[Récit de concert] 29/01/2015 : La Canaille + Lakay @ MDE

La qualitey semble désormais être le leitmotiv de la MDE. Et à défaut de pouvoir la remplir — une petite centaine de personnes, pas plus, aura finalement répondu présent — sa programmation a au moins le mérite d’en faire une salle privilégiant la découverte plutôt que la rentabilité, la création originale plutôt que la banalité mainstream. Ça paye parfois, comme pour la release party de Trepalium, mais c’est parfois moins probant, les étudiants n’étant qu’un troupeau de veaux préférant raquer trois fois dans l’année pour voir et revoir Jabberwocky plutôt que de pouvoir accéder à une culture authentique et abordable. Bref, après tout, s’ils préfèrent aller claquer leurs bourses au bar de la Grand’Goule plutôt que prendre ce qu’on leur donne, sachons-donc nous en contenter à leur place.

Affiche la canaille

  • Lakay : Hum… Apparemment le DJ-trompettiste a campé dans la salle depuis la fin de la nuit du dub. Et puis, ben… comme il était encore là, il a fait la première partie. J’ai passé mon tour et ai préféré aller (mal) jouer au baby-foot dans le foyer de la MDE. Choix de programmation difficilement compréhensible, d’autant plus qu’on dispose à Poitiers d’un collectif de hip-hop, actif et créatif : Jokebox regorge de groupes bourrés de talent qui ne demandent guère plus que de pouvoir monter sur scène où ils parviennent généralement assez facilement à foutre le feu. Il aurait donc été assez aisé d’ouvrir la soirée de façon raccord avec la tête d’affiche, et de remplir un peu plus la grande salle (assez rapidement vidangée par Lakay), les BBoys poitevins entrainant dans leur sillage un crew consistant et fidèle. Dommage…
La Canaille (Crédits photo : Jérémie Drévillon)

La Canaille (Crédits photo : Jérémie Drévillon)

  • La Canaille : Avec l’arrivée du montreuillois sur scène, la soirée pouvait enfin vraiment commencer. Enfin plutôt du montreuillois ET de ses acolytes, au nombre de trois : à la guitare, à la batterie et aux claviers. Formation relativement atypique donc, pour du hip-hop, même si la proximité du MC avec Serge Teyssot-Gay, ex-Noir Désir (oui, Noir Désir…) qui joue actuellement dans Zone Libre et collabore fréquemment avec Casey, aurait pu rendre ce mélange rock/rap prévisible. On est toutefois ici dans un registre un peu plus optimiste que la noirceur des compositions taillées pour les textes sans espoir de la rappeuse du Blanc-Mesnil. Sans se démarquer d’une réalité sociale dure, sclérosée et oppressive si tant est qu’on soit né du mauvais côté de la bourgeoisie, le francilien a choisi son camp : il en est (de la Canaille, pour le reste je ne sais pas et m’en fous), il le revendique, et il va de l’avant. « Ni Dieu Ni Maître » ou « la Canaille » sont ainsi autant d’hymnes que le public peut reprendre avec enthousiasme, et qui contrebalancent les moments où le flow parfois marqué par le phrasé slam esquisse des situations plus réelles, plus terre-à-terre. Bien loin des délires ego-trip de ses contemporains, ce sont bien les gens, les vraies, et souvent les petites, qui inspirent le plus l’homme derrière le micro : de l’O.S. (« l’Usine ») aux bourgeois vulgaires et leur domestique éthiopienne (« Monsieur Madame ») en passant par les petits vieux qui ont du mal à joindre les deux bouts (« Encore Un Peu »).
canaille

La Canaille (Crédits photo : Myss Île)

L’ambiance reste cependant toujours bon enfant sur scène, comme lorsque le MC se fait charrier par son guitariste lorsqu’il zappe la fin de « Monsieur Madame », et le groupe semble content d’être sur scène, malgré la faible affluence. Mosaïque de tranches de vie ou miroir plus large d’une société rancie par des années de politiques ayant rendu les riches toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres et les cons toujours plus nombreux, le hip-hop électrique de la Canaille est à classer parmi une scène rap consciente pas vraiment majoritaire au sein de ce qu’il est de bon ton d’appeler les « cultures urbaines », mais qui peut compter sur quelques pépites comme Singes des Rues, le Kyma ou encore les crews de Bboy Konsian. Conscience de classe, conscience de genre : voilà ce qui anime le groupe, et le démarque en cela d’un hip-hop qu’IAM décrivait assez simplement et justement comme du rap de droite. Ajoutez à cela un flow qui diffère de ce que nous servent actuellement la plupart des MCs français, des instrus bien plus créatives que les bouses infiniment pompées sur celles de Therapy, et vous le comprendrez : j’en suis aussi.

 

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