[Récit de concert] 02/06/2015 : Meth Drinker + Weak @ Zinc

Quoi de mieux, alors qu’un soleil éclatant irradie les premiers jours de juin de ses rayons les plus ardents depuis bien des mois, que d’aller s’enfermer dans une cave encore imprégnée de la fraîcheur humide d’un hiver pourri pour se voir englouti sous deux coulées de fange successives occasionnées par un assortiment de sludge aussi infect qu’exotique? A contre-courant de la soirée du Relax raccord avec la météo, réunissant le batteur de Deerhoof et la claviériste de Marvin pour un set quasi-improvisé en guise d’amuse-bouche teasant de la création de la Colonie de Vacances jouée quelques jours plus tard en ouverture de Less Playboy Is More Cowboy, le Cri du Néant préférait la jouer un peu moins tranquillou, un peu plus crassou.

affiche meth drinker

  • Weak : Les trois danois qui ouvrent la soirée délivrent un sludge massif, qui peut rappeler les grasses coulées de Crowbar, davantage en mid-tempo et surtout sans les parties mélodiques. En lieu et place, les nordiques font parler la crasse avec des accents crust bien typiques de la scène DIY scandinave (que parodiaient à merveille feu les toulousains de Dissiped). Le chant alterne donc entre growl et aboiements hargneux toujours dans des textures crunchy, salement dégradées, et offre un contrepoint décharné aux litres de graisse dégoulinant des amplis poussés très forts pour l’occasion. La section instrumentale, qui ne va heureusement pas jusqu’à couvrir la voix (la sono est décidément de mieux en mieux au Zinc), joue pleine bourre, si bien que quelques ajustements sont nécessaires pour équilibrer la masse sonore qui se sent un peu à l’étroit sous la voûte. Plutôt que de diminuer la basse un peu trop présente, choix est fait de rajouter de la guitare, tandis qu’un fût de bière est réquisitionné pour contenir la grosse caisse qui choisit de se faire la malle sous les coups de saton du batteur. L’agression est donc totale pour ce premier set, qui réunit la lourdeur et l’épaisseur du sludge et la fureur rauque mais plus vive du hardcore, option crust. Le groupe se paie même le luxe d’un morceau faisant la synthèse de tout ça, qui part en d-beat pour finir sur un down-tempo pachydermique. Aussi appropriés sous les nuages chargés d’électricité de la la Valley du Hellfest qu’au fin fond du squat le plus glauque qu’on puisse trouver, Weak fait la jonction entre deux scènes pour en livrer ce qu’elles comptent de plus crasseux.
Weak (Crédits : CC0)

Weak (Crédits : CC0)

  • Meth Drinker : Ça fait assez bizarre de se dire que le second groupe de la soirée vient nous livrer du sludge océanien, mais les trois weirdos qui occupent la petite scène du Zinc ont traversé le globe et nous viennent de Nouvelle-Zélande. Les tempos ont considérablement ralenti, si bien qu’on se trouve aux confins du sludge et du doom, et on a franchi un cap inverse en ce qui concerne l’ambiance malsaine. Le groupe a déjà commencé à jouer et je me retrouve nez-à-nez avec un des chanteurs les plus flippants que j’ai jamais vu. Cheveux ras, oreilles décollées, coupe-vent informe qui tombe des épaules et short en jean déchiré, le mec tient sa basse pourrave avec l’allure d’un canard, tandis que ses hurlements déforment les traits de son visage pour n’en faire qu’un orifice mugissant. Niveau posture improbable, le batteur n’est cependant pas en reste sur son kit poussiéreux, à frapper sur sa crash bringuebalante avec l’assurance d’un horloger devant une souche à débiter. Un amateurisme apparent qui détonne avec le carré des nombreuses livraisons du combo (un LP, et plusieurs splits/EPs), dont il nous feront l’article ce soir à travers les montées Stella Rectrixiennes version méphitique d’ « Incurable Illness », les vertiges de « 731 » ou encore le récent et plein de larsens « Convulsion » (sans compter les 20mn de set en rab). Seul le guitariste, dont un sticker de très bon goût vantant les bienfaits du fascisme (« Investissements massifs », « Contrôle de la santé »…) orne l’instrument et ajoute à l’atmosphère pestilentielle du set, fait preuve d’un peu d’aplomb. Mais au final, on se demande si ce n’est pas cette forme d’instinct dans le jeu, cette spontanéité — qui, sans mentir, peut parfois faire un peu bricolo — qui place le curseur de la sauvagerie de Meth Drinker au même niveau que celui de la hyène affamée. Le vice, la prédation et le goût pour la chair en putréfaction semblent donc inscrits dans les gènes de ce trio, mêlant l’acidité d’EyeHateGod et la lourdeur de Monarch!, mais n’ayant aucun maître en ce qui concerne la sublimation du glauque en quatre accords.
Meth Drinker (Crédits : CC0)

Meth Drinker (Crédits : CC0)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :