[Récit de concert] 19/09/2015 : Strktur + Saucisse Cocktail + The Finkielkrauts + The Vibrafingers + Ed Warner + Drame + Novak + Cid + Dodecaflegmatron + Braziliers + Mange Ferraille + Futuroscope + Alma + Crook Heads @ Tours de Fête #3

La tradition est désormais bien ancrée dans la capitale indroligérienne, où pour la troisième fois consécutive, la Belle Rouge et son jardin accueillaient l’assemblée générale annuelle de la coopérative tourangelle du fun, dûment représentée par ses sociétaires les plus éminents : Cocktail Pueblo, Wolfpack, Collectif Mlp et Dirty Guys Rock. Comme d’habitude, des activités péri-musicales sont là pour maintenir le taux d’endorphine à niveau constant entre les concerts, et on mentionnera cette année de concours de double-pédale rendu possible par une prouesse technologique assurant un comptage de haute précision, qui remplacera la tombola coutumière à la distribution de cadeaux improbables. Invité incontournable de cette célébration de la bamboule, le soleil sera bien de la partie et accueillera d’ailleurs le premier groupe ouvrant le bal sous la tonnelle de la cour.

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  • Crook Heads : Et ce premier groupe est sorti de la tombe exprès pour ce Tours de Fête, ces véritables champions de l’exclu ! Avec le MEDEF du rock tourangeau dedans (le PDG de Wolfpack et le PDG de Dirty Guys Rock membre d’Ed Warner/Saints And Sinners), le groupe a du cesser ses activités au début des 2010’s et est revenu nous saucer façon DC dans la droite lignée des Bad Brains, à base de titres d’une minute, de riffs furtifs et de chant mi-trainant mi-mitraillé (même s’ils préféreront reprendre Negative Approach, et feinter un cover de Nirvana). Dans le but d’améliorer l’expérience utilisateur, les quatre nous feront partager l’intimité d’une de leurs répèts, multipliant les trous de mémoires sur les paroles, les petits pains par-ci par-là et foirant dans les règles le départ de « TMNT ». Autant dire que les retrouvailles avec les copains du coin se sont donc faites dans une rigolade qui devait perdurer jusqu’au bout de la nuit.
  • Alma : On reste ici dans un registre hardcore, avec quand même un bond de plusieurs années en avant, une délocalisation dans les pits de New York, et des gros riffs de metal en plus. Le lead féminin (qui mériterait parfois un peu plus de coffre et d’assurance) évitera difficilement la comparaison avec Walls Of Jericho, donc on la fera aussi, même si on soulignera les accointances thrash du combo qui feront pénétrer Anthrax dans la Belle Rouge sur « There’s Hope », par exemple. Tapis de double-pédale (pas forcément mis à l’honneur par la sono), moshparts, breakdowns : les codes du genre sont respectés, et la section guitare-basse-batterie est bien en place. Quelques passages plus rapides aideraient cependant à emballer la machine définitivement. Sans être complètement beatdown, le HxC d’Alma se fait massif et bien lourd (un peu à l’image de leur humour basé sur le vomi), grosso modo dans le délire de Hatebreed, et devrait, malgré des débuts bien récents, rapidement se faire une place dans une scène française bien peuplée (Indust, Providence, WhoIampour ceux que j’ai déjà vus).
Crook Heads (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

Crook Heads (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Futuroscope : Bien connus des internets libres à cause du (grâce au?) choc des titans qui oppose le groupe à cette verrue d’attraction trônant sur la plaque d’eczéma urbaine qu’est la zone commerciale de Chasseneuil-du-Poitou (que la présence d’un Conforama suffit apparemment à nommer « Les Portes du Futur ») et avec qui ils partagent un nom, les tourangeaux le sont aussi par le CV de leurs membres, qu’on retrouve dans Pneu ou The Finkielkrauts. Je ne donnerai évidemment jamais raison au parc dans cette tentative de privatisation du vocabulaire, mais ne pourrai toutefois guère m’empêcher de faire une analogie entre les deux Futuroscopes : pas mal de monde les apprécie sans que je ne comprenne bien pourquoi, et il y a beaucoup d’attente pour qu’il ne se passe au final pas grand chose. Ainsi décrirais-je le kraut ultra-répétitif et pas si progressif que ça de ce quatuor basse-batterie-synthé-trompette, qui s’étale sur des envolées cosmiques d’un quart d’heure chacune, desquelles je reste définitivement bien loin, vissé au plancher des vaches. J’étais plus proche du bar, d’où j’écoutais les deux morceaux composant ce set dont je retiendrai surtout le sous-emploi d’un batteur d’ordinaire exceptionnel.
  • Mange Ferraille : L’interlude prog’ consécutive à l’entame plus fofolle continue et on aura là aussi droit à seulement deux morceaux, d’une dizaine de minutes chacun. La saturation de la section guitare/basse et la vélocité des patterns rendent cependant la noise du trio bien plus rugueuse que leurs prédécesseurs et m’agrippent plus facilement. On reste dans le domaine de l’expérimental, avec des embardées bruitistes sur fond de larsens qui les rattachent définitivement à la noise façon Chausse Trappe, tout en mettant à profit une science du riff bien rocky. Les progressions sont ici vraiment progressives et parviennent à créer un sentiment d’hypnose à mesure que les accords se succèdent, que la rythmique nous embarque dans ses méandres tortueux et que l’intensité augmente petit à petit. Trick tip : si en plus vous fixez la tête de guitare qui se balance inlassablement pour appuyer les répétitions, il y a moyen de finir en transe.
Braziliers (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

