[Récit de concert] 18/04/2015 : We Insist! + Ultra Panda + Barberos + Deux Boules Vanille + Seal Of Quality + Goodbye Diana + Damage Case + Trotski Nautique @ Festival A Tant Rêver du Roi (Jour #2)

On en a déjà parlé pour le report du premier jour (ici), pas besoin de présenter à nouveau cet excellent festival. Profitons-en donc pour nous attarder sur une des meilleures idées de la manifestation : filer un micro-HF à X-OR. Sorte de Monsieur Loyal itinérant animant les pauses entre les concerts, il a fallu attendre le deuxième soir pour que je remarque finalement sa chemise à fleurs, sa petite scène et décide de rester un peu plus longtemps dans la salle lors des changements de plateau. Bingo : on aura droit à une grosse session zouk composée de ses meilleurs titres (« Le Firmament », « Fantasme Discotique ») ainsi qu’une démonstration de force pure dans une ambiance de combat de catch. J’espère juste ne pas avoir raté « Oï! » et « Clopixol » le premier jour…

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  • Trotski Nautique : En préambule au réel début de la seconde soirée, un petit showcase était prévu en fin d’après-midi dans le patio de la médiathèque de Pau, irriguant phoniquement les trois étages du bâtiment et promettait un moment plutôt surréaliste. C’étaient en effet les ritournelles un peu débiles du duo parisiano-caennais qui devaient porter l’étendard du festival hors les murs et divertir le public familial de la bibliothèque. Autant dire que le second couplet de « La Samba » ou « Marty McFly » exécutés devant quelques spectateurs ne dépassant pas les dix ans ne manquaient pas de sel. « Salut on est Christine And The Queens et on a des disques à vendre : 7€ le vinyle, 2€ le CD, 10€ les deux. » Cette introduction n’annonçait que raffinement, volupté et bonnes affaires. La reprise de « Smells Like Teen Spirit » (« Ça sent le Mennen ») et sa violente conclusion par un lancer de flûte que n’aurait pas renié David Chaussure a montré qu’il n’en serait rien. A noter l’absence de la setlist de « Terminator I’s Baque » et de « Par La Bouche », compensée par « J’dis tout » et « Les Films Américains ». A mi-chemin entre Henri Dès pour l’orchestration à base de guitare, de flûte ou de kazoo et les BD de David Snug (qu’on retrouve à la guitare et au chant) pour les thèmes développés, la boite à rythmes et la distorsion de la gratte vitaminent un peu les compositions en live. De quoi assurer une bonne ambiance (on se joint d’ailleurs au groupe pour remercier l’organisation).
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Trotski Nautique (Crédits : CC0)

  • Damage Case : Retour à la Centrifugeuse, sur la petite scène habituellement squattée par X-OR, avec un one-man-band atypique conjuguant stomp-box et contrebasse modifiée par une pléthore de pédales d’effets. Malgré un départ très expérimental qui laissait craindre le pire, le concert débute plus franchement avec un deuxième morceau plus structuré, qui dévoile le projet. La voix est rauque et revisite à travers un blues dépouillé et brut les standards du rock comme Tom Waits, sans s’interdire un cover épique du classique « Ace Of Spades » de Motörhead. Le public est encore clairsemé, l’ambiance est feutrée, et le soliste prépare doucement le terrain pour les réjouissances plus électriques devant lui succéder.
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Damage Case (Crédits : toniomodio.com)

