[Récit de concert] 09/04/2015 : Mein Sohn William + Rouge Gorge @ Relax

Dans la série « une date, une ville », après la soirée garage-grunge made in Bordeaux quelques semaines avant, c’était au tour de Rennes de s’exporter et nous laisser entrevoir une scène que je ne connais pas plus que ça. Même les mythiques Transmusicales qui ont placé la capitale bretonne à l’avant-garde de la scène indé nationale, et plus encore, ne captivent plus vraiment mon attention. Nos deux visiteurs du soir avaient cependant l’air un peu moins lisses que la programmation du festival rennais et forçaient la curiosité. Le cercle d’habitués habituels pouvait en plus compter sur le renfort de quelques badauds venus des terrasses bien remplies, attirés par le bruit.

affiche mein sohn

  • Rouge Gorge : Il faut dire que les synthés désabusés du rennais étaient largement assez criards pour attirer les oreilles en quête d’un peu de spleen pour ternir cette journée bien trop ensoleillée. Dans la lignée des soirées organisées par l’Amicale du synthétiseur (quelqu’un sait pourquoi ils ont cessé leurs activités d’ailleurs?), le one-man-band décoloré place les claviers bien rétro au cœur de ses compositions pour s’inscrire dans une synth-wave froide et désenchantée. Froide comme des accords mineurs ou des boites à rythmes mollassonnes, désenchantée comme le cafard des souvenirs de jeunesse (« Les Primevères des Fossés », « Milf & Milk »), la rancoeur envers les enfants qui en découle (« En Fant ») ou l’effroyable néant du quotidien (« Plus Jamais Froid »). Les mélodies grésillent et suivent les pulsations assez lâchement, la voix est trainante et d’une justesse approximative, et les beats faits sur place connaissent des fins de boucles un peu précipitées : la démarche est purement lo-fi et évoque, en la rapprochant des textes aussi décalés qu’empreints d’une banalité ultraordinaire, une version électronique de celle de Jean-Luc le Ténia, le meilleur chanteur français du monde avec à son actif plus de 2000 morceaux écrits, composés et enregistrés dans sa chambre. Rouge Gorge n’a pas encore de discographie aussi pléthorique, mais on n’imagine pas ses petites ritournelles bancales produites autrement. On sortira donc ravis du fait que le rennais nous ait ouvert son alcôve pour un soir, et surtout qu’il nous ait servi « Soyons cochons » en rappel. Seul éclair enthousiaste de la soirée, 4 notes de synthé tubesques et un petit dialogue avec le public à la clé, ce titre guidera désormais mon hygiène de vie et rythmera pas mal de mes futures soirées.
Rouge Gorge (Crédits : Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Rouge Gorge (Crédits : Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Mein Sohn William : Malgré les sonorités du nom, pas de teutons ici, mais des rennais aussi, qui se prennent pour des limougeauds. Pas facile à suivre. Un peu comme les compositions de ce duo, indiscutablement emmené par un guitariste/claviériste/chanteur fantasque pour qui la dialectique « public minimum : prestation minimum » ne semble pas vouloir dire grand chose. Il faut dire que chaque titre semble très personnel, et les jouer sans conviction reviendrait un peu pour son auteur à se trahir soi-même. Difficiles à situer, les boucles superposées et agrémentées de diverses petites touches de percussion électronique (quand ce n’est pas une vraie cymbale qui faisait un peu PSCHIT) contribuent finalement à esquisser une indie-pop frêle, dont les accents enfantins peuvent être à rapprocher de Funken. La composition est cependant plus basée sur les loops de la guitare et des claviers, tandis que les voix souvent haut perchées ajoutent à la délicatesse de ces petites comptines vitaminées, le genre à être écrites sur des portées multicolores. Les plus rythmées d’entre elles (« Leather », « Until The Beginning », « Always The Same Time ») auraient gagné à augmenter un peu en intensité pour répondre au brassage en règle de leurs deux interprètes et y associer les spectateurs, mais la faute à une boîte-à-rythmes un peu timide, le public restera dans ce même registre. On y avait déjà eu droit lors du passage du pape de la Bamboule sur cette même scène, on aura encore perdu quinze ans au son de cette pop fragile et multicolore faisant écho aux bulles de savon qui flotteront toute la soirée devant la scène, éclatant maladroitement comme les coups de percu bancale. Chou-pi !
Mein Sohn William (Crédits : Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

Mein Sohn William (Crédits : Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

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