[Récit de concert] 10/04/2015 : Seven Hate + Stop II + Un Dolor + We Want Sound @ Grand Kfé

Quiconque s’intéresse un peu à l’histoire de la scène alternative pictavienne sait que le nom de Seven Hate est celui qui a certainement résonné le plus fort parmi un mouvement hardcore bien implanté, et pulvérisé les frontières de la région pour tutoyer les têtes d’affiche et les copings des rampes de skate françaises. Alors forcément, en tant que jeune poitevin ayant commencé à manifester un certain intérêt pour le hardcore et la planche à roulettes aux alentours de 2005 (soit trois ans après la séparation du groupe), ayant déjà pu croiser sur scène ou sur les placards des noms comme Burning Heads ou Uncommonmenfrommars orphelins de leurs compères de jadis, l’annonce de ce come-back que l’on n’attendait plus devait mettre fin à de longues années de frustration. En préalable à une tournée de deux semaines, c’est avec plaisir qu’on retrouvait une nouvelle fois le Grand Kfé pour assister au rodage du groupe, accompagné pour l’occasion d’une jolie tripotée de potes pour une affiche en forme de voyage dans le temps.

affiche 7 hate

  • We Want Sound : Seule formation « récente » de la soirée (ils plaisanteront d’ailleurs sur la programmation « 3e âge »), les mélusins présentaient néanmoins quelques similitudes avec la tête d’affiche du soir. Car en plus d’être les plus proches de Seven Hate en terme de style lorsqu’on jette un oeil aux autres premières parties, les quatre ont aussi fait une petite pause avant de profiter du retour des savonnettes pour effectuer le leur. Reconnu au sein d’un microcosme local aux côtés de groupes comme les Topsy Turvy’s ou Johk, We Want Sound perpétue depuis le milieu des années 2000 la tradition mélodique du hardcore poitevin, tout en l’agrémentant d’accents pop-punk typiques de l’époque. Depuis le principal souvenir que j’en avais — à savoir une soirée plutôt mémorable lors d’une fête de la musique place de la Liberté — rien ne semble avoir changé : la casquette est toujours vissée sur la tête du guitariste-chanteur et le batteur grimace toujours autant. Je ne pourrai pas en dire beaucoup plus étant arrivé tard et parti tôt, mais la soirée promettait déjà d’être mémorable par son affluence, déjà considérable malgré l’horaire.

We Want Sound (Crédits : Sylvia Vasseur | Source : les Clichés Eparpillés)

  •  Un Dolor : Avec ce quintet local, la machine à remonter le temps se mettait en marche, bien que celui-ci se produise encore fréquemment sur les scènes du coin, le plus souvent en compagnie de Between The Riots (ce ne sera pas le cas ce soir, quoique…). Déjà remerciés sur la première démo de Seven Hate, à leurs côtés sur de nombreuses affiches ainsi que sur (au moins) un split, il n’était pas surprenant de les retrouver en ouverture de ce concert, mais avec un set réduit et orphelin de leur reprise de « La France Dort« . Dans une veine punk-rock à la française façon les Shériff ou les Cadavres, mais avec un chant en anglais et une propension à muscler le propos à l’aide d’une disto plus massive et de rythmiques costaudes, Un Dolor fusionne finalement la puissance heavy et le groove hargneux du rock’n’roll. C’est donc la lèvre supérieure bien crispée qu’on retrouvera leur guitariste-chanteur qui attaque les cordes de sa Les Paul au niveau de la douzième case, quand il n’est pas en train de déconner entre les morceaux. A travers les tempos toutafon (« Let’s Fun », « Got My Guns Out »), furieusement rock’n’roll (« I’m A Man ») ou plus martiaux (« Nasty Sharks And Mad Dog Beats »), les quatre pictaviens cultivent la flamme d’une scène locale 90’s protéiforme, au carrefour d’influences multiples mais toujours hardcore. Il faut dire qu’en enchainant « Acid Queen » et ses accents Abdomeniens et l’ultra-groovy « City » en compagnie du chanteur de Between The Riots (et voilà, on y vient) ex-d’Eπleptic, le quatuor convoquait là les fantômes du rock alternatif de Poitiers. Le soir où Seven Hate effectuait son retour, la chose revêtait une saveur particulière, et certainement pas seulement pour ceux que cette pipe condescendante de Nicolas Molina qualifie de « nostalgiques relous« .
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Un Dolor (Crédits : Sylvia Vasseur | Source : les Clichés Eparpillés)

