (crédits : Lumberjack en CC-BY-NC par ap.)

  • Pigs : Son passif dans Unsane l’aura précédé, et c’est donc sans étonnement qu’on retrouve aux pieds du guitariste du trio une salle bien remplie avec un fan club aviné et bien bruyant au premier rang. Bassiste emblématique de la scène noise nineties, Dave Curran s’essaie dans Pigs à la six-cordes pour labourer les mêmes sillons pâteux que son autre formation. Pourtant, et dès l’arpège introductif de « The Life Pink » qui ouvre le set au ralenti et agrémenté de quelques pains, on sent le leader relativement peu à l’aise avec deux cordes en plus. Et il le confirmera plutôt tout au long du set en se montrant crispé sur les parties mélodiques, et multipliant les petits blackouts en laissant tomber son pick. A l’inverse, le bassiste intérimaire (qui n’est autre que celui de Sofy Major), remplaçant au pied levé le titulaire resté outre-Atlantique pour profiter des joies de la paternité, s’acquittera sans peine de sa tâche en offrant au hardcore noisy du combo l’arrière-plan monolithique qui sied aux grincements dissonants de la guitare et aux patterns rampants d’un batteur inexpressif. Plus à l’aise au micro qu’à la Les Paul, le leader canadien devisera tranquillement dans un français impeccable avec les brailleurs du premier rang, mais se montrera surtout percutant dans ses hurlements malsains, vicieux, et déformés par la saturation, recroquevillé sur son pied de micro réglé à un mètre. D’autant que ceux-ci se confronteront à une masse sonore qu’il ne cessera de faire augmenter à mesure que le set avancera. Au-delà des trois titres incontournables de Wronger que sont « The Life In Pink », « Amateur Hour In Dick City » et « Make Sure To Forget », Pigs pioche allègrement dans son précédent album pour ne garder que le plus gras de sa discographie. Mais — et la salle bien vide tandis que le bordel bruitiste du tripotage de pédales qui achève la soirée ne pourra me donner tort — il aura quand même manqué quelque chose au trio pour surpasser Sofy Major.
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