Braziliers (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Braziliers : Petite pause fraicheur à l’extérieur, sous la tonnelle, avec une nouvelle exclu Tours de Fête. Un projet tout nouveau tout chaud monté par l’ensemble des membres de Piano Chat et de Ropoporose. Soit un batteur ainsi que deux guitaristes et plus encore, mais surtout un background pop qui ne nous est pas plus familier que ça et sur lequel on ne s’est jamais (peut-être à tort) vraiment penché. Au jeu de la bricole, les trois ne sont pourtant pas les derniers, et jouent dans le même bac à sable que Funken (éternel maître de cérémonie à Tours de Fête) ou Mein Sohn William, assemblant de petites mélodies de poche et des voix haut perchées dans des ritournelles aussi légères que minimalistes. Des premières mesures sur des rythmes latino comme dirait Lorie, au dernier titre plus expérimental respirant la bidouille avec ses instruments improbables et pouvant rappeler le Velvet, Braziliers aura animé la boum du goûter avec la tendresse d’un petit ourson de chocolat.
  • Dodecaflegmatron : Et dans le rôle du grand-frère qui vient rouler sur le gâteau avec sa mobylette pour briser l’instant mignon, on trouve ce duo composé à 50% de 50% de MyBodyHorse, accessoirement PDG du Collectif Mlp (ça en fait du PDG !). Dans un délire nettement moins bluesy que le groupe sus-nommé, les deux performeurz de l’estrème font bouilloner dans une baignoire d’acide ce que l’électricité et l’électronique peuvent livrer de plus brutal. A côté, Atari Teenage Riot, c’est Modern Talking. Les riffs bien talmé balancés par un gratteux qui annonce la couleur avec son t-shirt Meshuggah assènent les premiers coups de lame, les bruitages dissonants sortent de l’orgue et du thérémine pour donner une dimension psychologique à l’agression, tandis qu’une boite à rythmes bloquée sur 250bpm termine ce qui reste à coups de marteau-piqueur. Digital power-violence, electro-grind, les qualificatifs ne manqueront pas pour qualifier ce nouvel OVNI qui ravira les amateurs du jeu Pandemonium sous speed.
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Dodecaflegmatron (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Cid : Le syndicat de la bamboule est une grande famille qui ne se sépare jamais de ses membres. Aussi, lorsqu’un d’entre eux s’expatrie à Paris, c’est avec plaisir que les portes de la teuf lui sont ouvertes lorsqu’il redescend en terre tourangelle. Bien accueilli par les copains du coin, le six-cordiste en question a ramené avec lui quatre compères qui ne sont visiblement pas les derniers pour la déconnade. Le joyeux drille au k-way ananas qui tient le micro sait en effet y faire pour créer du lien et contribuera au même titre que le public à la séance d’essayage de fringues la plus hardcore et limite thrashouille de tous les temps. Le pit labourera allègrement les graviers de la cour tandis que s’égrèneront les titres ultra-compacts, maximum 2mn, issus de leur démo et de leur EP (cherchez pas ils y étaient quasiment tous), ainsi que quelques nouveautés et un « Alcoholic » chanté par le guitariste. Philosophes, les parisiens conceptualiseront cette journée avec brio : « Tours de Fête c’est vraiment la fête ». Avant de lancer leur tube « Party Hard », c’est dire s’ils savent de quoi ils parlent.
  • Novak : Toujours plus de hardcore ! Mais mollo sur le fun et va pour un peu plus de tourments. Associé aux poitevins d’Inperil sur un split sorti l’été dernier, le quintet suit le sillon tracé par des formations comme Modern Life Is War, Touché Amoré, qui font de l’émotion une source de violence à fleur de peau qui se traduit au travers de riffs dissonants et urgents et de voix torturées. Et preuve qu’à la fin, c’est toujours la fête qui gagne, les mecs sont loin d’être au fond du trou ! Ils ont même l’air plutôt tranquilles, passant le plus clair du set dans la fosse, à cabrioler avec les premiers rangs, et laissant souvent le batteur seul sur scène pour amorcer les patterns explosifs qui serviront de toile de fond au hardcore mélodique de Novak. Le chant en français, pas toujours agréable à l’écoute dans ce style, est en partie mangé par la section instrumentale, ce qui tombe plutôt bien vu que les textes n’ont pas l’air super jovialus. On est quand même là pour rigoler !
Cid (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

Cid (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Drame : Et voilà, l’organisation continue à se la jouer « on invite des groupes au nom pas possible pour faire genre c’est la fête mais pas trop non plus », alors qu’en fait ils croyaient nous faire le même coup en programmant de l’emo juste avant, sans que ça ne prenne le moins du monde! Le présent groupe par son seul sobriquet faisait ainsi présager le pire, craindre la catastrophe. Emmené par Rubin Steiner, personnage éminent de la scène tourangelle, mais loin de lui servir la soupe (je ne savais pas à quoi il ressemblait avant le concert, je ne le sais toujours pas), le groupe occupe une large partie de la cour, étalant batterie, synthés et percussions latino autour d’un bassiste (bon, OK c’est peut-être lui du coup Rubin Steiner), pour développer un space-rock synthétique loin du crash annoncé. Décollage et atterrissage en douceur, vol calme et sans encombres, bercé par l’intensification de motifs répétitifs calés sur des rythmiques à géométrie variable. Une respiration avant le bordel final.
  • Ed Warner : Bon c’est pas Fan2 ici ! On a déjà parlé de ce groupe ici et là aussi, on ne va pas faire que ça. Et le petit short sexy du guitariste n’y fera rien.
The Vibrafingers (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

