[Chronique de disque] Blacklisters – Adult

blacklistersSorti le 15 octobre 2015 chez A Tant Rêver du Roi, Handshake Inc. et Smalltown America.

C’est la rentrée pour tout le monde, et nos labels français préférés n’ont visiblement pas chômé durant les vacances. KythibongSolar Flare Records, Head Records, et les palois d’ATRDR ne dérogent pas à la règle. Ces derniers sont allés piocher dans les valeurs sûres de leur catalogue et l’enrichissent encore un peu plus grâce aux britanniques de Blacklisters, dont ils avaient déjà sorti l’excellent précédent opus. Les anglais nous reviennent donc avec un nouveau LP à l’artwork magnifique, qui remet toutefois en question la prétendue maturité annoncée par le titre de ce bel objet.

Ce dont on peut être sûr, en revanche, c’est que les années 90 n’ont pas vraiment tenu compte du changement de décennie, de siècle, de millénaire, et continuent à marquer de façon évidente nombre des sorties actuelles. Ce LP est imprégné de cette époque, et d’un post-rock massif qui semble effectivement avoir atteint l’âge adulte. Si le collectif béarnais rassemble en son sein tout ce que la grande famille noise peut compter comme courants, avec ses batârds jazzy (Sec), matheux (Piscine, Vélooo), et plus infidèles encore (Francky Goes To Pointe-à-Pitre, Heliogabale), ce groupe est indubitablement à placer à la table des gros balourds mâtinés de grunge que sont Shub et Ultracoït, pour rester dans la même maison.

Adult offre ici une succession de titres protéiformes qui le font évoluer et empêchent de le confiner dans une case aux contours bien délimités. Bien sûr, on trouvera toujours des dénominateurs communs permettant de donner une cohérence à l’album, que ce soit cette basse tronçonnante, les hurlements ou marmonnements éperdus et désarticulés du chanteur, ainsi qu’un certain sens de la répétition abrasive. Mais Blacklisters joue sans cesse sur les variations d’intensité, la façon dont se répondent la basse et la guitare, et les dynamiques imprimées par la batterie.  « Shirts » introduit magistralement l’album tout en lourdeur mécanique, et répond en cela aux ultimes refrains de « Priss » et « Downbeat », tout deux enserrés entre une unique note de guitare lancinante. Entre les deux, l’urgence se fait sentir dans la stridence des accords à contretemps de « Cash Cow » ou « The Sadness Of Axl Rose », et finit par déboucher par les explosions de violence dissonante que sont « I Knock Myself Out » et « Power Balad » que ne réussiront pas à contenir « Weasel Bastard » (boucle Shellacquienne sinueuse et feutrée qui finira par dégoupiller) et « Dream Boat » (pièce post-rock aérienne avec une ligne de basse enlevée digne de Gâtechien).

Blacklisters, sans réinventer le rock, entretient la filiation d’un genre dont les vrombissements de basse répétés avec obsession hantent des caisses de disques entières depuis plus de vingt ans. Adult s’inscrit donc pleinement dans cette lignée, le sens du riff discordant et les cris éthyliques et postillonnant lui permettant de se démarquer de la masse et d’en faire un album essentiel dans le genre. Quand ATRDR se la joue AmRep à la française, ça ne présage forcément que du bon, et cet album en est la preuve. On attend maintenant d’en subir toute l’énergie dévastatrice sur scène, d’où les anglais ne devraient vraisemblablement pas être blacklistés, bien au contraire.

Adult de Blacklisters c’est si tu n’as rien contre : The Jesus Lizard, Pissed Jeans, McLusky etc. etc.

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