  • Goodbye Diana : Dans un registre un peu plus saturé, on trouvait en effet ce trio montpelliérain tout juste de retour avec un double LP éponyme sorti sur Head Records. L’occasion de découvrir en quasi-avant première ces nouveaux titres (« Robert Fripp En Cagoule », « Gégé (28) », « Poilus (72) », « Herbert d’Autoroute », « Le Chat Noir »), qui constitueront pour l’essentiel la setlist du soir, qu’on n’hésitera pas à se faire resservir deux jours plus tard au Relax, à la maison. Jouant la carte de la mélodie ciselée louvoyant entre arpèges aériens et accords nerveux soutenus par des patterns syncopés où il faut jouer à deviner où va tomber le temps fort, le combo s’inscrit parfaitement dans la progression de la soirée et sonne un peu plus le réveil, en indiquant calmement le chemin de la sortie aux derniers restes de la soirée de la veille qui plombent les jambes. Pas question d’électrochoc ici, le trio est trop malin pour ça. Goodbye Diana fait plutôt l’effet du ballon que tu frottes sur la tête pour faire se dresser les cheveux sous l’effet de l’accumulation d’électricité statique. La répétition est donc de mise et voit se développer peu à peu des motifs mélodiques ne s’encombrant pas des artifices de la saturation, et marqués tout autant par la complexité du math-rock que par les atmosphère du post-rock. Une sensation de fluidité dans l’écriture pouvant rappeler Vergogne, qui dénote avec la simplicité des musiciens qui en sont à l’origine. Marqué par plusieurs chroniques élogieuses (pas ici, faute de temps, même si je n’en pense pas moins), les compositions de ce nouvel album prennent tout leur sens sur scène, sans perdre en route les tonnes de nuances techniques qui font leur richesse.
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Goodbye Diana (Crédits : CC0)

  • Seal Of Quality : Le one-man-band rouennais entretenait lui aussi le crescendo, avec toutefois une brisure un peu plus nette dans l’intensité. Dans l’approche aussi, qui annonçait un cycle très électronique, ce qui n’a pas l’air d’être trop dans les habitudes du festival, ou en tout cas pas dans ces proportions. Room 204, formation tropic’hard-rock dans laquelle évolue parallèlement le soliste, aurait été plus attendue de la part d’un collectif très orienté noise, mais c’est avec plaisir que l’organisation jouait la carte du contrepied pour nous offrir cet OVNI conjuguant les riffs du rock aux sonorités 8-bits des OST de jeux vidéo. Paradoxalement, et alors que d’autres formations pouvaient paraitre un peu perdues sur cette très grande scène, l’instrumentiste et son petit attirail focalisent l’attention : des torrents de pixels multicolores émergent de la brume épaisse qui nous fait perdre la notion de l’espace scénique. Les Game Boy trafiquées couplées aux pédales d’effets débitent leurs beats criards et leurs bips chiptune, tandis que la voix vocodée achève de synthétiser cet ensemble dont se dégage pourtant une poésie incroyablement humaine. Cette fois c’est sûr, le festival gravite autour de son point culminant, et dans un registre plutôt éloigné des habitudes du collectif.
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Seal Of Quality (Crédits : toniomodio.com)

  • Deux Boules Vanille : Et c’est avec un grand plaisir que ce duo de batteurs allait se charger de ne pas rectifier le tir. Car au jeu de la bidouille électronique, après les Game Boy de Seal Of Quality, les deux lyonnais ne sont pas les derniers. Le principe est simple (en tout cas vu du fond de mon canapé, derrière mon clavier) : les deux kits sont reliés à des synthés qui semblent faits maison et permettent aux deux cogneurs de construire des « mélodies » calquées sur leurs patterns alambiqués. En plus de leurs fûts (à part les charley, il n’y a pas de cymbales), chacun dispose d’une table de mixage — toutes neuves dirait-on — leur permettant de choisir la configuration sonore correspondant au morceau joué. Et vu le nombre de potards, les possibilités semblent désormais décuplées. Les rythmiques se fondent alors aux harmonies pour construire des boucles frénétiques dont l’intensité augmente à mesure que la frappe s’affirme. Pas de ligne directrice chez ce duo : la seule règle semble être de s’éloigner de la simplicité comme de la peste (ce que les avaries techniques de fin de set ne pardonneront pas, rendant d’autant plus difficile la synchronisation). C’est le prix à payer lorsque le thème dépend du battement. Contretemps incessants, roulements virevoltants, polyrythmies, tous les moyens sont bons et s’articulent pour hybrider les styles, du zouk à la trance, de l’afrobeat au disco, décelables dans ce magma électro-math. Les guitares tranchantes et les basses bien rondes de la noise nous semblent désormais bien loin. Le firmament semble pourtant à portée de main.
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Deux Boules Vanille (Crédits : toniomodio.com)

