[Récit de concert] 02/04/2015 : Retox + Pneu @ Confort Moderne

Pour cette soirée, le tourneur Kongfuzi nous a offert un grand écart dont il a le secret : les premiers se déguisent en cuisto-bananes dans leurs clips, les seconds préfèrent dépecer des flics pour en extraire la vraie nature, et frapper à nouveau. Les premiers sont à l’origine de titres comme « Catadioptre Ambidextre » ou « Choux Crâne », les seconds sont plutôt « Death Will Change Your Life » ou encore « Ten Pounds of Shit in a Five Pound Bag ». Deux visions aux antipodes de la noise et de la musique en général, un aperçu de la largeur du spectre balayé par Kongfuzi, qu’on retrouve derrière des concerts aussi variés que ceux de Deux Boules Vanille, Papaye, Regarde Les Hommes Tomber ou encore Subrosa. Le temps d’un film en VO non-sous-titrée (quoi, tu n’es pas parfaitement bilingue ?!) histoire de faire monter la pression et descendre les pressions, et il était déjà temps de rejoindre la salle obscure pour prendre ce qui s’apparentait d’avance à l’une des grosses piles du semestre.

affiche retox

  • Pneu : Beaucoup a déjà été dit ici, ou sur ce duo. Nul besoin de clamer encore davantage à quel point les tourangeaux dominent le game de la scène avec une recette simplissime : ne pas jouer dessus. « Simplissime », adjectif à ne pas confondre avec « simpliste », qui pourrait qualifier le raccourci que je viens de faire. Car en rester là, ce serait occulter le pendant sonore de cette lame-de-fond dévastatrice contre laquelle on s’agglutine pourtant volontiers. On ne la présente plus, cette noise survitaminée qui emprunte beaucoup à Lightning Bolt, mais s’appuie sur des riffs stridents et des roulements de batterie incessants reconnaissables entre mille. Il n’y avait donc pas grand chose de nouveau dans ce set — à part peut-être l’inclusion au beau milieu de tous ces titres de Destination Qualité (sauf « Batanana » et « Highway To Health ») joués pied à plancher de « Gin Tonique Abordable », pièce progressive bien plus opportune en live où elle calme le jeu que sur la platine, pour la même raison. Car finalement, que Pneu soit servi en apéritif plutôt qu’en digestif, le constat est identique, et les mêmes choses sautent aux yeux, autant qu’aux oreilles : il reste difficile de détacher son regard d’un batteur qui virevolte sur son kit avec une aisance désarmante (vraiment navré pour le guitariste, qui n’a pour le coup pas grand chose à se reprocher) ; la réelle utilité de la scène est de nouveau questionnée tant la chaleur humaine générée par cette configuration et le rapport au son débarrassé des artifices de l’amplification à outrance redéfinissent les contours d’une bamboule réussie ; et l’efficacité de leurs prestations ne doit décidément rien à l’ébriété des spectateurs qui les entoure. Concert après concert, le leitmotiv de Pneu semble donc rester immuable (attention jeu de mot inédit) : enfoncer le clou sans se dégonfler. Poum Padam Tchi !
pneu confort

Pneu (Crédits : Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

  • Retox : La chaleur humaine est un concept nettement plus étranger à ce quatuor emmené par Justin Pearson, qu’on peut également croiser dans The Locust. Voilà pour les présentations, qui ne seront ici guère plus développées que celles qui nous seront données sur scène. Comme prévu, un concert de Retox, c’est avant tout une agression. Ainsi, à peine les derniers décibels de Pneu étaient-ils évanouis que retentissaient déjà les premiers larsens assénés par le guitariste du combo. La salle ainsi prise en otage n’avait donc pas d’autres choix que jeter l’éponge d’entrée et fuir pour une bière ou une clope, ou bien succomber au syndrome de Stockholm et accepter sans rechigner les sévices sonores infligés par ces bourreaux du soir. Malgré les déconvenues techniques — un micro qui mettra du temps à émettre, avant de finalement fonctionner pour lancer un set au son relativement médiocre, rythmé par une caisse claire digne d’un bagad breton  — j’optais pour la deuxième solution et abdiquait dès à la première injonction du combo : « Die In Your Own Cathedral », qui ouvre également leur tout récent troisième album Beneath California, dont le set vantera largement les mérites. Seuls « Modern Balls » et « Thirty Cents Shy Of A Quarter » battront le rappel d’YPLL et Ugly Animals.
retox

Retox, et Béné, évidemment (Crédits : Licence CC-BY-NC-SA par Jö)

On pouvait s’y attendre (et le contraire aurait été inapproprié), la communication est minimale et le frontman, du haut de toute sa haine, ne cesse de toiser d’un regard noir un public qui ne reste que peu réceptif au hardcore amoindri des américains, délesté de tout son vice par une densité sonore bien trop épaisse. Exit donc, les fines incisions mélodiques à la Dead Kennedys, les à-coups chirurgicaux d’un batteur pourtant au poil sur les blasts, et bonjour le son aussi visqueux que les glaviots gominant les cheveux de Pearson, ou bien ceux que s’échangera la section rythmique lancée dans un concours qui semblera beaucoup l’amuser. On pouvait s’en douter, il n’y aura pas de rappel, mais le groupe saluera néanmoins avant de partir le public trop « obedient » à leur goût (et on ne pourra pas leur donner tort), avec une dédicace toute spéciale au petit groupe emmené par Béné qui aura quant à lui répondu coup pour coup à la baston engagée par Retox. Pearson les rejoindra même sur le dernier titre, et se verra rejoint par une bonne partie de la fosse pour une bagarre générale finale. Une preuve de plus que lorsque la frontière de la scène tombe, ce sont toutes les digues qui lâchent.

 

 

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