[Récit de concert] 17/04/2015 : Get Your Gun + Laëtitia Sheriff + Za! + Piscine + Imparto + Sec @ Festival A Tant Rêver Du Roi (Jour #1)

Chaque année, le collectif A Tant Rêver du Roi célèbre une année de sorties de qualité (dont vous avez entendu parler ici et ici, et dont vous devriez avoir vent dans nos colonnes régulièrement) et de concerts au Localypso par un événement de plus grande ampleur, qui donne de la Centrifugeuse de Pau le coup d’envoi en fanfare de la saison des festivals. Avec une programmation au rayonnement inversement proportionnel à celui du soleil palois en ce week-end d’avril, il n’y avait aucune raison pour qu’une délégation du webzine ne fasse la route jusqu’à la Maison des Etudiants de la capitale béarnaise. Entre expo bédé, bonne bouffe et surtout plateau musical de choix, les deux jours, en dépit d’une pluie persistante, s’annonçaient radieux.

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  • Sec (enfin juste un bout) : Le moins que l’on puisse dire, c’est que la signalisation n’est pas vraiment le fort de la ville de Pau. Si j’avais pu assister à l’inauguration du festival que je n’imagine pas sans sa présence, j’en aurais certainement touché deux mots à François Bayrou. Mais après avoir tourné pendant un long moment en ville pour trouver le campus, puis sur le campus pour dénicher la Centrifugeuse, c’est finalement à la fin du set de Sec que je franchissais les portes de la salle. Le public est alors encore clairsemé et encercle le duo basse-batterie placé au sol, qui semble avoir encore du jus, puisqu’il tabasse tout ce qu’il peut jusqu’au bout. La prestation s’achevait donc sous les « lalala » entonnés avec entrain sous les à-coups saccadés de la batterie et les vrombissements de la basse s’échappant d’un ampli agrémenté de quelques mégaphones pour les choeurs. Je n’aurai donc pas eu droit aux titres de Que Chaque Jour Soit Dimanche, que je connais le mieux, mais pourrai néanmoins me rattraper très vite puisque les sudistes devraient envahir Poitiers à deux très prochainement. On en reparlera plus longuement à ce moment-là.
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Sec (Crédits photo : toniomodio.com)

  • Imparto : Changement de registre avec ce quatuor dont on comprend difficilement le placement dans l’ordre de passage étant donné la baisse d’intensité qu’il occasionnera. Car si le côté lancinant de la noise se fait parfois sentir, les compositions sont souvent poussives et portées par un quatuor qui se prend un peu trop au sérieux. Les textes en français supposément emplis d’une poésie vaporeuse qui rappelle le verbiage de Noir Désir donnent ainsi l’occasion au vocaliste à effets (siffleur aussi, à ses heures perdues) de s’épancher dessus sans trop parfois savoir lui-même où il s’embarque (en témoigne cette introduction du morceau « L’errance » (ou « Les Rances », on n’a jamais su) : « Parce qu’on peut tous… ça peut tous nous arriver de… ha pardon. » [fin de citation]). Première pause bière.
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Imparto (Crédits photo : toniomodio.com)

  • Piscine : Avec les trois bordelais, l’affaire s’emballait un peu plus. Auteur d’un tout frais Olympique sorti chez notre hôte du week-end, le trio concluait une salve de trois groupes maison avec son math-rock sinueux qui se joue sans arrêt des lignes d’eau, bien trop rectilignes pour contenir ses changements de cap intempestifs. Il faut pourtant le faire flotter le bouzin, tant il sait se montrer massif. Vous connaissez tous le relou qui ne sait pas entrer dans l’eau autrement qu’en faisant une bombe. Hé ben les premiers riffs du groupe font un peu le même effet, sauf qu’au lieu de vider le bassin, ça remplit la fosse, et que tout le monde est bien content de prendre ces petites éclaboussures mélodiques dans la gueule. Car le propre de Piscine, c’est de réussir — au delà des remous incessants provoqués par la section rythmique — à maintenir la douceur d’une onde à travers des arpèges plus scintillants. On ne pourra donc que regretter la panne d’ampli en fin de set qui substituera des sonorités de banjo à la saturation stridente et synthétique de la lead guitar. En outre, la nage des baigneurs bordelais manque une peu de souplesse et même si on ne pourra pas reprocher au batteur de mettre de l’amplitude dans les mouvements, il serait bon que Philippe Lucas travaille un peu sur les deux guitaristes ayant un peu trop tendance à barboter nonchalamment sans se soucier des déferlantes provoquées par leurs propres riffs. Pas de quoi cependant leur empêcher de passer l’épreuve du grand bain et de décrocher leur dauphin d’or.
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Piscine (Crédits photo : toniomodio.com)