The Vibrafingers (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

  • The Vibrafingers : Relativement peu connus en dehors de Tours, ce groupe de garage fait pourtant figure de légende dans le coin, et traine un CV aussi long qu’un morceau de Futuroscope. Réputé intenable sur scène, le quintet nous offrira en effet un set bien bordelique, sans pour autant finir en slip comme son passif pouvait le laisser présager (seul le haut tombera). A rebours du revival psyché actuel, le garage de ces vétérans lorgne en effet pas mal vers le punk avec un chant morveux délivré par un frontman outrancier à souhait qui multiplie les poses lascives, une énergie typiquement rock’n’roll se dégageant des riffs qui vont droit au but et des tempos soutenus. Evoquant autant les Etats-Unis à banane psycho des années 70 que l’Angleterre à épingles à nourrice de la même époque, les Vibrafingers maitrisent l’art de la torgnole sur trois accords sans oublier le petit coup de hanche dédaigneux qu’un pattern bien twist vient décocher. Rien de tel que des mecs vintage pour faire du vintage.
  • The Finkielkrauts : Plus jeune, mais aussi plus renommé (ils ont fait les choux gras de la presse même pas underground au début des années 2010), le combo est sorti de la tombe esprès pour Tours de Fête. Et force est de constater que le quintet attire autant que le sinistre personnage à l’origine de leur nom. Sauf qu’eux c’est pour de bonnes raisons. Aussi compressés sur scène que le public dans la fosse, les cinq déroulent leur post-punk mêlant les lignes de basse et la gratte éraillée de Gang Of Four à la tension juvénile et désinvolte de The Rakes, ou plus généralement du renouveau qu’a connu le genre au début du nouveau millénaire outre-Manche. Les conditions du soir rendent cependant le son des académiciens de la guitare plus rugueux, agressif, tout comme le chant du bôgoss qui occupe le devant de la scène. Officiant dans une quasi-pénombre à peu près similaire à celle qui commençait à embrumer mon cerveau, le set fera en plus — sans que je puisse me souvenir avec précision des titres, « Colonizer Hat », « Incorrect », « Technocrat », tous? — une place de choix aux titres les plus nerveux de la petite discographie du combo. Une discographie qui ne demanderait qu’à s’étoffer, pour animer les bals du lycée contemporains.
The Finkielkrauts (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

The Finkielkrauts (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

  • Saucisse Cocktail : Il est vrai qu’après une exclu du calibre d’une reformation des Finky, l’orga pouvait à peu près tout se permettre, et entamer la conclusion de la journée dans le plus grand des n’importe quoi. Alors allons-y, va pour trois grandes saucisses déguisées en bananes qui font du rap. Alors attention hein, du rap de chez Cocktail Pueblo, qui est à NTM ce que La Feeling est à Bernard Minet. « C’était une insulte au hip-hop » entendrai-je même de la bouche de certains grincheux qu’on imagine plus aptes à se tripoter sur Eminem, au sortir de ce set qui manquera quelque peu, il est vrai, de professionnalisme. Pneu, Funken, Kyma, le background du crew a pourtant de quoi laisser rêveur. Mais le krou endorsed by Herta est plus là pour bander les zygomatiques que pour faire froncer les sourcils : zéro flow, des lyrics en toc et des prod’ de bric et de broc. Tout pour le fun et pour les potes, rien dans les guns sinon de la flotte, du hip-hop de cour de récré pour enfultes en régression. Après un feat. avec une B-girl d’un soir qu’on qualifiera pudiquement d’échec cuisant, les trois MCs Tropico nous serviront un dernier cocktail de leur cru, le plus connu, celui à base de rhum et de radis, histoire de se quitter sur une note fruitée, mais qui fait un peu mal au casque et qui rend confus quand même.
  • Strktur : Houlala, le dancefloor se vide peu à peu au son d’un kick régulier qui me martyrise les derniers neurones opérationnels, malgré la relative mollesse de cette techno minimaliste. Il est temps d’aller se coucher en redoutant le dimanche, mais en trépignant déjà d’impatience à l’idée de ce que pourra nous réserver la quatrième édition de Tours de Fête.
Saucisse Cocktail (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

Saucisse Cocktail (crédits : CC BY-NC-SA par Jö)

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