[Récit de concert] 06/06/2015 : René Binamé + Gasmask Terrör + Bitpart + Daily Ritual + Ed Warner @ L’Etincelle (Anarchist Black Cross Fest)

On s’y est tellement mis bien la dernière fois qu’on y a foutu les pieds, que lorsqu’Odiebi (asso? collectif? individu? qui fait venir ce que la scène hardcore DIY compte de meilleur sur Snam Hell (72) et aussi sur Angers faut-il croire) a annoncé qu’il remettait le couvert à l’Etincelle, on n’a pas hésité une seconde à sécher le final de Less Playboy is More Cowboy, largement moins excitant que son ouverture. Affiche béton — internationale qui plus est — et thune récoltée au profit de l’Anarchist Black Cross : il n’en fallait guère plus pour remplir une bagnole en vitesse et tailler la route direction l’Anjou. Pour info, l’ABC est un collectif apportant un soutien matériel et juridique aux prisonniers politiques ne pouvant bénéficier de l’appui des associations réformistes de merde, qui estiment visiblement que les antifascistes russes devraient se laisser buter en gardant les bras croisés plutôt que d’employer la violence. Voilà pour le contexte : en avant la musique !

affiche abc

  • Ed Warner : Dans la plus pure tradition tourangelle, qui ne compte plus des all-stars bands s’échangeant des membres entre eux, ce quartet est un agrégat réunissant des membres de Verbal Razors, Goat Cheese, Reggae Night, Saints And Sinners… Déjà passés par Poitiers en compagnie des Washingtonians, le groupe a depuis un 10′ et une tape de plus au compteur. Et quelques bpm aussi. Il faut dire qu’en l’espace d’un Apocalypse Buddies sorti entre autres par notre compatriote pictavien de chez Gheea, les morceaux se sont délestés d’une bonne soixantaine de secondes pour ne dépasser que rarement la minute trente (« Toilet Earth », « Crimes », ou le « Gig In Crystal Lake » servi en ouverture). Flirtant désormais avec les tempos avoisinant les 200 battements à la minute sur le mode « y’en a un peu plus, je vous le mets quand même? », Ed Warner signe donc une entrée fracassante dans le monde merveilleux du fastcore/d-beat sans se départir de la touche old-school façon Minor Threat qui rend leur son encore un peu plus direct, sans artifice. Du fun, le combo en livre également par palettes, à travers quelques textes légers et éthyliques (« Drama Of My Life », « Who Stole My Beer? ») ou plus sensés (« Dieu Est Amour », « What’s The Point? »), et — encore mieux — mêlant les deux dans un grincement sarcastique (« New Youth »). Parmi les riffs de gratte et le mitraillage en décroisé du batteur, il sera cependant difficile de les distinguer. Un peu comme les yeux du chanteur qui se changent en deux petites fentes dont l’étroitesse augmente de façon proportionnelle à l’intensité de ses cris. Ça semble être une habitude dans les journées organisées à l’Etincelle, les premières parties placent d’emblée la barre assez haute. Les tourangeaux ne dérogeront pas à la règle avec un TGV-core de bonne facture et sans détour.
Ed Warner (crédit : CC-BY-NC-SA par Jö)

Ed Warner (crédit : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Daily Ritual : Pas la peine de tergiverser, la baffe de la soirée, elle est là. Et elle bénéficie d’un sacré élan puisqu’elle nous vient tout droit de Singapour. Les réseaux DIY ont encore visiblement de la ressource, et c’est une bénédiction tant il aurait été dommage que ce quintet n’arrive pas jusque dans nos contrées. Issu des rangs de Sabotages Rds, qui nous avait déjà offert l’album notable de The New Flesh, on avait déjà là un bon signal sur la qualité du bouzin. Le label allemand continue donc à aimanter quelques-unes des formations les plus tankées de la scène post-punk (du monde : Suède, USA, Espagne…), option underground. Car si Beastmilk est en train de ramener le genre aussi sombre soit-il dans la lumière (sans rien voler, au passage), c’est bien dans les tréfonds d’obscurs bacs à disques, non loin des crusts et autres coreux un peu moins délicats, qu’il s’épanouit le mieux. Et c’est pareil en live, visiblement. Nonobstant l’effet aussi massif que superflu provoqué par la présence de trois guitaristes sur scène (un procédé qui fait ses preuves dans Cobra) dans un lieu aussi réduit que l’Etincelle, Daily Ritual s’avère aussi efficace dans le trocson qu’en microsillon, la version live faisant la part belle aux passages punk fédérateurs (« Coldstore Operation », « You Represent Decay »), sans non plus occulter les sombres mélodies post-punk de « Desperation In A Police State » ou « The Wall ». Le climax de cette intense fresque dystopique aux contours bien réalistes sera quant à lui atteint lorsque, happé par ce maelstrom émotionnel, je me laisserai aller à un sing along exalté en compagnie du chanteur sur « Death And Depression », irradiant l’assistance de mon charisme rayonnant, et achevant d’ajouter encore un peu de classe à ce concert qui n’en avait d’avance pas besoin. Pour finir sur une note plus sérieuse, l’orga nous a déniché là un trésor de post-punk/death rock mélodique prenant le parti de remplacer les accents apocalyptiques inhérents au genre par les aspects les plus vils de notre société, qui peuvent se révéler tout autant effrayants. Une pépite qui ne doit pas passer tous les quatre matins en Europe. Il fallait donc y être, et vous n’y étiez pas.
daily ritual

