[Chronique de disque] Zeus! – Motomonotono

ZEUS-motomonotonoSorti le 28 septembre chez Three One G, Tannen Records, Sangue Dischi et Klonosphère.

L’été fut propice au repos pour le label poitevin, mais la rentrée s’annonce chargée chez Klonosphère, avec les sorties de Kaets et de Flayed. Mais s’il est bien un nom qui a retenu notre attention à la lecture des nouveautés de leur catalogue, c’est bien celui de Zeus!. Le duo italien nous revient via un album co-produit par un éventail de label internationaux, dans lequel figure notamment celui de Justin Pearson (membre de The Locust ou Retox), Three One G. La surprise, c’était de retrouver à côté le nom de Klonosphère, qui s’éloigne des sentiers purement metal auxquels il est habitué, pour s’aventurer dans des contrées noise et réaliser une sortie qui fleure bon la signature sur un coup de cœur.

Il faut dire qu’au rang de ceux qu’on retrouve là où on ne les attendait pas, les deux italiens sont plutôt bien placés. Après un S/T et un Opera leur conférant une aura puissamment épileptique au sein de la frange la plus avant-gardiste de la scène noise, ceux-ci nous revenaient il y a quelques mois avec un split partagé avec Ornaments, et nous surprenaient du même coup au travers d’une piste de treize minutes (soit douze de plus que leurs titres habituels) étonnamment progressive et empreinte d’une lourdeur qu’on ne leur connaissait pas, bien que le fouillis bruitiste qui s’en dégage fusse pour sa part bien identifiable.

Avec ce nouvel opus, Zeus! continue dans cette optique déstabilisante, en adjoignant à des éléments connus de nouvelles approches nées d’une exploration forcenée qui poussent encore un peu plus loin ses expérimentations noisy. Car pour retrouver le groupe qu’on connait, c’est paradoxalement la deuxième partie de l’album qu’il faut rejoindre, et passer sous le hachoir de « All You Grind Is Love », seul titre de moins de trois minutes nous ramenant aux schémas plus simples et percutants des débuts. C’est également dans cette seconde moitié que « Rococock Fight » se charge de faire le lien entre le Zeus! ancien et la nouvelle cuvée, mêlant les cris et les accès de sauvagerie aux structures complexes qui constituent la principale de nouveauté de cet album. Confirmant ses penchants pour une certaine forme extrême de free-jazz, c’est finalement dans cette voie que s’engage Motomonotono, qui porte plutôt bien son nom, et voit le duo s’aventurer sur  les terres périlleuses de l’abrasion progressive sur fond de constructions tortueuses. « Enemy E Core » établit d’emblée ce parti pris en instaurant un bourdonnement constant que de petites déflagrations viennent briser pour progressivement introduire un motif plus furtif, tout en restant sous l’influence d’une batterie imprévisible. Tout est histoire d’à-coups dans cet album, qui voit l’avènement des patterns saccadés, des signatures rythmiques qui filent la migraine et malmènent le cerveau, moins à cause d’une brutalité martelante que sous l’effet d’une trituration forcenée des méninges, à grands renforts de jazzecoreries sinueuses teintées de zouk (« Phase Terminale »), de beats hip-hop improbables (« Colon Hell »), africanisants (« Shifting ») urgents (« Forza Bruta Ram Attack ») où la basse saturée et dissonante emboite parfaitement le pas aux pulsations irrégulières de la batterie. Pas question de headbanger frénétiquement sur les tempos des titres donc, même si « San Leather » ramène un groove salutaire dans cet album, et que certaines progressions finissent par déboucher sur des explosions finales plus linéaires (« Colon Hell »,  « Krakatoa », « Shifting »).

Avec cet album, Zeus! confirme son appartenance à une scène — bizarrement assez concentrée en Italie — mêlant noise, jazz et hardcore, même s’il déplace le curseur des furies brutales hardcore façon The Locust des débuts vers des structures plus compliquées à tendance jazz et une approche répétitive des motifs typiquement noise. Seulement, l’exercice est périlleux, et fonctionne bien si les plans exploités percutent d’emblée. Là, la complexité des rythmiques surcharge un peu les compositions et rend l’album peu digeste. L’interlude synthétisée et trop contrastée qu’est « Panta Reich » n’y changera rien. Motomonotono est donc un album charnière, qui voit le duo basse-batterie sortir de sa zone de confort pour, même si tout n’est pas encore au point, montrer des tendances encore plus expérimentales tout en confirmant ses facilités à sculpter le bruit. Moins brutale et dense qu’auparavant, plus imprévisible et serpentueuse que jamais, où donc frappera la foudre de Zeus! la prochaine fois?

Motomonotono de Zeus!, c’est si tu n’as rien contre : Zu, Mombu, Kouma.

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