[Chronique de disque] Cowards – Rise To Infamy

cowards_riseSorti le 9 février 2015 sur Throatruiner Records, Deadlight Entertainment et Ruins Records

Découverts à l’occasion d’un concert à Poitiers en compagnie de Watertank, les parisiens, la faute à une sono aussi capricieuse que leur chanteur, avaient sévèrement écourté leur set au bout de deux morceaux. La compromission ne fait pas vraiment partie du langage de Cowards. Et ça, le seul petit quart d’heure joué ce soir-là avait permis de le comprendre. Il avait également, malgré les déconvenues techniques, laissé entrevoir un hardcore bien particulier, élaboré par des musiciens qu’on a par ailleurs pu croiser dans Hangman’s Chair, Death Mercedes ou encore Sickbag. L’écoute a posteriori de leur EP du moment, Hoarder, révélait alors l’ampleur de la boucherie dont ce concert amputé nous avait privé. Aussi l’annonce de son successeur suffisait-elle à faire flotter dans l’air  une âcre odeur de sang.

Bientôt 40 ans après un titre du Daily Mirror devenu légendaire, la crasse et la fureur semblent toujours faire recette. Ce sont en tout cas ces deux éléments qui guident une nouvelle fois cet opus, et instaurent une ambiance détestablement oppressante, qui conformément à l’artwork annonçant la couleur, noire, vous enserrera la gorge tout au long des dix titres. La tension est d’emblée palpable lorsque « Shame Along Shame » s’enfonce inexorablement dans une lourdeur menaçante pour aboutir à quatre minutes d’un doom tourmenté flirtant avec des down-tempos qu’on retrouvera ponctuellement sur « Never To Shine » et « So Easy ». Mais l’angoisse monte encore d’un cran lorsque les premiers accents black metal font leur apparition et l’atmosphère se fait alors définitivement poisseuse.

Tandis que les blasts balancés ça et là (« Never To Shine », « Wish For Infamy », « Bend The Knee ») promettront de belles accélérations du rythme cardiaque, c’est réellement la stridence dissonante de la guitare qui fait souffler un vent glacial tout au long de cet album, et renforce ce climat affreusement inhospitalier. Une fois votre cage thoracique bien comprimée, c’est là que que Cowards promet de frapper le plus fort, le plus salement. Et les parisiens ne font pas dans la finesse. Etouffant pour les cordes autant que ce disque pour votre trachée, le jeu des guitaristes, servi par un son aussi massif que dégueulasse, se fait incisif. Le continuel crissement du pick frappe sans relâche comme un couteau rouillé raclant l’os contre lequel il se glisse pour mieux pénétrer la chair. Aucun moyen d’en réchapper, d’autant que vous ne recevrez en guise d’aseptisant que des torrents de crasse corrosive, véhiculés par un groove infectieux à la croisée du hardcore à la Kickback (« Birth Of The Sadistic Son ») et d’un sludge boueux (« Beyond My Hands ») ayant quitté sa Louisiane natale pour s’en venir vicier un peu plus les moites bas-fonds urbains qui servent de décor à Rise To Infamy. Et c’est la bouche pleine de cette charpie froide, sanguinolente et faisandée, ou bien la tête plaquée dans un coussin crasseux, que le chanteur nous gratifie de son timbre aigu, mais étouffé, bâillonné. Histoire de crisper un peu plus un propos déjà bien anxiogène.

Ce LP combine donc les caractéristiques les plus vicieuses de styles qui portent d’avance en eux le germe de la violence ou de la saleté la plus crue, avec pour seul leitmotiv de repousser encore un peu les limites du soutenable. « Bend The Knee », même si ce n’est pas forcément le titre le plus efficace, balaie bien ce spectre allant du hardcore au black metal en passant par le sludge, le doom, voire même le post-rock (qu’on retrouve sur les petites interludes que constituent « Frustration (Is My Girl) » et « Anything But The Highroad »). Cowards réussit cependant ici à éviter l’écueil du passage en revue, de l’alternance, en les combinant tous de façon homogène pour accentuer un peu plus l’impression d’asphyxie morbide qui colle à cet album. Rise To Infamy tient donc toutes ses promesses, et se destine à devenir l’un des grands moments de violence sordide, d’abjection répugnante, de cruauté sanglante pour 2015.

Rise To Infamy de Cowards, c’est si tu n’as rien contre : le blackened hardcore de The Phantom Carriage, le sludge poisseux d’EyeHateGod, la densité sonore de Fange.

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