Daily Ritual (crédit : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Bitpart : Retour en France avec ce trio guitare-basse-batterie parisien qui ramène un peu de fraicheur dans le squat, avec un punk teinté de mélodies pop aussi désaltérantes que la bière ingurgitée précédemment et nécessaire à la digestion du set de Daily Ritual. La disto est donc moins stridente ; le chant clair et mixte partagé entre le gratteux et la bassiste ; et les morceaux piochés sur les nombreux EP, splits ou autres cassettes (excepté le premier LP) sortis par le groupe s’enchainent comme autant de seaux d’eau fraîche s’abattant sur nos tronches transpirantes. La ballade « Where The Heart Is » ouvre le bal et confirme ce que les enregistrements laissaient présager : le chant, malgré des lignes de voix imparables qui restent bien dans la tête, s’avère aussi bancal que les lunettes de la bassiste, d’une justesse approximative, mais qui colle bien avec le pop-punk à fleur de peau du trio, se déroulant sur les mid-tempos servis par un batteur aux faux airs de Damien Jouillerot. La setlist est bien équilibrée et espace suffisamment les temps forts que sont « These Days », « Tiny Box » et « Drifting Away » pour bien maintenir l’attention. Il faudra cependant un rappel exigé — et heureusement — par le chanteur de Llamame la Muerte campé au premier rang pour obtenir une version complète et décente de « These Days », amputée d’un couplet et affublée d’une fin chaotique lors de la première tentative. Ce set empli de douce mélancolie nous ramenant au printemps de nos jeunesses s’achevait donc de la plus belle des manières et nous offrait un dernier appel d’air respirable avant le prochain set, qui s’annonçait bien moins vivable.
Bitpart (crédit : CC-BY-NC-SA par Jö)

Bitpart (crédit : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Gasmask Terrör : C’est toujours compliqué de décrire un set des bordelais, puisque qu’on prête davantage attention à sa propre vie qu’à ce qui se passe sur scène. Je m’y étais essayé la dernière fois qu’ils étaient passés à Poitiers et avaient déclenché un des pogos les plus violents que j’aie vu dans la cave du Zinc. Rien n’a vraiment changé depuis cette fois-là, si ce n’est que les angevins (et les quelques poitevins présents) n’auront pas droit à la traditionnelle reprise de « Misery » des japonais de Bastard en guise de rappel. En revanche, tout le monde aura sa place dans le cycle essorage de la machine à laver (que ne jouera pas René Binamé), et il ne faudra comme à l’accoutumée que trois accords (soit approximativement une seconde, hé oui c’est du d-beat) pour faire du pit une arène où seul sauver sa peau compte. Ce qui vaut aussi pour les musiciens, qui ne disposent évidemment pas du confort d’une scène, ni même d’une barrière de retours pour les protéger. La cannette de bière éjectée de ma main par le coude d’un de mes congénères du public un peu mouvementé manquera ainsi d’éborgner le batteur au cours du second morceau. Autant dire qu’à partir de ce moment, rien ne fut vraiment comme avant, et je préférais me laisser porter par les vagues incessantes partant du fond pour venir m’échouer au pied des musiciens, et repartir d’où je venais la tête contre le plafond. Une dizaine de titres plus tard (soit à peine un quart d’heure), le contenu de mes poches répandu sur le sol poisseux, et le set s’achevait avec comme toujours cette impression que le crust punk est une chose décidément bien trop sérieuse pour être laissée aux crusts. Savoir jouer de son instrument n’est pas une honte. Dites-vous simplement que la disto dégueu de votre ampli suffira à donner l’illusion que vous êtes des vrais punks à l’arrache. Vous aurez ainsi tout le loisir de créer des groupes qui défoncent, comme Monarch! ou Year Of No Light, et quand vous aurez envie de mettre vos talents au service du blitzkrieg de classe, vous pourrez toujours faire la tournée des squats pour faire chavirer les copains sous l’effet de quatre accords pilonnés au laser à 200 bpm.
René Binamé (crédit : CC-BY-NC-SA par Jö)

René Binamé (crédit : CC-BY-NC-SA par Jö)

  • René Binamé : Faire chavirer le public, il fut un temps où c’était du gâteau pour les trois belges. Je me souviens ainsi de la salle Emeraude de Bressuire chauffée à blanc par des ritournelles révolutionnaires exécutées par un combo en parfaite symbiose avec la fosse deux-sévrienne (même s’il manquait déjà le synthé d’Esgibt, tout ne pouvait pas être parfait). Le groupe n’a eu de cesse de tourner depuis et, comme la batterie molletonnée de Bini, semble quelque peu usé par les kilomètres et les bières avalés. L’Etincelle était pourtant comble et n’attendait qu’un peu de carburant pour tout faire s’embraser, mais la communication devait rester minimale, l’exécution des titres expédiée et la durée de set très courte. Un gros gros dommage puisque comme la plupart des personnes présentes, je comptais bien sur ces wallons ayant redonné à l’anarcho-punk toute sa dimension festive pour parachever cette journée dans un moment de communion, de joie, et d’allégresse. Ça ne m’aura tout de même pas empêché de m’époumoner sur les classiques du groupe (« Kestufé du Weekend », « Vocations », « Quelques Mots sur le Cirque Electoral », « Ciao Seize Coups ») ou bien leurs incontournables reprises piochées dans le folklore anarchiste des siècles passés (« Juillet 36 », « Révolte »). Reste le goût amer de l’absence de « La Vie S’écoule », et d’un set un peu bâclé, principalement porté par l’enthousiasme pas vraiment réciproque du public. C’est peut-être mon voisin de comptoir, d’où le trio observait sans réagir les derniers récalcitrants réclamant un rappel, qui résumera le mieux la situation : « les mecs ça doit faire 20 ans qu’ils jouent « la Makhnovstchina » tous les soirs, tu m’étonnes qu’ils commencent à en avoir plein le cul… ».

 

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