  • Barberos : Toujours plus loin dans la folie, nous trouvons ce trio anglais nous venant tout droit de Liverpool. Autant le dire tout de suite, je venais au festival pour beaucoup de groupes, mais essentiellement pour celui-ci. Idéalement placé dans le line-up de la soirée, juste avant que la fatigue des deux soirées ne se fasse sentir, ce combo prolongeait le salon de la batterie inauguré par Deux Boules Vanille. Pas de mélange des genres ici cependant : le synthé est joué par un synthé, et les deux frappeurs sont entièrement dévolus à la rythmique. Auteurs d’un split avec les non-moins frappadingues d’Ultra Zook, les britanniques cultivent eux aussi cette approche psychoactive de la musique, sans en négliger l’aspect scénique. Combinaisons moulantes en lycra gris métallisé, poses lascives, regards possédés et yeux exorbités fixant le public à travers les trous des cagoules : le trio, et notamment les deux batteurs, s’emploient à traduire par le geste toute l’insanité mentale de leur trance lysergique, et s’adjoignent même les services d’un voltigeur tout de cellophane vêtu pour ajouter à ce tableau surréaliste. A l’image de celui qui en est à l’origine, les nappes de synthé ne servent que d’arrière-plan — tout en ayant un rôle évident à jouer dans la synthèse de ce TAZ sonore — aux deux principaux protagonistes se faisant face derrière leurs kits argentés, sur le devant de la scène. Aussi impressionnants lors des quelques passages joués de concert donnant lieu à une gestuelle commune bien huilée que lorsqu’ils combinent des patterns différents, ce sont eux qui fixent le niveau de risque épileptique en entretenant une densité rythmique proche de la démence, aux confins de la jungle et de la drum’n’bass. Bande son parfaite pour les vidéos de Cyriak, la créature complexe engendrée par Barberos signera le score final de trois épisodes électroniques aussi intenses que créatifs.
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Barberos (Crédits : toniomodio.com)

  • Ultra Panda : Le trio suivant devait donc nous ramener vers quelque chose de plus conventionnel, même si là aussi, la configuration et le mélange des genres devait nous mettre en présence d’un animal peu commun. Déjà passés par le Relax de Poitiers dont le zinc porte encore les traces de pompes du chanteur (mais non chroniqués faute de temps), je savais à quoi m’attendre en terme de présence scénique. La largeur de la scène éparpillant les trois membres émoussera tout de même quelque peu leur potentiel explosif, y compris lorsque le vocaliste descendra dans la fosse pour secouer les premiers rangs. Il faut dire que le poids des deux soirées commence à se faire sentir, et que le public n’est peut-être pas aussi réceptif que s’il avait été tout-à-fait frais. Un beat net, une basse qui fuzze, et quelques samples pour agrémenter : Ultra Panda réunit quelques arguments lui permettant pourtant de peser dans le game de la fiesta. Associés à des lignes de voix un peu répétitives mais portées par un timbre chaud bien reconnaissable, les pulsations émanant d’un splendide kit de batterie translucide et les plans de basse aussi techniques qu’imparables occasionnent des décharges d’énergie communicatives qui fileraient des fourmis dans les jambes si elles n’étaient pas aussi lourdes. Difficile à situer (essayez de faire le lien entre les accents stoner de « Desert » et la new-wave sautillante de « Satan, Salsa »), la pop punchy du trio est simplement un kit ready-to-party, un incinérateur à calories.

  • We Insist ! : Retour à la réalité avec cette tête d’affiche finale, qui annonçait la fin d’un week-end riche en découvertes live. Pas réellement amateur de la noise teintée de post-rock des parisiens, la transposition sur scène de leurs morceaux ne m’a pas plus emballée. Surtout après le line-up sans fausse note de cette journée. Impasse donc, et je savoure une dernière bière avant une seconde nuit bien méritée à l’arrière de cette 206 presque hospitalière que je ne quitterai que 400 bornes plus tard, des bons souvenirs plein la tête, de la bière et une bile jalouse envers des palois pouvant bénéficier du travail d’A Tant Rêver du Roi toute l’année (bientôt dans un tout nouveau lieu) plein le foie. A l’année prochaine, le Béarn !
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We Insist ! (Crédits : toniomodio.com)

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