  • Za! : Mettre des mots sur ce que délivre ce duo catalan ne sera pas chose aisée. Se jouant des cases, des styles, des genres, c’est la complicité qui semble guider leurs créations éclectiques et azimutées, que la dominante soit cuivrée, électronique ou saturée. Hé oui, ils n’ont beau être que deux, les barcelonais disposent d’une palette chromatique infiniment vaste et s’appuient sur une richesse instrumentale aussi variée que les ambiances qui s’installent au fil des morceaux. Arrivé en douce depuis le fond de la salle avec quelques volutes de trompette, c’est finalement sur la scène que le combo s’exprime le mieux, en en prenant pleinement possession du haut de ses deux membres hyperactifs. Evoluant sur une base guitare/batterie, nombreuses sont les incursions des parties de chant, de trompette donc, mais aussi de synthés et de samples qui offrent un habillage électronique à cet OVNI aussi noisy que trance, post-rock, disco, mais aussi et surtout surréaliste. Des paroles onomatopesques portées par des plans mélodiques qui ne semblent pas vouloir aboutir sinon autre part que dans les méandres labyrinthiques de ces deux cerveaux à l’imagination débordante. Sans hésitation une des belles découvertes du festival.
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Za! (Crédits photo : toniomodio.com)

  • Laëtitia Sheriff : Le trio français construit autour de la chanteuse, comme le nom le laisse deviner, commençait déjà à conclure la soirée, avec une durée de set plus étendue et une salle bien remplie qui indique qu’on a affaire aux premières grosses têtes d’affiche du festival. Une tête d’affiche plutôt grand public, qui tranche avec l’audace de leurs prédécesseurs en proposant une approche du rock un peu plus lisse, un peu plus pop. La scénographie est pourtant soignée et offre quelques moments de grâce et de voltige, mais il est difficile de rentrer dedans tant la dégringolade sur l’échelle de l’excentricité est nette : les tempos sont plus lents, les rythmiques plus binaires, les sonorités plus claires. On est donc ici plus proches des Inrocks que de New Noise, et même si la sensibilité de la meneuse du combo semble évidente, c’est davantage un coup de fouet qu’une caresse que j’attendais à ce moment de la soirée.
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Laetitia Sheriff (Crédits photo : toniomodio.com)

  • Get Your Gun : Et les danois qui clôtureront cette première soirée ne seront pas forcément meilleurs au jeu de ceux qui emballeront la soirée. Les tempos du doom, sans l’intensité, voilà qui pourrait résumer le projet de ce power trio qui nous emmène sur les territoires brumeux de la Scandinavie. Habituellement, ce sont plutôt des chevelus arborant corpse paint et bracelets cloutés qui nous entrainent au cœur des fjords. Mais nos guides blonds du soir sont plutôt tout l’inverse. Les ténèbres sont pourtant là, mais le soupir de Njörd n’est quant à lui pas si mordant que ça. Et pour cause : le combo souffle le chaud et le froid sans vraiment parvenir à immerger complètement le spectateur dans ce lac glacé et paisible. Comme pour Laëtitia Sheriff, il est vrai que j’aurais préféré un groupe qui embrase un peu la salle, quand l’atmosphère entretenue par Get Your Gun est à l’opposé de cela, tout en lenteur lancinante, que les accents bluesy de la saturation et de la voix lointaine ne parviennent guère à réchauffer (mais pas sûr que ce soit l’idée). Les danois viennent donc conclure une première soirée mi-figue mi-raisin, avec une valeur sûre tranchante manquée, une confirmation aquatique et une bonne surprise catalane. Pas de déconvenue pour autant, puisque si vous avez jeté une oreille au Cérumen d’avril, vous savez que la plupart des groupes attendus se produisaient le samedi.
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Get Your Gun (Crédits photo : toniomodio.com)

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