[Récit de concert] 26/02/2015 : Kruger + Zapruder + Hardcore Anal Hydrogen @ Grand Kfé

La mensuelle du Grand Kfé reprenait pour février, après une date de janvier marquée par un petit écart jazzy, les accents métalliques qu’on lui connaît. Pour l’occasion, l’affiche initiale ne manquait déjà pas de piquant, puisqu’elle mettait à l’honneur deux rejetons de la maison Apathia, excellent label lyonnais qui compte parmi ses rangs Pryapisme ou encore Oruga. Hardcore Anal Hydrogen et les locaux de Zapruder constituaient donc l’affiche de départ, quand tout à coup, Kruger décidait par malchance de mettre fin à ses jours et de marquer le coup par une tournée passant par chance par Poitiers. C’est donc une prog maousse-costaude qui s’offrait ce soir aux poitevins, qu’une bonne centaine d’entre eux ne s’est pas privée d’honorer avec force entrain et moulte implication.

affiche kruger zap hah

  • Hardcore Anal Hydrogen : L’inconvénient avec les soirées où tous les groupes sont excellents, c’est qu’il faut bien que l’un d’eux joue la première partie. Et si Kruger officiait bien évidemment en qualité de tête d’affiche, départager Zapruder et HAH était un peu plus délicat. Ce seront donc les monégasques qui ouvriront le bal, et autant dire que vu comme leur excellent album The Talas Of Satan a éreinté  mes différents ustensiles hi-fi, il était hors de question d’arriver en retard et de les rater. Une attente malheureusement vite douchée dès les premières secondes de set et de « 666 Teron ». En cause, un son vraiment moyen (restons poli) ne laissant passer que la voix préalablement distordue et la batterie. Exit donc les samples 8-bit de « Boeuf Bourguignon », ou encore le solo drôlatiquement tape-à-l’œil de « Kalakaka ». Il faudra attendre la moitié du set et les délicates notes orientalisantes de flute (jouées live, s’il-vous-plaît, comme sur « Chautal », en fermeture) de « Dhamar » pour que les choses s’arrangent quelque peu, sans pour autant arriver à un résultat satisfaisant. Beaucoup de frustration à l’issue de ce concert donc, puisque l’OVNI musical façon Mr. Bungle version thrash/hardcore délivré par Hardcore Anal Hydrogen regorge de subtilités — derrière l’apparente brutalité doublée d’un poil de débilité à laquelle on pourrait facilement s’arrêter — et se nourrit de styles et d’univers complètement différents, histoire de repousser un peu plus chaque fois la limite de l’improbable et de la placer au même niveau que celle de la technicité (j’aurais d’ailleurs bien aimé pouvoir profiter de la version live de cet incongru hip-hop black metal qu’est « Release The Crackhead »). Faute de son, on ne profitera donc pas pleinement du petit surf sautillant de « Rupack », des distorsions électroniques de « Decapitated Succube », tout en appréciant malgré tout de se dévisser les cervicales en essayant de suivre de la tête les incessants revirements de « COI », « 23-09 » ou encore « Ramahd ».
Hardcore Anal Hydrogen (Crédits : CC0 par Poirez)

Hardcore Anal Hydrogen (Crédits : CC0 par Poirez)

  • Zapruder : Pour le set des locaux, on savait déjà à quoi s’attendre. Si vous êtes familier du zine, vous n’êtes pas sans savoir qu’ils ont récemment sorti un excellent album, et qu’ils sont passés par le Confort Moderne il y a quelques mois où ils ont pu le défendre avec toute la folie qui le caractérise. On retrouvera d’ailleurs exactement le même final déglingué sur le massif « Monkey On My Back » (kazou, guitaristes à genoux sur leurs pédales, bassiste qui tabasse une cymbale), qu’on aurait aimé voir un peu plus spontané. Il est cependant difficile d’imaginer le sextet rester en place, mais comme avec eux, on n’est pas à une surprise près : paf ! Voilà que retentissent les accords acoustiques et les volutes de voix de Quentin, guitariste de son état, histoire de calmer tout ce petit monde avec « Loquèle », bien enchaîné avec l’aérienne et magnifique ascension de « Mt Fuji In Red » pour finir le set sur les sommets. Seule incursion de l’EP Straight From The Horse’s Mouth avec le vicieux groove de « Falling Like Dead Snakes » en guise de mise-en-bouche, le concert passera en revue quasiment tous les morceaux de Fall In Line (y compris l’interlude « Delusion Junction ») et j’aurais cette fois-ci la chance d’assister aux deux bulldozers débridés que sont « Modern Idiot » et « Doppelgänger », qui traceront de larges sillons meurtriers au cœur du pit. Les poitevins auront ce soir-là livré la meilleure des quatre prestations auxquelles j’ai pu assister : bénéficiant d’un son un peu plus propre que HAH, mais assez crado pour focaliser l’attention sur l’intensité plutôt que sur les nuances, Zapruder aura également pu compter sur une assistance idéalement compacte et déterminée, répondant comme il se doit aux assauts du mathcore Dillingerien ici développé afin de lui donner toute l’ampleur qu’il mérite, et physiquement délivrer toute l’énergie dont il est chargé.
Zapruder (Crédits : CC0 par Poirez)

Zapruder (Crédits : CC0 par Poirez)

  • Kruger : Têtes d’affiche inattendues, les suisses ont clairement rehaussé la cote de l’affiche, et vraisemblablement bien influé sur la bonne affluence de la soirée. Il faut dire que depuis leurs quasi-15 ans d’existence, le quintet s’est taillée une bonne renommée, qui doit autant au mélange de hardcore et de sludge façon Mastodon (ou Torche, ou Watertank) dont ils sont à l’origine qu’à leurs prestations live réputées. Et de fait, si le gig précédent avait placé la barre assez haute côté présence scénique, avec un chanteur ne rechignant pas à venir titiller lui-même le pit, Kruger peut se targuer d’avoir un frontman qui sent la connerie à trois kilomètres, et la met continuellement en pratique pendant la grosse heure que dure le set. C’est con à dire, et il le prendrait peut-être mal, mais quand je le revois rattraper ses crachats au vol, escalader le bar puis le balcon, et se lancer dans de chaleureuses embrassades, ce mec me rappelle Didier Wampas, dans ce qu’il a de plus fun et authentique. Cependant, pas question de le réduire à un simple clown : le joli brin de voix bien rauque (qui peut rappeller dans un tout autre genre celui du chanteur de Conan) est aussi au rendez-vous et engraisse un peu plus les riffs boueux des guitaristes. J’aurais par ailleurs aimé pu entendre les pièces récentes et un peu plus post-rock que sont « The Wild Brunch » et « Herbivores », mais il est compréhensible pour une tournée d’adieux (ou, espérons-le, d’à bientôt) de vouloir retourner aux sources pour ravir les fans les plus assidus. Ces derniers sembleront par ailleurs en avoir pour leur entrée libre, puisque le bordel ambiant régnant dans la fosse ne connaitra guère de répit. Une juste récompense pour un groupe taillé pour le live et qui manquera sans aucun doute aux scènes d’Europe. Dans l’Euro de hardcore qui se disputait ce soir-là à Poitiers, on regrettera donc la sortie sur blessure de Monaco, mais on retiendra surtout que malgré un excellent match de la France, la Suisse aura tout de même bien dominé la partie.
Kruger (Crédits : CC0 par Poirez)

Kruger (Crédits : CC0 par Poirez)

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