  • Stop II : Proches de la tête d’affiche du soir (Besseron, en plus d’officier dans Fluide Glacial et autres organes spécialisés en umour et bandessinées, est aussi à l’origine du pingouin à roulettes de Seven Hate), les deux bluesmen le sont moins dans le style. L’intensité baisse donc d’un cran ici, et le duo nous emmène bien loin des années 90 poitevines, nous offrant une pause bienvenue avant le feu d’artifice final. Loin d’être pour autant rafraichissante, cette escale dans les marais louisianais en restituera toute l’atmosphère poisseuse à travers une saturation de la voix et des guitares à couper au couteau, et la lourdeur lancinante de la stomp-box, que le combo préfère désormais à la grosse caisse. La washboard est pour sa part toujours bien présente, et offre un écho déglingué aux slides de la guitare, de même que les quelques ustensiles métalliques qui jonchent le sol et forment un kit de percussions bancal et cliquetant. Les tempos ont donc considérablement ralenti sur ce set malgré de ponctuelles embardées (« Monkey »), pour se mettre au rythme d’un blues rural qui fleure bon l’essence de la tronçonneuse et le whisky de contrebande (bien que le duo ait a priori un penchant plus prononcé pour « One Beer », pour arroser leur « BBQ »). Pas le temps de s’endormir cependant, puisqu’il faudra finalement écourter et conclure avec une reprise du « Country Trash » de Johnny Cash afin de laisser la scène à un set de Seven Hate qui, vu l’heure, s’annonçait assez long.
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Stop II (Crédits : Sylvia Vasseur | Source : les Clichés Eparpillés)

  • Seven Hate : Enfin ! Depuis l’annonce de leur reformation, la surprise de ne pas voir Poitiers parmi les dates d’une tournée débutant à Limoges et s’achevant à Parthenay, et puis finalement la satisfaction à l’annonce de ce rodage local un mois avant le vrai départ, autant dire que cette soirée et surtout son final se faisaient attendre. Alors évidemment, bien que le set ait finalement commencé assez tôt, on ne peut pas dire que l’atmosphère de fête entre potes ait freiné la consommation de houblon (bien au contraire), et les souvenirs que j’en garde ne sont peut-être pas aussi tenaces que je l’aurais souhaité, mais la trace de la grosse baffe est quant à elle toujours intacte. Car même si la setlist laissera de côté une chiée de titres que je n’aurais pas imaginé absents (« You Say! », « Alone », « Green Hotel », « Song For Lardons », « Just One Foot » ou « Winterhands », oui je suis fan d’Is This Glen?), il faut bien dire que les quatre n’ont rien perdu de leur présence scénique. Et ils entendaient bien le montrer dès l’attaque, puisque ce ne sera pas « Fickles » (lui aussi absent du set), mais l’intro supersonique de « Ups & Downs » qui ouvrira les hostilités. Le public répond du tac-au-tac et fait assez rapidement bouillonner le pit, à mesure que les « tubes » du groupe (« Good Vibrations », « Carry On », « Golden Dreams »), sont balancés d’emblée et font remonter de l’assistance de grosses bouffées de nostalgie, d’autant que l’ambiance « matos-qui-marche-pas » des débuts est également de la partie.
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Seven Hate (Crédits : Krisspyz)

Une avarie d’ampli vite réparée, qui débouchera finalement sur un coeur de set (malheureusement pour moi) essentiellement composé des morceaux mid-tempo de Matching The Profile, entrecoupés de quelques titres moins récents (« Thin Barks », « 1850 », « Booze »). Les réminiscences nineties se cantonneront finalement aux extrémités du set, qui donnera à la fin un peu de place à The Weaning Day avec « Schizophrenia Love » (alors que revoilà la sous-préfète l’ex-chanteur d’Eπleptic, qui fera marrer le batteur pendant tout le morceau avec son yaourt) ou « Born To Sk8 », tandis que l’enchaînement « T-Rex Food »/ »Anyway » restera une des seules incursions de Home Grown. Il aurait de toute façon été difficile de contenter tout le monde tant leur discographie a témoigné d’une évolution assez nette, du rock alternatif survitaminé des débuts à un skate-punk qui confirmait les accointances mélodiques du groupe, avant de finir par un truc un peu plus consensuel, mais sans jamais se départir de ces lignes de voix trainantes évoquant les Thugs, qui sont pour beaucoup dans l’identité du groupe. Mais c’est vrai que la setlist aurait peut-être mérité une répartition un peu plus équilibrée. L’essentiel reste tout de même que Seven Hate ne nous fait pas le coup du retour au rabais, qu’on n’a pas affaire à la réunion de croutons qui viennent nous servir leurs morceaux à la sauce réchauffée. On le savait déjà (hé oui, on était au concert de Mexican Morrissey quelques jours avant, et Crash Taste — avec un des guitaristes — envoie bien), le batteur-chanteur a conservé tous ses atouts (vocaux, j’entends, mais le reste aussi je crois), et les guitaristes occupent la scène durant tout le set. La planche à roulettes Seven Hate est donc loin d’être grippée, mais elle se lance actuellement dans un petit tour de rampe et puis s’en va. Espérons juste que ce ne soit pas le dernier.

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Seven Hate (Crédits : Krisspyz)

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